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Youth Employment Programme : faut-il revoir ce programme de formation ?

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Etabli en 2013, le Youth Employment Programme (YEP) permet aux jeunes de 16 à 35 ans d’acquérir une expérience pratique au sein des entreprises afin de leur permettre de trouver un travail plus facilement par la suite. Toutefois, ce programme n’est pas exempt de critiques.

À mars 2019, 27 215 jeunes (11 647 hommes et 16 568 femmes) se sont enregistrés au Youth Employment Programme (YEP). De ce nombre, 10 089 hommes et 11 891 femmes ont été placés comme stagiaires dans des entreprises en vue d’un stage pratique d’une durée d’une année. Toutefois, ils n’ont pas la garantie qu’ils seront recrutés sur une base permanente par les compagnies concernées. Ce qui fait que plusieurs jeunes se retrouvent à la rue après leurs stages de formation. Ce qui donne lieu à des critiques les plus acerbes.  Faut-il revoir le YEP ? Les divers intervenants sont tous en faveur d’une révision de ce programme.

Roland Dubois, l’un des concepteurs de ce programme, estime que ce projet a été une réussite mais qu’il faut, six ans après sa conception, entreprendre une étude dans le but de l’améliorer et de corriger certaines failles. « Il faut revoir le YEP, d’autant que sa crédibilité a été entamée par des actions malveillantes de certaines brebis galeuses. » L’ex-consultant en formation au ministère du Travail, se dit prêt à conduire une étude à cet effet. «J’ai aidé à la création de ce projet et je connais bien son ADN. »

Un avis partagé par Dev Luchmun, consultant en relations industrielles et ancien conseiller au ministère du Travail. S’il trouve que le YEP est très louable, il explique qu’il avait émis certaines réserves sur ce projet. « J’ai toujours appréhendé que le fait que l’on verse directement 50% du remboursement aux compagnies pourrait donner lieu à des abus de la part de certains employeurs. Finalement, les événements m’ont donné raison. »

Dev Luchmun aurait préféré que les employeurs qui recrutent des stagiaires bénéficient d’un allègement fiscal à travers la taxe au lieu de leur verser directement les 50% de la contribution financière du gouvernement. Soulignons que 50% du salaire du stagiaire sont financés par le gouvernement et l’autre moitié par le patronat. Suivant les derniers évènements qui ont défrayé l'actualité, Dev Luchmun dit craindre que certains employeurs continuent de percevoir des allocations gouvernementales alors que les stagiaires ont été licenciés ou quitté la compagnie. Il redoute même la possibilité d’autres abus au détriment de l’argent des contribuables. À cet effet, il souhaite plus de vigilance de la part des autorités.

Il souhaite aussi une révision des conditions de travail des stagiaires. Il regrette que ces derniers ne jouissent pas de certaines facilités au même titre que les employés permanents alors que tous deux font le même travail. Il est en faveur d’une refonte complète du YEP ou son remplacement par un autre concept à travers le prochain Budget. Il souhaite une hausse des stipends versés aux stagiaires et de meilleures conditions de service afin de les encourager à compléter leur formation. Il estime aussi que les stagiaires du YEP ne doivent pas être considérés comme des personnes ayant un emploi lors de la compilation des chiffres de l’emploi par Statistics Mauritius.

Emploi permanent

Que pense le syndicaliste Reeaz Chuttoo du YEP ? Le président de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) dénonce ce qu’il considère comme une exploitation éhontée des jeunes. « Selon moi, l’existence du YEP est surtout de faire accroire que le chômage des jeunes est en baisse », s’insurge-t-il. Selon lui, le YEP est en contradiction avec la clause 20 de l’Employment Rights Act qui parle de salaire égal pour travail égal. « Le plus révoltant, c’est que les jeunes font le même travail que les permanents, voire plus, mais ils touchent une allocation de misère. »

Le syndicaliste regrette qu’après leur stage, plusieurs jeunes ne sont pas recrutés pour un poste permanent. « Ils sont licenciés et remplacés par de nouveaux stagiaires. Pour moi, c’est du ‘cheap intellectual labour. » Ainsi, il souhaite une refonte en profondeur du YEP afin de le rendre plus attrayant et au service de la cause des jeunes. À cet effet, il espère que les stagiaires perçoivent le même salaire que les employés permanents. Il exige qu’après leur formation, les stagiaires soient recrutés sur une base permanente. Il demande que les autorités se penchent sur le financement du YEP, car « l’argent des contribuables ne peut être utilisé pour subventionner le patronat ». Il réclame aussi une peine d’emprisonnement ou une forte amende pour tout employeur qui enfreint les règlements du YEP.

Quant au directeur de Mausage Ltd, Avilash Ramlowat, il souhaite une révision à la hausse des allocations suivant l’introduction du salaire minimum. D’où sa demande pour que l’allocation accordée aux stagiaires du YEP passe à un minimum de Rs 12 000 par mois (Rs 6 000 versées par le gouvernement et Rs 6 000 par le patronat). Il désire aussi qu’il y ait un contrat qui stipule qu’un stagiaire doit rester au moins deux ans au sein de la compagnie qui a assuré sa formation. « C’est regrettable qu’après avoir formé un jeune, il nous quitte après un an pour prendre de l’emploi dans une autre compagnie alors qu’on a investi dans sa formation. »

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