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Pandémie : mesures musclées attendues  pour renverser la tendance

La situation qui règne dans le pays en ce moment est sans précédent. Chaque jour qui passe s’accompagne d’une explosion du nombre de cas et de morts liés à la Covid-19. Rien qu’en l’espace d’une semaine, 85 décès sont à dénombrer. Cela risque d’aller de mal en pis, avec le pic qui est attendu dans les jours à venir. Quelles sont les mesures urgentes à prendre pour une accalmie ? Des professionnels de santé livrent leurs opinions. 

Sévérité 

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Dr Yanish Purmah.

Le Dr Yasheel Aukhojee, directeur de Médecins à Domicile, croit qu’il faut tout d’abord inciter les gens à se montrer responsables. « Il faut être plus strict, en particulier envers les personnes qui ne respectent pas les mesures sanitaires et qui ne comprennent toujours pas que la situation est grave, avec la propagation qui se poursuit », dit le médecin. 

Booster dose

Il pense qu’il faut donner un coup d’accélérateur à l’administration de la dose de rappel. Selon lui, l’immunité de la deuxième dose pourrait s’estomper. « Les autorités doivent envisager la vaccination à domicile, bien évidemment en respectant les protocoles sanitaires. Ce serait un moyen plus rapide d’atteindre un maximum de personnes », estime-t-il. 

Table ronde

Le médecin soutient, par ailleurs, qu’il est important d’entamer le dialogue avec les acteurs concernés. « Avoir une table ronde régulière avec le secteur privé et public (prestataires de services, soins de santé et bien d’autres). Cela, afin de partager des idées, de façon urgente, sur la manière d’aller de l’avant, tant sur les mesures préventives que curatives », souligne-t-il. 

Application mobile et télémédecine 

Le Dr Yasheel Aukhojee évoque aussi la mise en ligne d’une application mobile qui, selon lui, aiderait à la synchronisation et la surveillance à distance de la saturation en oxygène et d’autres éléments vitaux des personnes positives. Ce qui faciliterait la tâche des médecins, car c’est un moyen de gestion « efficace ». Il préconise aussi une formation d’équipes plus étoffée, pour un traitement plus élaboré à domicile. Outre cela, le directeur de Médecins à Domicile parle de télémédecine pour une consultation « plus rapide et efficace ». 

Bracelet 

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Dr Yasheel Aukhojee.

Le Dr Yasheel Aukhojee est d’avis que l’utilisation de la technologie sera judicieuse pour un contrôle et une surveillance plus efficace des personnes en isolement à domicile. Il trouve désolant qu’il y a malheureusement certaines personnes qui ne respectent pas le protocole en cas d’auto-isolement. « Certains pays prévoient l’introduction d’un bracelet capable de suivre les personnes pendant la pandémie de coronavirus. C’est pour s’assurer que les gens obéissent aux ordres et restent à la maison. En sus de cela, l’appareil peut surveiller la fréquence cardiaque du porteur et peut être utilisé pour appeler les services d’urgence. Le dispositif portable pourrait également aider au contact tracing », explique ce dernier. Il souligne néanmoins que ce bracelet devrait être utilisé uniquement en lien avec la Covid-19 et une fois la pandémie terminée, il devrait être mis hors circuit. 

Vaccination 

Le Dr Yasheel Aukhojee rappelle que le ministre de la Santé a annoncé le démarrage de la vaccination (booster dose) avec le sérum Pfizer à partir de lundi. « Tous les vaccins sont efficaces. Certains un peu moins que d’autres. Les booster doses avec le vaccin Janssen de Johnson & Johnson et maintenant Pfizer, contribueront à renforcer encore plus le système immunitaire, ayant une efficacité de 70 à 90 % », affirme notre interlocuteur. 

Le Dr Yanish Purmah déclare que les autorités ont mis en place des restrictions, mais que cela prendra du temps avant que celles-ci ne portent ses fruits. « Cela a pris des semaines avant qu’on soit arrivé à ce niveau. Un relâchement de quatre à cinq semaines nous a menés là. Les mesures prises la semaine dernière prendront entre trois et quatre semaines pour qu’il y ait une baisse dans la tendance, qui est ascendante actuellement », est-il d’avis, ajoutant qu’il faut laisser le temps au temps. 

« Contingency plan »

Il pense toutefois qu’il est important de se pencher sur ce qu’il faut faire dans le court et moyen terme. Entre-temps, dit-il, « les gens doivent maintenir les gestes barrières ». « Il y a des mesures à prendre pour casser la chaîne de transmission. On doit aussi se pencher sur la survie financière des personnes qui sont en auto-isolement. Pour certains, c’est banal, mais pour d’autres, financièrement c’est plus difficile. Comme cela, il y a plusieurs aspects à prendre en considération. D’où le fait qu’il faut un Contingency Plan », déclare ce dernier. 

« Incentives » 

Le Dr Yanish Purmah concède que la vaccination reste le seul atout contre la Covid-19. Face à la réticence des personnes, qui refusent de se faire injecter ou d’opter pour une troisième dose, il pense qu’il faut une campagne de sensibilisation accrue, voire offrir des incentives. Par exemple, il y a des pays qui proposent une loterie, entre autres. « On peut faire la vaccination dans l’enceinte des supermarchés et offrir des rabais sur les achats, si la personne se fait inoculer, par exemple. Ou encore, expliquer aux gens qu’ils auront plus de liberté, s’ils sont vaccinés. Les jeunes aiment beaucoup leur liberté, alors que pour les aînés, on peut leur proposer des vouchers pour l’achat de médicaments », lance-t-il. 

Redéploiement du personnel

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Dr Sameer Edun.

Selon notre interlocuteur, il est aussi important de revoir le système de santé, en faisant un trait sur la hiérarchie. « Il faut redéployer ou reshuffle le personnel médical. On doit favoriser une politique de who can do the job. On doit s’intéresser moins aux titres, et plus à ce qu’on peut faire. Par exemple, des médecins qui n’ont pas de chirurgie en ce moment, peuvent prêter main-forte. Des infirmiers peuvent faire partie de la Domiciliary Monitoring Unit (DMU), ou encore, d’autres personnes peuvent être formées pour la vaccination », suggère-t-il. Ce qui permettrait d’alléger le système, selon lui. 

Vaccination de proximité

Le Dr Yanish Purmah parle aussi de la vaccination de proximité. C’est-à-dire, des caravanes pour cet exercice. Il ajoute que les pharmacies peuvent aussi entrer en action et faire des injections anti-covid. « C’est encore une mesure qui pourra aider le personnel soignant public à souffler un peu », avance le médecin. 

Système centralisé

Le professionnel de santé propose également un système centralisé des dossiers des patients qui se font traiter dans le service public ou privé. « Il faut un système où on peut accéder au dossier médical d’une personne. Cela changerait la donne, car on disposerait de toutes les informations pour le traitement des malades », préconise-t-il. 

Influence des politiciens

Étant donné que la politique est « le sport favori » de nombreux Mauriciens, le Dr Yanish Purmah pense que les politiciens peuvent user de leur popularité sur les réseaux sociaux et présenter des vidéos pour sensibiliser les personnes sur les gestes barrières, la vaccination et autres. « La situation exige qu’on ne fasse pas les choses de manière conventionnelle, mais qu’on pense différemment sur comment avoir un impact sur les personnes », explique ce dernier.

« Lockdown »

Le Dr Sameer Edun estime, lui, que la seule mesure qui puisse renverser la vapeur est d’émettre un lockdown. « Cette troisième vague, à laquelle on est confronté, est le résultat du relâchement qu’il y a eu au début de novembre, avec les jours fériés et le long week-end. Il y a eu beaucoup de personnes infectées. Voilà le résultat. Pour moi, imposer un confinement est la seule solution pour une baisse dans le nombre de cas et de décès », affirme-t-il. Il se réjouit aussi de la fermeture des écoles, même si la décision a été prise « tardivement ». 

Il précise de plus que la sensibilisation n’a pas porté ses fruits. « Quand on faisait face à la deuxième vague, une grande majorité de la population était déjà vaccinée. Or, lors de la troisième vague, où le Delta fait des ravages, il y a eu un sentiment d’overconfidence qui s’est développé au sein de la population. Cela a engendré une insouciance chez de nombreux Mauriciens, bien que le Delta soit connu comme coriace et perçant l’immunité vaccinale », se désole le Dr Sameer Edun. 

Bons équipements 

Le médecin recommande un renforcement de la protection des frontliners. Cela, avec les bons équipements. « Les policiers portent des masques en tissu, alors que pour une meilleure protection, il faudrait un masque avec trois plis. On doit pouvoir protéger nos frontliners. S’ils n’ont pas d’équipement efficace, ils peuvent s’infecter. Ce qui serait néfaste pour le système de santé », soulève-t-il. 

Aide

Le Dr Sameer Edun se dit conscient que la situation n’est guère facile pour les frontliners du secteur public. Surtout le personnel médical et paramédical. « On n’a, hélas, pas beaucoup de médecins dans le privé. Maurice doit se tourner vers des pays amis, comme la Réunion ou l’Inde, pour avoir de l’aide et du renfort », propose-t-il. 

Sensibilisation 

Aux dires du professionnel de santé, il faut miser sur des campagnes de sensibilisation. « Une mise à jour sur les symptômes et les précautions à prendre est de rigueur. Il semble que les gens aient sombré dans l’oubli », déplore notre interlocuteur. Il ajoute qu’il est impératif de diminuer les mouvements au quotidien. Cela, en encourageant le télétravail pour les employés des secteurs privé et public. 

Camp de Covid-19 

Le Dr Yasheel Aukhojee propose aussi que des lieux où on dispose de beaucoup d’espace, comme le SVICC, pourraient être convertis en camp de Covid-19. « Cela permettrait une prise en charge plus efficace des patients positifs au virus », indique-t-il. 

Le Dr Yanish Purmah abonde dans le même sens. Il cite les Nightingale Hospitals, comme en Angleterre, où un exhibition hall a été transformé en hôpital pour le traitement des patients du coronavirus. 

« On peut transformer des centres comme le SVICC, en y installant 200 à 300 lits. Cependant, il faut la logistique, comme l’oxygène, entre autres. Ce sont des pistes à ne pas négliger pour désengorger les hôpitaux », affirme ce dernier.

Plus de tests

Réduire le nombre de tests (PCR) est un « faux pas », avertit le Dr Purmah. Bien au contraire, il estime qu’il faut inciter les gens à se faire dépister. « On a des cas où une personne n’a pas les moyens de se procurer un test ou plusieurs pour les autres membres de sa famille. Comme en Angleterre, le gouvernement doit offrir des tests rapides gratuitement. Certes, cela a un coût, mais il y va de la santé de la population », souligne-t-il.  

 

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