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Ils ne peuvent plus rentrer au pays : des Mauriciens à la rue à l’île de la Réunion 

1.Karishma en compagnie de sa maman et de sa grand-mère maternelle. Elles sont toutes les deux décédées. Karishma a été mise à la porte de l’appartement où vivait sa défunte grand-mère. 2. Guy Alain est dans un espace exigu avec les cendres de son frère.

Partis à l’île sœur pour des motifs impérieux (raisons de santé, mortalité, funérailles), plusieurs Mauriciens se trouvant à 30 minutes de leur île natale ne cessent de supplier le gouvernement mauricien de leur donner la permission de rentrer au pays. Ils sont devenus sans domicile fixe à la Réunion, n’ayant plus des moyens financiers de subvenir à leurs besoins, encore moins de se payer un logement… Jusqu’à quand ? 

« J’ai eu la confirmation que je ne pourrai pas rentrer ce lundi. Je serai donc à la rue », pleure Karishma. Elle est apeurée, seule dans un pays où elle ne connaît personne, déjà affligée par le décès de sa grand-mère, avec qui elle était très proche. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle s’est rendue l’île sœur. C’est le 25 avril dernier qu’une personne du CHU de Belle-Pierre la contacte pour l’informer du décès de sa grand-mère. Cette dernière avait 69 ans et habitait seule à la Réunion. 

« Elle y est depuis plus de 20 ans. J’ai donc dû me rendre à la Réunion pour les démarches administratives. J’avais demandé de faire les funérailles, mais ils n’ont pas voulu faire le nécessaire sans la signature d’un membre de la famille. » 

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Elle-même souffrante, Karishma a quand même pris l’avion dès le lendemain pour se rendre à l’île sœur. « Je n’avais pas vraiment le choix. Je suis donc allée directement à l’hôpital et j’ai fait ce qu’il fallait. » Entre-temps, elle habitait dans la maison où vivait sa grand-mère. 

« Cependant, le proprié-taire des lieux a fait pression sur moi pour que je lui retourne les clés. Il m’a dit de vendre quelques affaires qui appartenaient à la défunte si je n’avais pas d’argent. ». 

Karishma a donc rendu les clés depuis lundi et elle est logée chez une amie de sa grand-mère, qui lui demande cependant de partir quand ses enfants vont rentrer et qu’elle aura besoin d’espace. « Je dois aussi acheter ma nourriture et ce n’est pas évident de tout payer en euros pour moi. » 

Ne sachant plus quoi fait, Karishma s’est d’abord tournée vers le consulat. « J’ai appris qu’il y avait un vol, mais que je ne pourrais pas retourner au pays sans une permission des autorités mauriciennes. Je ne cesse d’appeler le ministère des Affaires étrangères en vain. J’en peux plus. » 

Le plus dur pour elle, qui ne s’est pas rendu à La Réunion depuis plus de 12 ans, lorsqu’elle a rendu visite à sa grand-mère, c’est qu’elle est complètement perdue dans ce pays. « Je n’ai ni famille, ni ami, je suis seule. J’ai envie de pleurer tous les jours. Si je me retrouve à la rue, je ne survivrai pas. » soutient-elle.

Guy Alain trimballe les cendres de son frère depuis plusieurs semaines 

inter Guy Alain Albert est, quant a lui, à l’île de la Réunion depuis le 9 septembre. Il s’y est rendu pour   être  au chevet de son frère, qui était dans le coma. « Nous sommes venus en urgence, sans grande   préparation et pas suffisamment de moyens, mais il fallait bien que l’on soit là. » 

 Quelques heures après son départ de l’hôpital, le 28 décembre, il a reçu un appel l’informant que   son frère était décédé. « J’y suis allé et malheureusement, à cause des anomalies, les démarches   ont pris beaucoup de temps. Par exemple, l’heure du décès sur le certificat était après l’heure où on   m’avait remis les documents. » 

Il explique qu’il a eu bien des difficultés dans un pays étranger pour s’en sortir. 

« Pour ramener les cendres de mon frère à Maurice, il me fallait un certificat sanitaire et pour cela   aussi, j’ai bien galéré. Il m’a fallu aussi avoir des droits de tutelle afin de récupérer ses effets   personnels, dont j’ai en partie fait don a des œuvres caritatives. Il me reste quand même des   petites  choses de lui que je souhaiterais ramener pour notre mère. » 

 C’est ainsi qu’il se retrouve avec quatre valises et les cendres de son frère qu’il doit   malheureusement transporter avec lui à chaque fois qu’il doit changer de lieu. Lui aussi fait face à   des contraintes financières. 

« Je devais rentrer le 8 mars. J’avais déjà tout payé, incluant les frais de quarantaine. Cependant, nous avons appris que les frontières étaient fermées et qu’il n’y avait rien à faire. » 

Il dit ne pas comprendre pourquoi un vol peut quitter Maurice une fois par semaine pour la Réunion, mais doit rentrer au pays à vide. « Je me demande parfois pourquoi les relations entre Mau-rice et La Réunion ne sont pas au beau fixe, car il n’y a aucune logique de laisser entrer des travail-leurs indiens et de nous empêcher, nous Mauriciens, de rentrer au pays, soit un vol de 30 minutes. » 

Il exprime que cette épreuve est difficile pour lui comme pour les membres de la famille, surtout en ce qui concerne l’aspect psychologique. « Je parle à ma mère chaque matin. Elle n’arrive pas à faire son deuil. C’est un calvaire. De mon côté, je suis dans une pièce exiguë avec les cendres de mon frère et ça me fait un mal inexplicable. » Guy Alain avance que si la situation ne se décante pas, il se retrouvera lui aussi à la rue. Il demande également aux autorités de lui venir en aide. 

Nous avons tenté d’obtenir des nouvelles du ministère des Affaires étrangères, mais à l’heure où nous mettions sous presse, nous n’avions pas pu avoir d’information concrète à ce sujet. Entre-temps, le Groupement des associations Réunion-Maurice-Solidarité, ainsi que la branche réunionnaise de l’association Droits humains Océan Indien (DIS-MOI) apporte son soutien aux victimes en faisant entendre leur voix. Leurs représentants expliquent que c’est inhumain de traiter les gens ainsi, surtout parce que ce sont des personnes en détresse qui ne sont pas venues à la Réunion pour des vacances, mais pour des motifs impérieux. Ils exhortent les autorités de se concerter afin que ces personnes ne soient plus à la rue et puissent rentrer chez elles le plus vite possible.


 

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