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Cassam Uteem : «La perte de mon fils aîné est une souffrance perpétuelle»

L’ancien président de la République de Maurice nous accueille chez lui, à Beau-Bassin, pour répondre à notre boîte à questions. Pour la première fois, ce n’est pas autour d’une tasse de café, en raison du Ramadan, que l’entretien a lieu, mais dans la simplicité de son accueil chaleureux et de son sourire. Ainsi, naviguant entre la politique, la psychologie et son profond chagrin, à 83 ans, il se dévoile autrement.

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Cassam Uteem, de prime abord, quelles sont vos routines matinales ?
Je commence par ouvrir les yeux (rires). Ensuite, je reste quelques minutes au lit, à me prélasser, avant de me rendre à la mosquée pour la prière. Ce sont les premières choses que je fais chaque matin. 

Pendant le carême, je me lève un peu plus tôt que d’habitude, vers 4 heures ou 4 h 15 du matin. Je prends un petit déjeuner assez copieux, puis je vais prier avant de rentrer chez moi pour me reposer.

Et vos journées, elles se passent comment ?
Je lis beaucoup et je passe beaucoup de temps sur Internet. C’est une encyclopédie disponible à toute heure et en tout lieu. J’essaie de comprendre un large éventail de sujets. Récemment, je consacre également un peu plus de temps à la prière. On pourrait dire que je m’engage un peu plus dans la spiritualité ces jours-ci. D’ailleurs, cela a toujours été une partie intégrante de ma vie.

En dépit de votre spiritualité et de votre croyance en Dieu, craignez-vous quelque chose ?
Généralement, je n’ai peur de rien, à l’exception de ne pas satisfaire mon Créateur. Je crains de devoir, un jour, lui rendre des comptes. Donc, je crains et j’aime, en même temps, mon Créateur.

Et si vous deviez retourner dans le passé, que changeriez-vous ?
Si j’avais à refaire ma vie, j’aurais accordé beaucoup plus d’attention à mes études. J’aurais poursuivi mes études en sciences sociales de manière plus approfondie. Cependant, je suis très heureux de ma vie. J’ai eu une carrière professionnelle enrichissante, ayant travaillé en tant que Personal Manager avant de me lancer en politique. 

J’ai également fondé une famille avec une épouse que j’aime énormément. Nous avons eu trois enfants, mais malheureusement, mon aîné, Oomar, qui était médecin, est décédé. Sa perte est une grande douleur et une souffrance perpétuelle. Perdre un enfant est une épreuve insurmontable. Il n’avait que 38 ans. Ironiquement, il est décédé d’une crise cardiaque, bien qu’il fût cardiologue. C’est une immense tristesse pour notre famille… 
Si je devais revivre ma vie, je conserverais tout ce qui était bon et éviterais tout ce qui était mauvais.

En parlant de la vie, avez-vous pu réaliser tous vos rêves ? 
Je n’avais jamais rêvé qu’un jour je serai président de la République. Donc, je n’ai pas de plus grand rêve que cela à mon âge. Maintenant, si vous voulez, enfant, je voulais poursuivre des études universitaires. Je l’ai aussi fait.

D’avoir été président de la République est votre plus grand accomplissement…
Être président a été l’aboutissement de ma carrière politique. J’ai commencé à faire de la politique dès mon plus jeune âge, à 20 ans, juste après avoir quitté le collège. J’ai rejoint un parti politique qui prônait l’indépendance et mobilisait les Mauriciens en ce sens. Ensemble, nous avons obtenu l’indépendance. 

Par la suite, j’ai été conseiller municipal, élu maire de Port-Louis, puis député et ministre avant d’être élu président de la République. Je peux dire que j’ai eu une vie bien remplie.

Justement, comment percevez-vous l’état actuel de Maurice en cette année 2024 ?
Il y a des aspects positifs et négatifs à prendre en compte. Sur le plan des infrastructures publiques et routières, nous avons réalisé d’importants progrès. Cependant, sur le plan social, la pauvreté et l’exclusion persistent à travers l’île. À mon avis, ces problèmes n’ont pas été abordés comme ils auraient dû l’être. 

Le népotisme est également un problème majeur. La méritocratie semble absente, ce qui donne l’impression que l’accès à certains avantages et droits dépend de la proximité avec le régime en place. Cela explique en partie pourquoi de nombreux jeunes choisissent de partir et d’émigrer, ce qui constitue un signe préoccupant.

Si vous n’étiez pas l’homme politicien que l’on connaît, vous seriez ?
J’aurais peut-être souhaité devenir chercheur. Je suis de nature très curieuse. J’aime poser des questions et explorer les sujets en profondeur. C’est pourquoi j’aurais aimé poursuivre mes études en sciences sociales, notamment en psychologie et en sociologie. J’aurais poursuivi dans ces domaines jusqu’à obtenir un doctorat.

Sautons du coq à l’âne. quelle personnalité admirez-vous ? 
J’admire énormément Nelson Mandela. D’ailleurs, j’ai refusé de visiter l’Afrique du Sud lorsqu’il était en prison. Je l’ai finalement fait quand il est devenu président. J’ai également eu l’honneur et le privilège de l’accueillir à la State House à Réduit. Je peux vous dire que c’était un homme remarquable. Sa vie est un exemple d’abnégation, d’humanité et de leadership et il est un modèle pour tous les dirigeants politiques et pour chacun d’entre nous.

Dans un certain sens, il m’a inspiré dans ma carrière politique. Il m’a servi d’exemple, mais il n’est pas le seul. Je pense à ceux qui se sont battus pour la liberté, comme Mahatma Gandhi en Inde et Kwame Nkrumah en Afrique.

Un poète favori ?
Je n’ai pas de préférence particulière. Je lis tout ce qui me tombe sous la main. Par exemple, ces jours-ci, je m’efforce de lire tout ce qui est produit à Maurice par des écrivains mauriciens, tout en essayant de comprendre les messages qu’ils veulent transmettre. 

Je n’ai pas de poète favori. Cependant, il y a Amin Maalouf, un écrivain libano-français qui a beaucoup écrit sur les relations entre différentes communautés. Il y a aussi Salman Rushdie, un écrivain de renom qui aborde des thèmes très controversés. Je suis également inspiré par les écrits de Shakespeare, qui ont traité des problèmes de l’humanité et du monde…

Qu’en est-il de l’évolution que vous admirez le plus ?
… Il y a l’intelligence artificielle, comme ChatGPT. C’est intrigant. Vous allez sur Internet et vous posez une question, la réponse est toute faite ! Cela me fascine et, en même temps, cela soulève des questions. Prenons par exemple un élève qui a accès à ChatGPT et qui a un devoir à faire. Il n’a pas besoin de réfléchir. Il lui suffit d’écrire sa question et il obtient sa réponse. Il ne fait aucun effort, n’étudie pas… De plus, il y a les découvertes en médecine, les avancées scientifiques d’aujourd’hui.

Quelle devise guide votre vie ?
Live and let live ! Je ne suis pas du genre à imposer mes valeurs aux autres. Je respecte le mode de vie de ceux qui m’entourent et je vis selon mes propres principes sans chercher à influencer mes proches.

Pour finir, quel mot avez-vous tendance à utiliser fréquemment ? 
Inshallah ! Cela signifie que tout arrivera si Allah le veut. C’est un mot que j’utilise souvent, mais je ne le répète pas constamment.

 

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