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Lindley Couronne : « Il nous faut prendre un nouveau départ, laisser le monde de barbarie derrière nous »

Le 10 décembre 1948, date de la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l’homme, est « le secret le mieux gardé », selon les défenseurs des droits humains à travers le monde. Car comment expliquer que les États, censés vulgariser cette charte à leurs peuples, préfèrent se la jouer profil bas ! Lindley Couronne, directeur général et fondateur de Dis-Moi, nous en parle. Il aborde aussi l’actualité Covid-19 pour mettre en perspective la pandémie.

Le monde vient de célébrer le 10 décembre la journée des droits de l’homme. Qu’est-ce que cet évènement vous inspire ?

Combien de citoyens mauriciens savent que ce qui est célébré c’est la proclamation de ce magnifique document, que dis-je de ce magnifique poème qu’est la Déclaration universelle des droits de l’homme ? 30 articles pensés par des intellectuels de plusieurs nationalités qui viennent poser les bases d’un Nouveau Monde. Après le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale et la perte de plus de 75 millions d’êtres humains, d’autres criaient avec force : « Plus jamais ça ». Ils nous faisaient entrevoir de l’espoir pour l’humanité qui semblait perdue dans une mer déchainée avec des orages et des tempêtes !

Que vient dire la Déclaration ?

Ah ! Beaucoup de choses. Mais essentiellement qu’il nous faut prendre un nouveau départ, laisser le monde de barbarie derrière nous et essayer de créer un monde meilleur où les droits humains seraient à l’agenda. Je vous cite en vrac certains articles de mémoire :

Selon l’Article 5, « Nul ne sera soumis à la torture et à d’autres peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. » À l’époque, c’est un vœu qui semble pieux ! Toutes les polices de l’époque torturaient les prisonniers en espérant ainsi extorquer une confession.

L’Article 16 parle du droit de se marier et de fonder une famille et surtout qu’on ne doit forcer personne à se marier. À une époque se marier avec la personne de son choix pour une femme était aussi absurde que de dire à un citoyen qu’il a le droit d’avoir une religion, ou de ne pas en avoir ou d’en changer.

Donc la Déclaration est une bombe et plusieurs politiciens ont du mal à comprendre les conséquences.

Oui, mais une Déclaration n’est pas supposée être contraignante...

Elle n’a pas de force légale, oui, mais elle a une grande force morale. À l’époque, tous les États qui adhéraient à ce gouvernement international qu’était l’ONU acceptaient implicitement ces idées révolutionnaires logées dans la Déclaration. Il ne faut pas oublier que toutes les grandes conventions internationales prennent leurs racines dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il y a le comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, le comité contre torture, le comité des droits de l’enfant, la Convention relative aux droits des personnes handicapées, le comité pour l’élimination de toute discrimination raciale. En 50 ans, le monde a été transformé pour le meilleur. Évidemment il n’est pas parfait, mais Marx le disait, nous sommes encore à l’aube de l’humanité et avons encore du chemin à faire.

Il nous faut prendre un nouveau départ, laisser le monde de barbarie derrière nous et créer un monde meilleur "

Où l’humanité se situe-t-elle selon vous ?

Nous sommes un monde en transition. Le vieux monde dans lequel nos grands-pères exploitaient et dominaient nos grands-mères n’a pas totalement disparu. Mais de grands coups de marteau piqueur ont été donnés au patriarcat. Donc il y a des vestiges du vieux monde, mais l’espoir d’un monde nouveau. Nous sommes dans cet entre-deux et selon la situation économique de notre pays ou de notre situation sociale personnelle, nous évoluons plus près de l’un que de l’autre monde. L’homme suédois, par exemple, qui bénéficie de plusieurs mois de congé pour prendre soin de son nouveau-né, tout comme sa femme est évidemment dans ce monde nouveau que nous laisse entrevoir la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Par ces temps de Covid-19, comment vous portez-vous sur le plan personnel ?

Très bien du point de vue personnel. J’essaie du mieux que je peux de ne pas entrer dans la psychose entretenue par certains médias. À les entendre, c’est une véritable hécatombe qui nous menace avec des morts à la pelle. Et quand j’entends les gens autour de moi, je crains que le pays ne soit au bord de la dépression collective...

La situation n’est-elle pas grave selon vous ?

Il nous faut en toutes choses raison garder. Évidemment j’ai beaucoup d’empathie envers ceux qui ont perdu des proches et ces drames humains me touchent. J’ai aussi beaucoup de respect pour nos infirmiers et professionnels de santé qui passent par des moments extrêmement difficiles. Et je trouve que nos médias n’en parlent pas assez. Ce qui les intéresse c’est le sensationnalisme, c’est faire peur aux gens pour ensuite comme un titre de presse l’a fait tout récemment aller leur demander pourquoi ils ont peur !

En tout cas ce que je perçois, c’est qu’il y a des dizaines de milliers de cas positifs, en tout cas bien plus que les bobards que vient raconter Jagutpal à longueur de journée. Cependant plus de trois quarts sont asymptomatiques. Un petit pourcentage est touché modérément comme ils disent, ce qui équivaut à une mauvaise grippe. Et un plus petit pourcentage aura des formes sévères pouvant aller jusqu’à la détresse respiratoire et la mort. C’est ce que j’ai compris à travers mes recherches et mes observations. Ce n’est pas l’hécatombe que semble nous décrire la presse mauricienne.

Mais vous comprenez quand même que les gens ont peur...

Évidemment. Parce que les Mauriciens en général ne sont pas réputés pour avoir un esprit indépendant. Je suis peut-être sévère, mais c’est comme ça. Notre système éducatif a créé une majorité de moutons, très peu de mutins ou d’esprits critiques. Donc ils vont gober ce que nos médias (qui se dégradent de jour en jour, je n’ai pas peur de le dire) vont raconter et ce que nos politiques vont dire. L’opposition avec son agenda n’est pas intéressée à expliquer la réalité à la population. Quant aux hommes du pouvoir, ils ont institué le mensonge au rang d’institution et personnellement, j’ai cessé de croire à ce qu’ils disent.

Mais est-ce que cela veut dire que les médias internationaux aussi nous mentent ?

Quand vous parlez de l’international, il faut préciser si ce sont les médias occidentaux ou les médias d’autres parties du monde. Les médias occidentaux sont dans la psychose eux aussi et nous absorbons l’information par leur prisme. L’Europe a une population vieillissante et évidemment la Covid-19 va faire plus de ravages dans cette partie du monde qu’en Afrique par exemple où 60 % de la population a moins de 25 ans ! Utilisons notre raison pour une fois. Si cette pandémie était une telle hécatombe, en tenant compte des systèmes de santé défaillants du continent africain que devrions-nous voir ? Des populations décimées ! Mais allez voir les chiffres et vous me direz ce qui se passe vraiment. C’est ce que je reproche encore une fois à nos amis de la presse mauricienne. Je ne vois pas de journalistes qui travaillent en profondeur, qui font des recherches pour être en mesure de mettre cette pandémie en perspective. Certains de nos médias sont des marchands de panique et de peur...

Le mot de la fin

Je souhaite que les médias se ressaisissent et essaient de se rappeler qu’ils ont été l’un des plus beaux fleurons de notre démocratie encore balbutiante.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit »

Depuis 1948, la Journée internationale des droits de l’homme est célébrée tous les ans le 10 décembre.

Pourquoi cette date ?

C’était la date quand a été adoptée la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot par les 58 États membres qui constituaient l’Assemblée générale des Nations unies.

Qu’est-ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme ?

Le texte énonce les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi. Il est traduit en 500 langues et dialectes.

Qui a écrit la Déclaration universelle des droits de l’homme ?

C’était un comité qu’on appelait « La Commission des droits de l’homme ». Il a été composé de dix-huit membres, mais les cinq personnes principales sont : (i) Eleanor Roosevelt (Américaine) en tant que présidente ; (ii) René Cassin (Français) qui écrivit le premier texte ; (iii) Charles Malik (Libanais) ; (iv) Peng Chung Chang (Chinois) ; (v) John Humphrey (Canadien) qui était le Directeur de la Division des droits de l’homme des Nations unies.

DISMOI

Le saviez-vous ? 

Le texte de la Déclaration universelle des droits de l’homme s’est vu décerner par le Livre Guinness des records en 2009, le record mondial de traduction, avec 370 langues et dialectes différents.

Sur les 58 États membres de l’ONU à l’époque, quarante-huit ont adopté cette charte universelle. Aucun État ne s’est prononcé contre, mais huit se sont abstenus et deux n’ont pas pris part au vote. Parmi les huit abstentionnistes, l’Afrique du Sud, qui appliquait alors l’apartheid, refusait l’affirmation du droit à l’égalité devant la loi sans distinction de naissance ou de race et l’Arabie saoudite contestait l’égalité homme-femme. La Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l’Union des républiques socialistes soviétiques, l’Ukraine et la Biélorussie se sont quant à eux abstenues en raison d’un différend concernant la définition du principe fondamental d’universalité tel qu’il est énoncé dans l’alinéa 1 de l’article 2. Enfin, les deux États n’ayant pas pris part au vote sont le Yémen et le Honduras. (Source : https://fr.wikipedia.org/)

Le rôle des femmes dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme 

  • Eleanor Roosevelt a joué un rôle prépondérant, car elle était la présidente du comité de rédaction, mais elle n’est pas la seule femme à y avoir contribué. Elles sont issues des différents pays.
  • Hansa Mehta : militante fervente des droits des femmes en Inde. On lui attribue généralement la transformation de la phrase « tous les hommes naissent libres et égaux » en « tous les êtres humains naissent libres et égaux » de l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
  • Minerva Bernardino : diplomate et militante féministe de la République dominicaine. Elle a joué un rôle clé dans la campagne visant à faire apparaître « l’égalité des hommes et des femmes » dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Avec d’autres femmes originaires d’Amérique latine (Bertha Lutz, du Brésil, et Isabel de Vidal, de l’Uruguay), elle a également pesé d’une voix retentissante dans le plaidoyer en faveur de l’introduction des droits des femmes et de la non-discrimination fondée sur le sexe dans la Charte des Nations unies, qui, en 1945, est devenue le premier accord international à reconnaître l’égalité de droits des hommes et des femmes.
  • Begum Shaista Ikramullah du Pakistan a recommandé de mettre l’accent sur la liberté, l’égalité et le choix dans la Déclaration. Elle a défendu l’idée de l’introduction de l’article 16 sur les droits égaux au regard du mariage, qu’elle considérait comme un moyen de lutter contre le mariage des enfants et les mariages forcés.
  • Bodil Begtrup du Danemark a recommandé que la Déclaration universelle emploie le terme « tous » ou « chacun » pour parler des titulaires de droits, plutôt que l’expression « tous les hommes ». 
  • Marie-Hélène Lefaucheux de la France a réussi à faire introduire la notion de non-discrimination fondée sur le sexe dans l’article 2. Le texte final de l’article déclare que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ».
  • Evdokia Uralova de la République socialiste soviétique de Biélorussie a vigoureusement plaidé la cause de l’égalité salariale des femmes. Grâce à elle, l’article 23 déclare que « Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal ». Tout comme Fryderyka Kalinowska, de Pologne, et Elizavieta Popova, de l’Union des républiques socialistes soviétiques, elle a souligné les droits des ressortissants des territoires non autonomes.
  • Lakshmi Menon a préconisé avec force la répétition de la non-discrimination fondée sur le sexe dans l’ensemble de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que la mention de l’« égalité des droits des femmes et des hommes » dans le préambule. Elle était également une adepte farouche de l’« universalité » des droits de l’homme, s’opposant fortement au concept de « relativisme colonial » qui tendait à nier les droits humains des peuples des pays sous domination coloniale. 

(Source : Les femmes et la Déclaration universelle des droits de l’homme, Rebecca Adami, Routledge, 2018)

Droits Humains - océan Indien (Dis-Moi) est une organisation non gouvernementale qui aide à promouvoir la culture des droits humains dans la région du sud-ouest de l’océan Indien, notamment aux Seychelles, à Maurice, à Rodrigues, à Madagascar et aux Comores. Fondée en 2012, l’organisation milite pour la défense et l’enseignement des droits humains.

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