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Décryptage - Budget 2020-2021: The Great Reset?

On saura cet après-midi si Renganaden Padayachy est parvenu à faire justice aux PME qui méritent légitimement une bouée d’oxygène substantielle

En dépit de la conjoncture économique et sociale exceptionnelle, on assistera, ce jeudi après-midi, au scénario classique de l’après-présentation d’un Budget. Le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, sera, d’une part, couvert de louanges par les parlementaires du gouvernement et, d’autre part, descendu en flammes par ceux de l’opposition. Dans le monde des affaires et au sein de la société civile, si certains diront que le Budget répond à leurs attentes, d’autres vont se lamenter, arguant que les mesures annoncées sont insuffisantes pour conjurer les crises qui se profilent à l’horizon.

« The Magic Money »

Aux grands maux, les grands remèdes, se concordent à dire tous les partenaires économiques et sociaux. Dans la présente situation, les grands remèdes se résument à l’apport et aux concessions financières de l’État. Disons-le sans détour, tout n’est qu’une question d’argent. « The Magic Money », comme ironisent certains experts en finances. Plus d’un pensent que c’est le devoir et la responsabilité de l’État de payer pour la crise « quoi qu’il en coûte » en brandissant une épée de Damoclès - les  risques de fermeture d’entreprises et de licenciement massif.

Le gros capital s’est montré plus vociférant. Ça a été un argument solide pour certains de monter la surenchère en espérant avoir le maximum possible des caisses de l’État. Déjà, le gouvernement a fait provision de Rs 140 milliards – 28 % du Produit intérieur brut (PIB) – pour la crise. Ce coût équivaut à Rs 107 700 par tête d’habitant. À coup sûr, cette somme astronomique ne représente pas la totalité de la perfusion publique à l’économie, dont au secteur privé. 

Cet anesthésiant public aux maux du privé ne sera, certes, pas éternel, car la Banque de Maurice (BoM) n’est pas une corne d’abondance perpétuelle que le gouvernement pourra s’en délecter pour toujours. Et cela malgré qu’une très forte pression soit exercée par les opérateurs économiques sur le Grand argentier pour garder les salariés des entreprises en difficulté sous le cocon d’aides publiques, en prolongeant le Wage Assistance Scheme « jusqu’à ces entreprises se refassent une bonne santé ».

Sans compter que les opérateurs des secteurs terriblement éprouvés par la crise, comme le tourisme, le manufacturier et les PME, espèrent avoir des facilités et autres concessions qui s’élèveront à des milliards de roupies. L’aide à ces secteurs s’avère vitale pour éviter un effet domino, comme l’a expliqué Gérald Lincoln, Country Manager d’EY : « Si les entreprises de ces secteurs s’écroulent, c’est tout le système bancaire qui pourrait être affecté. D’où l’urgence de limiter l’effet de contagion à d’autres secteurs économiques. »
 
Tout de même, la société civile se montre méfiante, à l’instar du Dr Kris Valaydon, avocat et observateur politique et social. Ne voulant pas que les abus autour des Stimulus Package de 2008 ne se reproduisent, il insiste qu’il faut « distinguer entre les cas méritants des bluffeurs ». 

Les profits des hôtels

Idem pour Sen Ramsamy, consultant en matière touristique, qui se dit intrigué que des groupes hôteliers qui ont amassé des profits de tout temps prétendent maintenant être dans l’incapacité d’assurer les salaires de leurs employés pendant ces deux premiers mois de disette. « Où sont passés les profits ? » s’est-il demandé dans l’émission « Au cœur de l’info » sur les ondes des Radio Plus que j’animais, ce mercredi, en compagnie de Jane Lutchmaya. 

L’économiste Sameer Sharma remue le couteau dans la plaie en évoquant les fortunes à l’étranger des Mauriciens et des entreprises mauriciennes opérant à Maurice : « Mauritian individuals and corporate structures have close to a trillion rupees abroad. The rentier economy is about milking the cow. The cow is now almost dead ». 
Admettons-le, c’est un sujet tabou dans la haute société et les politiciens font semblant de ne pas être au courant.

Parlant en connaissance de causes pour avoir été ministre des Finances, le Dr Vasant Bunwaree conseille à Renganaden Padayachy « de garder la tête bien sur les épaules et ne pas céder aux exigences des plus grands et des plus forts, qui ont tendance à jouer le rôle du plus souffrant. »
 
‘Work more with less’

Beas Cheekhooree, de la Mauritius Export Association, pousse le bouchon encore plus loin en arguant que les PMEs méritent d’avoir la part du lion des mesures budgétaires. « Vu que les PMEs contribuent à hauteur de 40 % du PIB et emploient 55 % de personnes, elles méritent un plan d’accompagnement soutenu et durable », dit-il. On saura cet après-midi si Renganaden Padayachy est parvenu à faire justice aux PME qui méritent légitimement une bouée d’oxygène substantielle.

Rashid Imrith a parfaitement raison de dire « que des mesures courageuses doivent être prises pour remonter la pente ». Mais le syndicaliste semble ne pas réaliser à quel point cette pente est escarpée et glissante pour exiger que « le gouvernement prenne des mesures budgétaires pour remplir les 10 000 postes vacants dans la Fonction publique ». Il est aux antipodes du mantra du moment ‘Work more with less’ en optimisant la productivité. Même Xavier-Luc Duval, le leader du PMSD, s’est demandé si le ministre des Finances osera venir de l’avant avec des mesures dites impopulaires, dont demander aux gens de travailler plus.
La pandémie économique

Ce qui nous ramène à cette « pensée magique » que l’État peut tout faire. Or, ce n’est pas le cas pour une économie comme la nôtre qui dépend énormément de l’extérieur. Maurice est parmi les premiers à subir les conséquences de la « Pandemanomics » (la pandémie économique).
 
Quand les États-Unis ou l’Europe éternuent, on s’enrhume ici. Avec l’effet Covid-19, la situation de notre économie déjà enkystée dans une croissance faible et un problème systémique de la dette est passé de mal en pis.

Du coup, le ministre Renganaden Padayachy a une marge de manœuvre très limitée, en dépit d’avoir abattu le Joker BoM. Avec son premier Budget, il peut entrer dans l’histoire comme un ministre des Finances courageux et visionnaire s’il applique le conseil de Klaus Schwab, fondateur et Executive Chairman du World Economic Forum. Que chaque pays procède à un « Great Reset » de son économie pour s’adapter au « New Normal ». Un exercice de rapiècetage qui ne sera que du palliatif est, certes, à proscrire. Dans le contexte mauricien, le « Great Reset » concerne d’emblée la valorisation des PME qui ont le potentiel d’aider à grossir davantage la richesse nationale.

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