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[Blog] Économie : pas de relance sans transparence, il faut rappeler le Parlement en urgence

Patrick Belcourt

Je participais à une émission de Radio Plus le 9 octobre dernier et j’affirmais que la DETTE n'est pas un problème, mais que le problème relève du REMBOURSEMENT. Les plus avertis auront plus aisément saisi la différence, mais je peux comprendre ceux qui ont quelques difficultés à faire ces distinctions. Il m’est arrivé ces derniers temps d’aller dans des quartiers pour expliquer aux gens comment gérer leur budget et les instruments dont ils disposent avec leurs banques. Je crois qu’il est nécessaire de poursuivre aussi cette démarche pédagogique sur mon site afin de mieux faire comprendre quelques enjeux nationaux qui concernent toute la population.

Il est important et nécessaire que nous puissions faire la distinction entre la dette et le remboursement. Par exemple, la dette permet à des parents d’accéder à des moyens pour assurer leurs responsabilités en matière de bien-être de leur famille. C’est ainsi que contracter une dette pour la construction de sa maison, ou pour financer ses études ou celles de ses enfants, peuvent être considérées comme des dettes vertueuses. Si cette famille, au lieu de payer un loyer, consacre ce montant au remboursement de la dette, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un bon investissement parce que, à terme, la famille disposera d’un bien en toute propriété. Le même raisonnement s’applique pour les entreprises qui en empruntant se donnent les moyens de développer des capacités de production et de maximiser les profits. Il en est de même pour notre pays, qui en empruntant peut améliorer certains services ou assurer certains besoins fondamentaux tels que la Santé ou le Logement.

Quand les services d’un pays fonctionnent correctement, cela impacte positivement son économie : si la Santé fonctionne bien, vous avez moins de personnes malades, donc moins de personnes en attente de soins, le taux d’occupation des lits diminue, de même la pression sur les hôpitaux et le personnel moins stressé peut offrir un meilleur service. Si nous considérons les choses ainsi, de manière systémique, vous pouvez comprendre ma vision d’un développement intégré et prendre conscience qu’un système qui fonctionne correctement nous apporte un gain de productivité dans notre service public et l’impact est forcément positif pour l’économie nationale.

Dans une démocratie, le caractère vertueux ou non d’un projet de développement peut et devrait faire l’objet de débats contradictoires. Les gouvernements qui se sont succédé ont un rapport bien ambigu avec l’argent des contribuables. Vous aurez remarqué que les ministres des Finances, au moment de la présentation du Budget national, se prennent pour le Père Noël. Alors qu’ils évoquent des contractions économiques, les voilà qui distribuent des cadeaux à divers groupes d’intérêts. C’est assez ahurissant de les voir sourire fièrement lorsque la majorité joue des percussions sur la table.

Et nos Premiers ministres, eux, se montrent princiers sur les dépenses : celui-ci offre le transport gratuit aux retraités, voilà que l’autre surenchérit avec l’augmentation des pensions ; celui qui est contre le projet de métro au prétexte que c’est trop cher, s’offre son jouet en enlevant quelques pilotis entraînant quelques acquisitions de terrains qu’il faudra, bien entendu, compenser financièrement. Et ça pousse le toupet jusqu’à nous dire qu’il gère les fonds publics comme si c’était son argent…

Eh bien, non ! Même si c’était bien géré, le rapport est malsain. Avec son argent, on n’a pas besoin de rendre des comptes à personne. A l’opposé, dans une démocratie parlementaire, le gouvernement est tenu de rendre compte de ses moindres dépenses à l’Assemblée nationale et c’est elle qui s’exprime sur la manière dont les fonds publics sont gérés. C’est dire à quel point le fait de vouloir considérer les fonds publics comme son argent révèle le peu de cas que nos gouvernants se font de la démocratie parlementaire.

Au-delà de cette perversité politique, pour tout banquier, la dette ramène à une question fondamentale qui se résume à ceci : est-ce que le client est SOLVABLE ? S’il ne l’est pas, et que le prêt est néanmoins accordé, on n’opère pas comme un banquier mais plutôt comme un « casseur », ces individus qui ont l’intention de faire main basse sur les biens qui vous restent alors que vous êtes dans la détresse. C’est là que l’on devrait parler de « prêt toxique ».

Est-ce que notre pays a contracté des prêts toxiques ? C’est à cette question qu’aurait dû déjà répondre le ministre des Finances avant même d’envisager de toucher aux réserves de la Bank of Mauritius. Car, l’économie d’une nation ne se résume pas à aligner les chiffres dans les bonnes colonnes pour prétendre à un bilan équilibré des recettes et des dépenses. Les recettes publiques sont essentiellement des prélèvements sur l’argent des individus et des corporations et, c’est en privant ceux-là de leurs ressources que l’État se dote, lui, de moyens. C’est donc une faute grossière de nos gouvernements que de s’autoriser des dépenses sans consultations préalables et sans rendre des comptes a posteriori.  

J’avais noté ceci en lisant un document de la Banque Mondiale : « Un endettement public élevé peut freiner les investissements privés, accroître la pression budgétaire, réduire les dépenses sociales et limiter les capacités du gouvernement à mettre en œuvre des réformes ». Nous savons aujourd’hui que nos réserves sont, sinon épuisées, certainement très sérieusement entamées. Si nous n’y prenons pas garde, on va se retrouver comme la Grèce et cela va affecter notre souveraineté nationale et territoriale. Comment le ministre des Finances va-t-il traiter la dette publique ? Il se tait sur cette question fondamentale. Et les Parlementaires, en congé, ne peuvent l'interroger. Ce n'est pas sain.   

Ce n’est pas sain car, en fin de compte, il y a ceux qui vont faire les frais de cette manière de fonctionner. Et ce sont toujours les plus vulnérables qui vont en souffrir le plus. C’est une règle. Elle est connue et n’est pas contestée. Même la Banque Mondiale le reconnaît : « Le recours à l’endettement joue un rôle essentiel pour le développement, mais des niveaux insoutenables fragilisent la croissance et pénalisent les pauvres ».

Dans la mesure où le traitement de la dette publique pose des problèmes de justice sociale, il est impératif que l’Assemblée nationale reprenne ses travaux afin de s’assurer d’une juste et saine répartition des charges pour le traitement de la dette. Les citoyens ne sont jamais clairement informés au préalable par leurs dirigeants des conditions rattachées aux emprunts ; aujourd’hui, ils ne peuvent, en outre, leur réclamer des comptes. En ce moment où notre population affronte bravement les difficultés, le gouvernement ne peut aussi lâchement se réfugier dans un congé parlementaire relevant de la plus mauvaise inspiration.

La transparence de la dette et la gestion de celle-ci doivent de toute urgence remonter dans les priorités du gouvernement. Car, en croyant mettre le Dr. Padayachy à l’abri de quelques éventuels embarras, le gouvernement diffère l’installation d’un environnement propice à l’investissement. En effet, les créanciers, donateurs, analystes et agences de notation doivent, eux-aussi, avoir accès à toutes les informations pour évaluer la solvabilité des dettes souveraines et apprécier les possibilités d’investissement.

C’est pour cela que j’appelle au rappel du parlement en urgence. Pas pour des palabres interminables, mais pour déterminer la feuille de route de la reprise effective des activités économiques. Personne n’a besoin de la science du Dr. Padayachy pour prédire qu’il n’y aura pas de relance sans transparence.

Patrick BELCOURT
Citoyen Engagé

 

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