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[Blog] Post-Covid-19 : Non à la descente aux enfers !

Le Covid-19 Bill dans son contenu actuel est porteur d’une rapide descente aux enfers. C ‘est pourquoi il faut renvoyer le vote et donner du temps à un débat national. De grâce, pas de passage en force. C’est le champ des contradictions démocratiques et populaires qui est en ébullition. Ne rendons pas ce pays ingouvernable.

Globalement la philosophie qui l’anime c’est celle du vieil logiciel ultra libéral avec son attaque en règle sur le travail, qui entraîne une dynamique de précarité. Ce n’est pas notre rêve. Il y a en jeu avec le Covid-19 Bill et le Quarantine Bill toute la question des droits humains, de la liberté collective et individuelle, des droits, devoirs et responsabilités. Il y a aussi la question de l’éthique au cœur de la bonne gouvernance, des pouvoirs accrus et concentrés aux mains du Premier ministre et de la police qui tombe sous sa responsabilité.

Quand le pouvoir se veut unique et le gouvernement décide de transformer la guerre contre le virus en une guerre contre le peuple comme si le virus s‘est mué en terroriste, il y a de quoi s’inquiéter. Cela peut cacher un sombre dessein. Un dessein qui n’est pas la voie et le destin de notre peuple et qui ne va pas dans le sens de notre patrimoine démocratique.

Pourquoi diable fallait-il rajouter aux crises existantes une crise démocratique et de pouvoirs ? La Covid-19 provoque une réelle cassure. Une cassure dont la levée de boucliers - saine pour notre démocratie – est une indication claire et qui laisse entrevoir un tsunami populaire qui rendrait le pays ingouvernable.

Télescopage de crises

La population souffre d’un télescopage de crises avec son lot de traumatismes, de craintes, d’angoisses et de troubles psychologiques. Si le volet sanitaire est derrière nous, le post-Covid-19 ne fait que commencer avec des inquiétudes sur les moyens pour vivre, voire même survivre. La faim tenaille déjà dans des chaumières. Dans sa sagesse, Vidula Nababsing a eu des mots justes le 13 mai : « Olie met otan lenerzi dan defann ou kritik enn bill kontroversab, pa ti meyer friz bil la ek kumans travay lor enn plan daksion pou anpes morisien mor san manze dan le mwa a venir ? ». Notre société a besoin de calme et de sang-froid pour gérer toutes les contradictions que la Covid-19 vient amplifier.

Nous avons suffisamment rappelé le caractère inédit de la crise qui nous frappe. Elle provoque aussi une crise du pouvoir des pouvoirs. Pouvoir sur la vie, les droits et les libertés. Se posent les questions de responsabilité, d’exemplarité- solidarité concrète. C’est complexe, compliqué et inédit.

Nul ne conteste la nécessité d’avoir un Covid-19 Bill. Cependant, dans sa forme et le fond, le Covid-19 Bill présenté par le gouvernement a tout faux! C’est un document qui n’est pas contextualisé et qui souffre toujours de la non-prise en compte la dimension socio-psychologie du peuple ! Le gouvernement a choisi de prolonger sa démarche adoptée depuis les débuts de la crise – suffisance, seul contre tous, prises de décisions unilatérales - et se met à dos forces politiques, syndicats, société civile et une grande majorité de la population. L’histoire lointaine et récente nous montre que le régime politique où le pays et la population sont au service d’un parti et de son leader est une dictature qu’on nourrit et qui fait son lit. Y-a-il un sombre dessein derrière le Covid-19 Bill ? C’est une question légitime vu le passif du gouvernement depuis qu’il s’est installé en novembre 2019.

Il y a deux conceptions de la vie politique d’une société. La première autocratique et technocratique s’apparente à une démocratie despotique. C’est dans cette conception que le gouvernement veut inscrire sa démarche en s’appuyant sur un arsenal répressif et punitif. Les mesures proposées s’attaquent aux droits et aux libertés d’expression, d’opinion et de critique, et mettent en place des dispositifs pour surveiller et punir - arrestation et perquisition sans mandat avec en appui toute une logistique (Safe City entre autres) déjà en place. Avec le choix du gouvernement, le scenario d’une descente très vite aux enfers se dessine.

La seconde c’est celle d’une démocratie vivante, dynamique, participative et collaborative. Qui utilise une pédagogie de la responsabilité et de la confiance, le langage de la vérité et la transparence. C’est cette voie qui permettra une sortie de la crise à venir par le haut.

L’enjeu économique. Gouvernance et transparence.

Le Covid-19 Bill est plus complexe que la Covid-19 dans le sens qu’il faut gérer l’ensemble de ses retombés économiques, sociales, politiques et démocratiques.

Il faut relancer l’économie pour faire tourner les entreprises et permettre la repise du travail. Cela fait près d’un mois qu’on nous a promis un plan de relance économique. La logique et le bon sens auraient dicté un plan de relance concret, phasé, budgété et présenté à la population avant un Covid-19 Bill. Or, le plan de relance se fait toujours attendre.

Sur le volet travail, le minimum passe par le dialogue social engageant les partenaires sociaux. Les syndicats ont retrouvé une unité et sont dans leurs rôles dans la défense du travail. S’agissant des amendements apportés aux lois du travail, le défi est celui d’une gestion nationale avec tous les acteurs. Ne bousillons pas les ressources humaines, notre principale richesse.

L’autre axe important du Covid-19 Bill est le rôle de la Banque de Maurice et ses rapports avec l’exécutif. Nous nous joignons à ceux qui s’élèvent contre les nouveaux dispositifs qui auront pour résultat d’accentuer la spirale déjà grave de l’endettement avec à terme une remise en question de notre souveraineté nationale. C’est un principe sacrosaint de l’indépendance de nos instituions contre leur instrumentalisation–manipulation dangereuse qui est en jeu.

Et sur cet enjeu, la réaction de Business Mauritius est attendue. Est-ce que l’organisation cautionne ces deux projets de loi et est consciente de l’explosion sociale qui menace s’ils sont adoptés tels quels ?

Renvoyer le vote !

Il faut ses donner du temps. Ce que le Covid-19 Bill couvre est vaste, profond et trop vital pour être fast-tracked. Pour nous sortir de la crise, il faut du dialogue, de l’écoute active, de l’humilité et un sens de responsabilité. La recherche, certes difficile, d’un consensus avec tous les concernés pour un Covid-19 Bill dépouillé de ses virus est possible et nécessaire. Il faut commencer par assainir l’atmosphère. Le temps n’est pas à du Bef dans disab sakenn get so lizye, cette déclinaison de l’individualisme structurant la superstructure idéologique dominante. C’est de la solidarité dont nous avons besoin et non d’un cut-throat economy competition.

Dans leur immense majorité, les Mauriciens ont par leur sens de responsabilité endigué l’épidémie en respectant volontairement les consignes. L’heure est à l’apaisement, au rassemblement pour une mobilisation volontaire et solidaire. Le fardeau de la relance doit être porté pas tous, mais d’abord par ceux qui ont les moyens. Que ces derniers fassent preuve d’exemplarité concrète. Le maitre-mot reste la solidarité pour redonner confiance et garder allumée la flamme de l’espoir. L’exigence historique de l’heure est un front démocratique et populaire pour dire non à la descente aux enfers.

Par Malenn Oodiah

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