Live News

[Blog] Budget 2021/22 : Pas d’implémentation sans leadership

Notre vie, c’est de l’énergie. Nous en dépendons. Les systèmes énergétiques façonnent notre monde. Imaginons un instant  une coupure d’électricité. Tout est bouleversé, du réseau internet au métro en passant par la cuisson dans la micro-onde et, surtout, les activités socio-économiques.  Même les vaccins anti-COVID19 se dégénèrent lorsque la chaîne du froid est brisée…

L’industrie des énergies vertes est un pilier d’avenir. Cette vision s’impose, obligatoirement, pour maintes raisons. D’abord, d’ici 2030, nous devons nous passer du charbon qui représente jusqu’à 40% de nos besoins pour produire de l’électricité. Le prix du charbon approche les Rs 5000 la tonne, sans oublier tout le problème de son transport dans l’ère post-COVID19. Avec de nouvelles normes environnementales, il coûtera plus cher pour le brûler. Comment aussi se débarrasser de presque 150 000 tonnes de cendres chaque année dans une île aux écosystèmes si vulnérables et avec une population  vieillissante affectée par un taux élevé de maladies non-transmissibles ? D’ailleurs, les bailleurs de fonds, avec le FMI et la Banque Mondiale, ne financeront plus des projets à charbon. Il y a, finalement, un large consensus à en finir avec le charbon.

La fin des contrats des Independent Power Producers (IPP),  comme aussi la mise-à-l ‘écart pour des raisons évidentes  du projet LNG ( Liquified Natural Gas / Gaz Naturel Liquéfié), nous invite à  remplacer les 40% de charbon comme source d’énergie électrique par des énergies propres locales. Avec la pandémie, la génération d’électricité totale a baissé d’environ 500 GWh de 2019 à 2020, soit de plus de 15%, mais celle à partir des renouvelables est restée la même, à environ 700 GWh. Et ce  malgré une baisse dans la quantité de bagasse disponible. 

Le recul de la croissance combiné avec la nouvelle ‘normale’ de notre société, comme l’architecture émergente de notre économie post-COVID19, pointe vers plus d’efficacité énergétique. Les énergies renouvelables à l’instar des photovoltaïques sont relativement plus abordables aujourd’hui. Le prix du pétrole est reparti à la hausse, sans mentionner le problème des émissions de gaz à effet de serre. L’avenir, c’est les réseaux ou mini-réseaux intelligents, ou smart-grids, où la  part belle est faite aux renouvelables, au stockage et à la maîtrise de la demande.  Où mieux investir, créer de l’emploi et consolider la résilience post-COVID19, tout en luttant contre le changement climatique, que dans un pôle des énergies vertes ? Surtout lorsque nous constatons que des milliards n’ont pas été utilisés, d’autres sommes faramineuses sont gaspillées ailleurs et il y a aussi de multiples opportunités de financement vert au niveau global !

Leadership visionnaire

Pendant des décennies nous sommes restés à environ 20% de renouvelables dans notre mixte électrique parce que les décideurs pensaient de manière linéaire. C’est-à-dire aller de 20% à 35%, ensuite voir ce qu’on peut faire. Cette approche ne marche pas. Enfin il y a une vision que la finalité est d’atteindre une indépendance énergétique même si cela nous prendra vingt ou trente ans.

Lorsque la destination est identifiée, nous sommes obligés à penser autrement, au-delà du court terme. Mais aussi de manière holistique car tout est lié. C’est là qu’un leadership avant-gardiste devient essentiel. Y-a-t-il des leaders de vision pour réaliser ce qu’il nous faut ? Davantage qu’une transition énergétique, c’est désormais une réelle transformation économique, mais aussi sociétale, nous attend si nous réussissons à créer un secteur-pilier des énergies vertes ? 

Il ne s’agit pas de chercher un leader charismatique qui sera suivi aveuglément. Au contraire, il faut enclencher une motivation collective engageant tous les visionnaires, tant parmi les politiques qu’au sein du monde des affaires, impliquant aussi une participation active de la société civile. 

Plus que jamais il faudra démocratiser, décentraliser, digitaliser et décarboner (4D) les systèmes énergétiques. Une approche interdisciplinaire est requise intégrant le secteur de la mobilité avec le Metro Express et le travail/l’éducation à distance car le transport représente toujours la moitié de nos besoins en énergie. Depuis des décennies nous exportons notre bioéthanol au lieu de s’en servir localement ! Cette révolution énergétique touchera aussi tant d’autres filières : l’aménagement du territoire et les nouvelles constructions, le tourisme post-COVID-19, la gestion des déchets, l’agriculture durable y compris l’industrie cannière et de la biomasse, les infrastructures comme le port et l’aéroport ou encore  l’industrie océanique.

Gouvernance et Management

Le discours du Budget, avec raison, rappelle l’urgence d’une formation continue en sciences et techniques de l’énergie, se référant au cas du CEB. D’ailleurs, il semble que malgré les amendements récents à la CEB Act et à l’Electricity Act, les mesures budgétaires renvoient au CEB actuel des attributions qui ne sont les siennes.  Il faut un leadership clairvoyant afin qu’émerge une gouvernance énergétique qui ne soit pas confuse. Tout ne peut reposer sur les épaules du CEB. Il faudra que des institutions comme la Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA) et l’Energy Efficiency Management Office (EEMO), tout comme l’Utilities Regulatory Authority (URA), puissent chacune accomplir son rôle efficacement. 

C’est là que le management de l’énergie a toute sa pertinence, allant des normes du même nom adoptées et approuvées par le Mauritius Standards Bureau (MSB) aux cours de formation que peuvent offrir, par exemple, nos universités, souvent avec l’appui de partenaires internationaux. L’implication du secteur privé comme pour l’introduction de véhicules électriques, et  celle des  collectivités locales comme pour les constructions ou la collecte des déchets, doit marquer solidement ce nouveau pilier que sera le pôle des énergies vertes.

Est-ce trop de dire que le Gouvernement n’a pas droit à l’erreur ? Si d’ici une année le pôle des énergies vertes ne décolle pas, ce sera un coup dur pour toute cette vision de durabilité qui concilie notre pays avec son avenir dans les sphères économique, sociale et environnementale. Le pire service que nous pourrions rendre à nos enfants, et aux îles de notre République, est de tuer dans l’œuf un projet si louable par notre absence de leadership. Nous prendrons des années à nous en remettre car des gens n’auront plus confiance dans les énergies vertes.

Bien plus qu’une industrie, la quête des énergies durables est un projet de société. Au centre réside la nécessité de se réveiller et d’éveiller la conscience des individus afin d’adopter, de manière critique, une culture énergétique fondée sur la responsabilité et la sobriété. Au-delà des clivages partisans, sectaires, communalistes, générationnels ou de classes, c’est de l’énergie de notre nation qu’il s’agit…

Dr Khalil ELAHEE

 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !