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Drogue : enfants accros, parents désemparés

Drogue

Que faire quand on découvre que son enfant se drogue ? Vers qui se tourner pour obtenir de l’aide ? Y a-t-il un mode d’emploi ? Autant de questions qui obsèdent nombre de parents peinant à asseoir leur autorité et à ramener leurs enfants dans le droit chemin.

Maya (38 ans) : « Mon fils est incontrôlable »

À quel moment me suis-je trompée dans l’éducation de mon enfant ? Cette question hante Maya, une habitante des Plaines Wilhems âgée de 38 ans, depuis qu’elle a découvert que son fils de 15 ans, Kylan, consomme de la drogue de synthèse. Elle se rappelle encore le jour où elle l’a trouvé inconscient dans son lit. C’était il y a trois mois.

Après le boulot, Maya rentre à la maison. Dès qu’elle ouvre la porte, une forte odeur de tabac lui monte au nez. Celle-ci émane de la chambre de son fils. Elle presse le pas et tombe des nues lorsqu’elle voit Kylan affalé dans son lit. Paniquée, elle le secoue pour qu’il reprenne connaissance. D’une voix faible, Kylan lui dit: « Laisse-moi tranquille. » Maya est hors d’elle lorsqu’elle voit un briquet et du papier à rouler sur le sol. Les larmes ruissèlent sur ses joues. Ses doutes se confirment: Kylan se drogue. Elle attend patiemment qu’il se réveille mais lorsqu’il ouvre les yeux, il s’en prend à sa mère qui le presse de questions.

nervé, il prend son cellulaire et s’en va. « Cela fait des mois que j’ai constaté un changement dans le comportement de mon enfant. Il n’en fait qu’à sa tête. Son père ne semble pas s’intéresser à ce qui arrive à Kylan. Je n’en peux plus », confie Maya. Elle ne sait pas quoi faire et, malheureusement, n’est pas en bons termes avec son mari. Elle s’est alors tournée vers ses beaux-parents mais «… ils le couvrent en me disant que ce n’est qu’un enfant. Ils refusent de voir la réalité en face. »  La jeune mère peine à accepter que son fils, qu’elle a élevé avec amour, soit dépendant de la drogue. De jour en jour, elle voit son monde qui s’écroule. Elle a peur pour l’avenir de son fils.

Alex (16 ans) : « J’aime cette euphorie »

Alex est en Grade 11(Form V) dans un collège d’État. Cela fait deux semaines qu’il ne va part pas à l’école. Lorsqu’on lui demande pourquoi. Il avance : « Pa pou mwa sa ». On en profite pour lui demander ce qu’il fait de ses journées.

« Je me réveille à 7 heures. Après m’être brossé les dents, je prends ma douche et j’enfile mon uniforme. Je prends un petit-déjeuner express fait de céréales et de lait chez ma grand-mère. Puis je vais à l’arrêt d’autobus », dit-il. Il ajoute que loin des regards, il enlève sa chemise et enfile un t-shirt, puis direction de Quatre-Bornes où l’attendent ses amis. « Ils sont beaucoup plus âgés », indique le gamin.

À son arrivée à la place des taxis, Alex salue ses copains. Ces derniers lui demandent de « met enn koste ». Ce qui, dans leur jargon, signifie contribuer à l’achat de la drogue de synthèse.

Alex raconte que c’est son ami Yannick, le plus téméraire de la bande, qui achète la marchandise contre une poignée de roupies. « Nous l’achetons avec un homme dont on a fait la connaissance sur la gare routière après les heures de classes il y a quelque temps. »

Toutefois, c’est au bord de la rivière de la localité qu’Alex et ses amis se planqueront pour fumer cette drogue de synthèse. Un briquet à la main, Alex allume la cigarette. Après quelques bouffées, il la passe à ses amis et attend patiemment de l’avoir une nouvelle fois dans les mains tout en se laissant emporter par l’euphorie que lui procure cette drogue. « Cela fait un an que j’en consomme. J’adore l’effet que cela me fait. Et de confier que pour s’en acheter, il se bagarre souvent avec sa mère et la force à lui donner de l’argent. Si elle ne cède pas, je me tourne vers mon grand-père. Je lui dis que j’ai besoin de matériel scolaire.

Il m’en donne et le tour est joué. Mais des fois, j’en sors aussi bredouille », dit-il.

Au fil de la conversation, on apprend que sa mère est victime de violence domestique. « J’aime ma mère et je ne peux pas voir mon père la tabasser sans relâche. Cela fait des années que cela dure. J’ai commencé à fumer. Puis j’ai fini par consommer de la drogue car l’environnement dans lequel je vis est pénible. C’est une façon pour moi de me défouler », conclut Alex.


Municipalité de Vacoas–Phoenix : une causerie pour sensibiliser les parents

À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, la municipalité de Vacoas-Phoenix a organisé une causerie intitulée Les parents face à l’addiction le lundi 23 juin dernier.

Municipalité de Vacoas–Phoenix

Municipalité de Vacoas–Phoenix

L’ancien maire, Farhad Dowlut, a affirmé que cet évènement visait à sensibiliser parents, enfants et grands-parents aux addictions liées à la drogue et à l’alcool, entre autres. « La drogue concerne tout le monde. Il ne faut pas qu’on se voile la face. Elle prolifère à Vacoas et à travers Maurice. Il faut sensibiliser la population. C’est en travaillant ensemble qu’on arrivera à lutter contre ce fléau », dit-il.

Municipalité de Vacoas–Phoenix

Cette causerie a été animée en première partie par Samad Dulloo du centre Idriss Goomany. L’intervenant a parlé des activités et services offerts par le centre depuis sa création en 1986, de la responsabilité des parents face à l’addiction de leur enfant, de la réalité sur le terrain, des types de drogue existants, de leur prolifération, des dangers spécifiques qu’ils comportent. Il a aussi donné un aperçu des traitements disponibles pour la réhabilitation des victimes. La deuxième partie de la causerie a été animée par Edley Jaymangal du Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (CDS).


Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie - Edley Jaymangal : « Savoir comment communiquer avec son enfant »

Edley Jaymangal

Le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (CDS) s’occupe de la réhabilitation et de la réinsertion des usagers de substances nocives telles que les drogues et l’alcool. Son directeur, Edley Jaymangal, affirme que le CDS organise diverses causeries sur les addictions liées à la drogue et à l’alcool à travers l’île.

Invité par la municipalité de Vacoas-Phoenix dans le cadre de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues le 26 juin dernier, Edley Jaymangal a longuement parlé sur le rôle des parents face à la dépendance de leur enfant. « Si la drogue ne nous touche pas aujourd’hui, elle nous touchera demain. Ce fléau concerne tout le monde. On doit le voir comme un problème national. » Il salue l’initiative des autorités locales qui ont aussi un rôle à jouer dans la sensibilisation des citoyens aux dangers de la drogue.

Aux parents, Edley Jaymangal conseille de ne pas être dans le jugement et dans la critique lorsque leur enfant souffre d’une dépendance à l’alcool ou à la drogue. « Personne n’est à l’abri face à l’évolution de la société. Je pense qu’il est important d’éduquer les parents pour qu’ils sachent comment réagir lorsque leur enfant se drogue. Ils doivent également faire preuve de vigilance. »

Comment faire ?

À cette question, Edley Jaymangal soutient que les parents doivent être attentifs aux signes qui démontrent un changement de comportement de leur enfant. Il prend pour exemple un enfant qui ne socialise pas, un autre qui s’enferme dans sa chambre ou un autre encore qui a subitement des difficultés scolaires. « Les parents doivent savoir encadrer leur enfant et l’aider, non pas le rejeter. S’ils le font, l’enfant se retrouvera encore plus au fond du gouffre ».

Quid des facteurs qui poussent les ados à consommer de la drogue ou de l’alcool ? Le directeur du CDS dira que c’est la pression des pairs et l’avènement d’Internet, entre autres. « La prolifération de la drogue de synthèse dans les établissements scolaires est alarmante. Je pense que le manque de loisirs sportifs pour les jeunes exacerbe le problème. Il faut que les autorités mettent l’accent sur le sport pour les jeunes et qu’elles mettent à leur disposition des centres de jeunesse où ils pourront faire des activités après les heures de classe. »

Au niveau de la réhabilitation, le directeur du CDS indique que plusieurs structures sont disponibles à Maurice. « Lors de la prise en charge, nous entamons un programme de détoxification avec la victime pour environ six semaines. Ensuite on passe à la réhabilitation. Sa dépendance peut dater de deux mois, de six mois, voire d’un an. Notre rôle à nous est de l’aider à changer de comportement et à regagner ses valeurs. Ou encore lui apprendre à regagner confiance en lui sans le juger. Notre mission est de l’aider à changer. C’est très important de placer l’humain avant tout. Je conseille aux parents de communiquer avec leurs enfants au lieu de les punir. Tout est une question d’accompagnement et de volonté d’aider la victime à s’en sortir. »

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