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H1N1 : quand la grippe devient mortelle

H1N1 ou pas, une grippe saisonnière est parfaitement capable de tuer. Si les antiviraux peuvent aider, le plus sûr moyen de s’en protéger est  de se faire vacciner chaque année vers janvier-février.

Oui, une simple grippe peut parfois tuer. Si la grippe H1N1 a coûté la vie à deux personnes au courant de la semaine, les médecins sont tous d’accord pour dire que différentes souches de grippes saisonnières sont également en mesure d’affaiblir une personne au point de lui coûter la vie. Et ce ne sont pas forcément les personnes présentant des conditions comme le diabète ou l’asthme qui peuvent être sévèrement affectées.

« Il n’y a pas forcément de relation avec la morbidité », assure un médecin qui est souvent au premier contact avec les patients présentant des symptômes inquiétants. Selon cette source, il n’est pas rare qu’un patient ne présentant aucune trace de morbidité, décède d’une simple grippe saisonnière. Selon ce médecin, le décès d’une personne en parfaite santé peut survenir dans trois cas de figure : « Certains peuvent décéder dans un délai d’un jour par déshydratation. Ensuite, la deuxième possibilité, ce sont les complications respiratoires qui peuvent tuer en moins de 24 heures. Et finalement, il peut y avoir un dysfonctionnement de plusieurs organes du corps, comme les reins ou le foie. Cela prend normalement quelques jours. »

Le Dr Dawood Oaris, directeur de la clinique Chisty Shifa et président de l’Association des cliniques, explique que les patients présentant des antécédents comme le diabète peuvent souffrir de complications mais que, souvent, ce qui a démarré comme une infection virale peut devenir bactérienne et nécessiter d’autres traitements. « Une grippe saisonnière peut avoir des conséquences graves et causer une encéphalite qui peut causer des décès, explique le médecin, mais cela devient  vraiment compliqué quand les bactéries se mettent de la partie. » Les antiviraux comme le Tamiflu ne suffisent plus et la prescription d’antibiotiques devient alors nécessaire pour combattre cette deuxième infection contractée après la grippe elle-même.

Toutefois, le Dr Ishaq Jowaheer, vice-président de la Private Medical Practioners’ Association (PMPA), explique que le Tamiflu sera rarement utilisé pour une simple grippe. « Pour une grippe, il n’y a pas d’autre traitement que les antiviraux, explique-t-il, mais on va rarement en prescrire pour une grippe et le mieux c’est encore de se faire vacciner en début d’année. » Dans quelles circonstances une grippe saisonnière peut-elle tuer ? Quand la température du patient dépasse la limite de ce qui est tolérable par le corps humain. « Mais la plupart des décès surviennent chez ceux qui ont déjà une déficience dans leur système, comme les diabétiques, ceux qui ont le VIH, les cancéreux, ou encore les enfants dont le système immunitaire n’est pas encore développé. »


La communication de la Santé en échec

Alors que la presse avait déjà eu vent de cas de H1N1 le vendredi 26 mai, les représentants officiels du ministère de la Santé affirmaient haut et fort qu’il n’y avait aucun cas de confirmé. Avant de changer de langage quelques jours plus tard pour confirmer un décès lié à cette souche. Un deuxième décès sera confirmé le lendemain. Pourtant, une source proche du ministère de la Santé insiste sur le fait que les signes étaient visibles depuis plusieurs semaines.

« Depuis au moins deux mois, on a commencé à avoir des patients avec une température de 42° C, explique cette source, 38° C de température, c’est déjà très sérieux, alors 42°  ! Cela peut entraîner des lésions cérébrales dans certains cas. » Puis, il y a environ un mois, de plus en plus de patients sont admis présentant des troubles respiratoires aigus (Acute Respiratory Distress Syndrome, ou ARDS dans le jargon médical). Un autre indicateur que la situation commençait à se compliquer.

« Dans ses statistiques, le ministère ne comptabilise que ceux admis en soins intensifs, déclare notre source, mais beaucoup ne sont pas passés par l’unité des soins intensifs et sont décédés. » À l’hôpital J. Nehru, par exemple, un patient asthmatique est décédé il y a deux semaines. Le décès est attribué à l’asthme. « Sa maladie chronique a contribué à son décès, mais c’est certainement la grippe la principale cause», estime notre interlocuteur.

Qui a la responsabilité de signaler ces changements dans la gravité des cas au ministère ? Notre source pointe du doigt les Regional Public Health Superintendents (RPHS). « Le travail du RPHS est de suivre l’évolution de la grippe, ou des autres causes de décès dans les hôpitaux, explique notre source, ils doivent faire suivre aux responsables du ministère pour qu’ils sachent comment gérer. Quelque part, quelqu’un n’a pas fait son travail. » Selon une source officielle au ministère de la Santé, il n’y a pas de chiffres anormaux depuis le début de 2017. Le RPHS n’a ainsi pas jugé nécessaire d’alerter le ministère.

Dr Laurent Musango, représentant de l’OMS à Maurice : «Les vaccins sont un moyen d’éviter la grippe»

Est-ce que la population doit s’inquiéter par rapport au nombre croissant de cas de grippe, recensés dans nos hôpitaux ?
A mon avis, la situation n’est pas aussi inquiétante qu’on le pense, parce que la grippe circule dans le monde depuis qu’il y a eu une flambée épidémique en 2009. Cependant, les cas varient selon la période. Si on compare cette année à la précédente, on compte 40 cas confirmés contre 39 pour la même période de janvier à mai. En plus, Maurice a un bon système de détection et de surveillance de la grippe, qui peut se faire en temps réel, est basé sur les données quotidiennes syndromiques et confirmé par le laboratoire accrédité. Néanmoins, il faut rester vigilant et s’assurer de la poursuite des activités de surveillance et de laboratoires pour une détection précoce et une réponse rapide.

Il y a eu deux morts en raison du virus H1N1. Quelles sont les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé à ce sujet ?
Les recommandations de l’OMS sont les mêmes que celles que Maurice est en train d’appliquer, à savoir le renforcement du système de surveillance afin de recueillir des données cliniques, virologiques et épidémiologiques actualisées sur les tendances de l’infection humaine par les virus de la grippe saisonnière, qui permettront également d’estimer les besoins supplémentaires au cours d’une pandémie. Il faut aussi mettre en avant les bons comportements de protection personnelle chez les gens, prévoir le recours aux substances pharmaceutiques et aux vaccins chez toutes les personnes à hauts risques. Il est également important de mettre en place des stratégies de communication et des messages efficaces afin d’informer, d’enseigner et de communiquer avec les individus et les familles, de façon à ce qu’ils soient mieux informés de la situation réelle et en temps voulu.

Est-ce que les campagnes de vaccination devraient être réservées uniquement aux personnes souffrant de maladies chroniques et qui sont plus susceptibles de développer des complications ou être ouvertes à tout le monde ?
Le virus peut atteindre toute personne, celles qui sont en bonne santé ou déjà atteintes de pathologie chronique ou d’autres plus vulnérables.

La personne normalement en bonne santé, atteinte par la grippe, peut être sérieusement malade durant une semaine avec persistance d’une fatigue plus ou moins importante pendant encore deux semaines, en principe, sans séquelle ultérieure.

Cependant, pour les personnes à risque ou déjà fragilisées par une pathologie existante, la grippe s’avère mortelle ou, plus fréquemment, responsable de complications graves : surinfection respiratoire bactérienne, déséquilibre entre pathologie chronique et traitement, dégradation de l’autonomie chez les personnes âgées. C’est la raison pour laquelle on recommande fortement à cette catégorie de personnes de prendre des précautions et de se faire vacciner.

À quel point une personne vaccinée contre la grippe est-elle protégée ?
Les vaccins antigrippaux sont l’un des moyens les plus efficaces d’éviter à la population de contracter la grippe pendant les épidémies ou les pandémies. Ces vaccins stimuleront l’immunité contre la grippe et contribueront à préserver la santé publique pendant l’évolution de la pandémie.

Plus de 8 000 patients traités en quatre jours

Du 28 au 31 mai, au moins 8 023 patients ont visité les divers hôpitaux du pays pour soigner des infections aux voies respiratoires, synonymes de grippe. Ce chiffre ne comprend pas la totalité des patients ayant visité les hôpitaux le mercredi 31 mai, s’arrêtant au pointage de la mi-journée et il faudrait aussi inclure les chiffres du privé afin d’avoir une appréciation globale de la situation. Toutefois, ils permettent un constat : le nombre de patients a atteint son pic le dimanche 28 mai, avec un total de 5 968 visites. Depuis, la moyenne de visites par jour tourne autour de 800.

Les hôpitaux les plus fréquentés sont ceux qui se trouvent dans le centre de l’île, soit Victoria et ENT, avec 1 439 et 1 884 patients, respectivement, pendant ces quatre jours. L’hôpital Jeetoo, à Port-Louis, n’est pas loin derrière avec un total de 1 352 patients.

D’autres chiffres démontrent aussi que du mois d’avril à celui de mai, il y a eu une progression alarmante du nombre de patients traités pour des infections aux voies respiratoires. Durant la semaine du 17 au 23 avril, les services de santé publique ont enregistré 3 963 patients. Les deux semaines suivantes le nombre de patients est demeuré plus ou moins stable, avec 3 831 et 3 978 respectivement.

C’est durant la semaine du 8 au 14 mai que les choses ont commencé à se compliquer, le nombre de patients souffrant d’infection aux voies respiratoires s’élevant à 5 222, puis  à 6 010 patients la semaine suivante. Et finalement, du 22 au 28 mai, ce sont 5 968 cas qui ont été traités. Des chiffres qui mettent en perspective la progression des cas durant la semaine écoulée : de lundi à la mi-journée de mercredi, les hôpitaux ont compté 2 055 cas. Si la tendance se poursuit avec une moyenne de 800 patients par jour, le total devrait redescendre à 4 000.

Sommes-nous pour autant face à une épidémie ? Loin de là, affirme le Dr Fazil Khodabocus, Community Physician à l’hôpital A.G. Jeetoo. Les chiffres doivent être deux à trois fois supérieurs à ceux enregistrés habituellement pour déclarer une alerte d’épidémie. 

Hôpitaux 28 mai 29 mai 30 mai 31 mai* TOTAL
Dr A.G. Jeetoo 994 149 130 79 1352
ENT 1303 239 246 96 1884
Flacq 681 98 91 36 906
J. Nehru 428 66 46 42 582
Mt Longue 283  -  -  - 283
Moka  464  -  -  - 464
Souillac 248  -  -  - 248
SSRNH 622 107 93 43 865
Victoria 945 156 204 134 1439
TOTAL 5968 815 810 430 8023

1 Le nombre de patients traités pour des infections aux voies respiratoires supérieures

*chiffres à la mi-journée

Les grandes épidémies de grippe de l’histoire

  • 1918 : grippe espagnole

À l’époque déjà, le virus H1N1 faisait des ravages. La grippe espagnole de 1918-1919 a contaminé près d’un tiers de la population mondiale et tué 30 millions de personne, faisant plus de morts que la Grande guerre. Cette pandémie avait démarré en Chine avant de s’étendre et de compter parmi les personnes infectées le roi d’Espagne, d’où le surnom du virus.

  • 1956-1958 : grippe asiatique

Cette fois, c’est la souche H2N2 qui est la responsable : la pandémie démarre dans la province de Guizhou, en Chine avant de s’étendre à Singapour pour finalement atteindre Hong-Kong et les États-Unis. L’OMS estime le nombre de morts à deux millions.

  • 1968 : grippe de Hong-Kong

La pandémie causée par une souche H3N2 fait un million de victimes à travers le monde, dont 500 000 personnes à Hong-Kong, son point d’origine.

Le vaccin prend effet après deux semaines

Les vaccins antigrippaux peuvent protéger efficacement contre les souches de grippe A(H1N1), A(H3N2) et B, qui sont les grippes saisonnières qui circulent à Maurice. Ces vaccins sont recommandés par l’Organisation mondiale de la Sante (OMS) pour l’hémisphère sud.  Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’une fois inoculé, le vaccin va mettre environ deux semaines avant d’agir et ainsi jouer son rôle immunitaire. «  Il ne faut donc pas s’inquiéter si après avoir été vacciné l’on rencontre des petits problèmes de santé qui peuvent être dûs à d’autres virus », fait ressortir le Dr Fazil Khodabocus, Community Physician à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo.

Le Dr Khodabocus rappelle aussi que depuis 2010, le virus A(H1N1) a été classifié comme faisant partie de la grippe saisonnière et qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur le virus A (H1N1) qui a fait deux victimes jusqu’à présent. « Les trois sont susceptibles de causer des complications de santé, chez les personnes à risque en particulier », dit-il. D’où l’importance pour les personnes qui souffrent de maladies chroniques (diabète, cancer, maladies cardiovasculaires etc.), les enfants en bas âge et les personnes âgées, de se faire vacciner avant le début de la saison hivernale où le climat froid et sec est favorable à la propagation des virus.  Le Community Physician précise aussi qu’il ne faut pas banaliser la grippe qui peut engendrer des complications si elle n’est pas traitée convenablement. L’automédication est proscrite. « C’est mieux de consulter un médecin », dit-il. Il recommande aussi à ceux qui sont atteints de la grippe de rester à la maison pour se reposer .