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Pause-café avec la Première ministre… Deepshikha Parmessur

Deepshikha Parmessur

Âgée de 22 ans, Deepshikha Parmessur vient de compléter son « Bachelor of Arts » en Relations internationales à l’université de Bucknell, en Amérique. Dans quelques jours, elle mettra le cap sur l’Afrique du Sud, à l’occasion de l’African Leadership Academy Fellowship Program, pour deux ans. Nous l’avons rencontrée dans sa modeste demeure à Rose-Belle. La Première ministre du National Youth Parliament, tenu les 8 et 9 août, livre, le temps d’un café, à Le Dimanche-L’Hebdo ses impressions, ses expériences, ses ambitions et son parcours académique.

Quelles ont été vos motivations pour le National Youth Parliament ? 
En mars, en cherchant des opportunités d’emploi et de réseautage à Maurice, j’ai pris connaissance de la première édition du National Youth Parliament.  Sur un coup de tête, j’ai envoyé un courriel à l’adresse affichée dans le communiqué pour quelconque autre opportunité similaire, mais on ne m’a jamais répondu. Toutefois, au mois de juillet, j’ai reçu un mail m’informant de la deuxième édition du National Youth Parliament prévue pour le mois d’août. J’ai envoyé rapidement ma candidature et j’ai été ensuite appelée pour un entretien. J’y suis allée et j’ai été sélectionnée pour suivre la formation en marge de cet évènement dédié à la jeunesse mauricienne.

Comment vous êtes-vous retrouvée au poste de Premier ministre ? 
(Rires) Au début, je voulais être leader de l’ opposition. Vu ma force de caractère et mon expérience des débats, je me suis dit que cela serait une belle opportunité pour réfuter les arguments du gouvernement du National Youth Parliament pour un meilleur avenir pour Maurice. Mais après la division des candidats, je me suis retrouvée à faire partie du gouvernement. Sept garçons avaient postulé pour le poste de  Premier ministre et j’ai trouvé aberrant que d’autres filles ne se soient pas portées volontaires. J’ai donc proposé ma candidature, tout en essayant de convaincre d’autres filles à me rejoindre. Ensuite, lors des élections, j’ai remporté la majorité. Je pense que mon discours a aussi joué en ma faveur. C’est ainsi que je suis devenue la Première ministre du National Youth Parliament.  

Était-ce stressant ? 
Évidemment. Il y avait beaucoup de pression, car j’ai été appelée à travailler avec d’autres jeunes, dont certains étaient moins âgés que moi. J’avais affaire à 46 différentes personnalités et j’avais un gouvernement à gérer. Malgré le fait que ces deux jours parlementaires étaient fictifs, pour moi, c’était une grande responsabilité. Je devais m’assurer que les membres de mon gouvernement n’allaient pas à l’encontre de notre vision. De plus, je voulais avoir un gouvernement égalitaire et donner en même temps la chance aux parlementaires de participer aux débats. L’attribution des portefeuilles ministériels a été faite ainsi de façon réfléchie. Ensuite, il y a eu un travail d’équipe pour assurer que nos sessions parlementaires se passent en toute quiétude.

Deepshikha Parmessur

Qu’avez-vous ressenti quand vous étiez assise dans le fauteuil du Premier ministre actuel ? 
Le siège était grand et moi je suis toute petite (rires). Je sentais la pression monter, mais comme je suis une personne déterminée dans tout ce que j’entreprends, je me suis dit que j’allais faire tout mon possible pour assurer en tant que Première ministre. En plus, comme les sessions parlementaires étaient diffusées en direct sur les ondes de la MBC, je n’avais pas droit à l’erreur (rires). Après deux jours en tant que Première ministre, je dirais que cette expérience a été riche en émotions et a grandement contribué à mon développement personnel. Elle me sera définitivement utile dans mes projets.

Si les jeunes étaient informés quant aux facilités et opportunités existantes, cela contribuerait peut-être à les intéresser à la politique »

Parlez-nous de votre parcours académique…
Je viens de compléter mon Bachelor of Arts en Relations internationales avec un focus sur la culture et l’identité du continent africain, à l’université de Bucknell, en Pennsylvanie, aux États-Unis. Je suis une ex-élève du Mahatma Gandhi Institute à Moka. Après la FormV, j’ai continué le secondaire à l’African Leadership Academy (ALA) à Johannesburg, où j’ai étudié les matières suivantes: Français, Business Studies et Economie. En parallèle, j’ai étudié  les African Studies et Entrepreneur Leadership. De tout temps, je voulais faire mes études à l’étranger. C’est une connaissance qui m’a introduit à l’ALA. Cette opportunité m’a ensuite conduit au Besos Aspen Ideas Festival, en Amérique, où j’ai eu une brève interaction avec Hilary Clinton. J’ai aussi vécu pendant cinq mois à Genève pour étudier la Public International Law à l’Université de Genève. J’ai également eu l’opportunité de travailler avec le diplomate ghanéen Kofi Annan pour l’organisation Africa Progress Panel. Ensuite, j’ai passé six mois à étudier les Development Studies dans une université ougandaise. J’ai aussi effectué un stage au Private Education Development Network, lors duquel j’ai parcouru Kampala, la capitale de l’Ouganda, pour enseigner la Financial Social Literacy à des jeunes de 15 ans à 19 ans issus des communautés non privilégiées.

Pourquoi, selon vous, les jeunes Mauriciens se désintéressent-ils de la politique ? 
Je dirais que depuis l’indépendance de Maurice, il y a eu une transition au niveau politique. Jusqu’à présent, nous avons eu droit à un recyclage des personnages politiques de la génération d’antan. Lorsque cela s’est produit, il y a eu une déconnexion en ce qu’il s’agissait de la représentation des jeunes parlementaires, avec des candidats qui sont âgés de 40 ans ou plus. J’estime qu’il y a des problèmes qui affectent les jeunes différemment des adultes. Mon constat : le fossé générationnel, qui accentue le fait que les jeunes ne veulent pas se lancer dans la politique ou même exercer leur droit de vote. Ils disent souvent que la politique n’est pas faite pour eux, car ils estiment que le gouvernement mauricien ne leur offre pas d’opportunité en termes d’emploi, entre autres. Et c’est ainsi qu’ils pensent que l’avenir est meilleur à l’étranger. Je trouve aussi qu’il n’y a pas de transparence dans la communication des opportunités pour les jeunes à Maurice par le gouvernement. Si les jeunes étaient informés quant aux facilités et opportunités existantes, cela contribuerait peut-être à les intéresser à la politique. Ce qui manque, selon moi, c’est la transmission des informations.

Un conseil au Premier ministre actuel ?
Je conseillerais au Premier ministre d’écouter avec honnêteté les doléances et les besoins des jeunes Mauriciens. En tant que jeunes, nous sommes souvent sous-estimés, parce que nous faisons nos études. Nos idées sont souvent négligées, alors que nous pouvons apporter notre contribution à divers niveaux, notamment dans le domaine de l’éducation, de la santé et du changement climatique. Combler le fossé générationnel entre les jeunes et les orateurs d’aujourd’hui est primordial. 

Et si vous étiez réellement Première ministre, quelles seraient vos priorités ? 
Je dirais l’éducation. Je n’ai pas connu le 9-Year Schooling et je trouve que c’est une bonne initiative qui portera ses fruits à l’avenir. C’est bien que la réforme éducative favorise l’apprentissage holistique des élèves pour un meilleur développement personnel. Hormis l’agriculture, la musique et bien d’autres matières, il faudrait introduire l’Entrepreneur Leadership/Capacity Building dans les écoles pour aider les jeunes à développer de nouvelles compétences qui leur serviront à l’avenir. Je pense que cela contribuera grandement à avoir une jeunesse proactive et émotionnellement intelligente. On dit souvent que les jeunes sont les leaders de demain. Cependant, il faut les doter des aptitudes nécessaires pour qu’ils puissent prendre des actions concrètes et avoir une vision pour leur pays.

Votre avis sur la prolifération de la drogue parmi les jeunes ? 
Je trouve que la prolifération de la drogue à Maurice se présente sous diverses formes. On ne peut pas rester dans le blâme, mais par contre utiliser l’éducation pour contrer cette problématique. À l’école, l’accent est souvent mis sur l’obtention de certificats académiques. Il y a cette tendance à ne pas accorder d’importance au développement du caractère et de la personnalité des élèves, pour qu’ils deviennent de jeunes citoyens mauriciens responsables à l’avenir. Je dirais aussi que l’aspect social contribue à ce problème et que c’est important d’enseigner aux jeunes comment grandir de façon saine en communauté. Il est également primordial de briser les stéréotypes liés à la drogue qui existent à Maurice. Il faut informer continuellement les jeunes sur les méfaits de la drogue et leur offrir un soutien psychologique à l’école. Il est connu aussi que les jeunes sont souvent vulnérables à la dépression et à l’anxiété. Leur issue de secours est souvent la facilité, comme consommer la drogue pour oublier leur mal-être en société. Il faut que les parents, enseignants et toutes les parties prenantes y mettent du sien pour accompagner ces jeunes. Autre facteur qui engendre ce problème, l’absence d’opportunités économiques. Face au chômage, certains jeunes trouvent que la drogue est le meilleur moyen pour se faire de l’argent. C’est pour cela que je pense que le gouvernement mauricien ne doit pas lésiner sur les moyens pour offrir de meilleures opportunités aux jeunes.

Comme je suis une personne déterminée dans tout ce que j’entreprends, je me suis dit que j’allais tout faire pour assurer en tant que Première ministre »

Quid du changement climatique ? 
Comme notre île est entourée par la mer, nous ne sommes pas à l’abri des effets du changement climatique, notamment les flash floods. Souvent, nous ne réalisons pas l’impact du changement climatique à Maurice. À l’avenir, le gouvernement doit redoubler d’efforts et réfléchir à des actions concrètes pour contrecarrer cette problématique. De plus, en tant que citoyens mauriciens, nous puissions adopter des gestes simples qui contribueront à réduire l’impact du changement climatique. Un exemple serait de contrôler notre utilisation du plastique. Nous sommes une île qui dépend de la mer pour la nourriture. Il faudrait donc être responsables et faire face au changement climatique et cela commence maintenant et pas demain. En tant que la jeune génération, on se doit de veiller à une île Maurice durable. 

Après deux jours de sessions parlementaires, vous quittez votre poste de Première ministre ? Êtes-vous triste ? 
Mon mandat tire à sa fin (rires). C’était un vrai privilège d’être à la tête du National Youth Parliament. J’ai acquis en expérience et je me suis fait de nouveaux amis. Je pense que c’est un sentiment partagé par mes colistiers et les membres de l’opposition. C’est la fin d’une grande responsabilité, car ce n’était pas évident de gérer un gouvernement pendant deux jours (rires) et de veiller à ce que mes ministres n’aillent pas à l’encontre de mes décisions (rires). Mais en tant que Première ministre du National Youth Parliament, j’ai voulu inspirer les jeunes filles à se lancer et à postuler pour les prochaines éditions. Il y en a de meilleures que moi. J’ai fait le premier pas et c’est maintenant aux autres de suivre afin de promouvoir l’égalité des genres au Parlement. Croyez-moi, les filles, c’est une expérience à vivre ! 

À l’avenir, envisagez-vous de faire carrière dans la politique à Maurice ? 
Définitivement, mais au préalable, je dois compléter mes études et me doter des compétences nécessaires. À l’heure actuelle, je voudrais étudier le droit et retourner au pays pour me lancer dans la politique. Cela me prendrait des années, bien sûr (rires). Une autre option s’offre à moi, celle de poursuivre ma voie dans les relations internationales et de mettre le cap sur Genève. Je déciderai en temps et lieu (rires).

Le mot de la fin ? 
Ma plus grande ambition est de retourner à Maurice après mes études. Lors de mes cours à l’étranger, j’ai vu mes amis qui ont un magnifique sens de patriotisme pour leur pays d’origine. Idem pour moi. Je souhaiterais qu’à l’avenir d’autres jeunes Mauriciens se joignent à moi dans un élan de patriotisme pour contribuer au développement de notre pays. 

Mots d’elle !

Deepshikha Parmessur

Son père Parvind Parmessur est employé à Air Mauritius. Sa mère Bhoomuttee est à la State Insurance Company of Mauritius Ltd. Sa sœur Lohinee, âgée de 27 ans, travaille dans une Tech School au Kenya. À 16 ans, la jeune habitante de Rose-Belle chérissait le rêve d’étudier à l’étranger.

 S’offre à elle l’opportunité de poursuivre ses études à l’African Leadership Academy. Sa mère est réticente à cette idée, vu son jeune âge, mais Deepshikha Parmessur ne baisse pas les bras. Un choix qu’elle ne regrette pas, car de nouveaux horizons se sont ouverts à elle. Des embûches, elle en a eu, comme le racisme et le mal du pays, mais elle a réussi à faire ses preuves.

Aujourd’hui, elle fait la fierté de sa famille. Notre jeune ex-Première ministre du National Youth Parliament a, pour loisirs, la danse et la lecture. De plus, elle adore voyager et découvrir les différentes cultures du monde. 

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