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Gratuité de l’enseignement supérieur : enjeux et implications de la mesure sociale sous la loupe

Après avoir entretenu le flou autour de la gratuité de l’enseignement supérieur, la ministre de l’Éducation, des Ressources humaines et de l’Enseignement supérieur, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a finalement levé le voile, vendredi, sur ses modalités. Cette mesure répondra-t-elle aux défis auxquels fait face l’enseignement supérieur ? Éclairage.

Les mérites

Il s’agit d’une mesure d’une grande importance sociale. Plusieurs responsables d’universités, interrogés, sont d’avis que l’annulation des tuition fees constituera un énorme soulagement pour plusieurs parents. Un responsable de l’Université des Mascareignes (UDM) soutient que les tuition fees pour le campus universitaire de Camp-Levieux s’élèvent actuellement à Rs 40 000, alors que les frais administratifs sont de Rs 5 000.

« C’est donc une mesure qui va inévitablement faire beaucoup de bien à des étudiants aux conditions sociales modestes », fait ressortir ce cadre de l’UDM. Il s’agit, pour d’autres observateurs, à l’instar de Suren Bissoondoyal, président du conseil d’administration de la Tertiary Education Commission (TEC), d’une mesure qui corrigera les injustices prévalant parmi les universités publiques, car il est d’avis que les frais pratiqués par l’université de Maurice (UoM) étaient largement inférieurs aux autres universités privées, telles que l’Université de Technologie de Maurice (UTM).

Cette nouvelle mesure fait, par ailleurs, la part belle aux établissements prônant la formation aux métiers. « C’est un pas considérable en avant, car on doit aussi accorder une importance spéciale au vocationnel, qui est aussi très important que le système académique », fait-il ressortir.

Les défis

Pour l’ancien ministre de l’Éducation, Armoogum Parsooramen, l’abolition des frais n’est pas la seule réponse à l’injustice sociale. Ce dernier est d’avis qu’il faut aussi faire de sorte que les étudiants en difficulté bénéficient d’un accompagnement social.

« Je me souviens, par exemple, du cas de trois étudiants en médecine à l’université de Maurice (UOM), qui étaient sur le point d’abandonner leurs études en raison de leur situation financière. Il nous a fallu trouver des sponsors afin de leur permettre de continuer leurs études », dit-il. L’ancien ministre souligne qu’en dehors des frais administratifs et académiques, il existe d’autres implications financières, qui peuvent constituer une entrave pour les étudiants.

Il lance ainsi un appel à la direction de l’UoM pour accorder une attention particulière aux étudiants faisant face à  des situations compliquées. « Je sais que l’université de Maurice dispose d’un tel registre et il faudrait puiser dans ce registre pour mieux les accompagner », ajoute-t-il. L’historien Jocelyn Chan Low considère que la gratuité de l’enseignement supérieur est une suite logique. Il explique qu’il y a d’abord eu l’accès à l’éducation primaire et secondaire. « C’est maintenant au tour de l’enseignement supérieur, ce qui est une bonne chose », estime-t-il.

N’empêche que l’historien s’interroge sur certaines implications de cette décision. « Nous comprenons que les universités publiques vont dorénavant dépendre des finances de l’État, alors qu’auparavant, elles pouvaient, par exemple, dépendre aussi des frais qu’elles imposaient. Le souci dans tout cela, c’est que cette mesure peut mener à une politisation des universités publiques, ce qui est une mauvaise chose pour le pays », fait-il valoir.

Il ne manque pas de souligner que l’UoM a, par le passé, connu des crises d’instabilité en raison de certaines nominations politiques. « Ce serait donc dommage si les universités se retrouvaient à la solde des politiques », poursuit-il. L’ancien secrétaire général de l’Association des universités africaines, Goolam Mohamedbhai, s’inquiète, quant à lui, de la capacité de l’État à financer cette mesure. « L’État dépense déjà entre Rs 600 millions et Rs 700 millions annuellement pour financer les institutions publiques », fait-il ressortir. Il soutient qu’il serait préférable de procéder à un exercice de ciblage, afin de savoir réellement qui sont les étudiants méritant de telles aides sociales.