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Nazra Emamdee : «Les conductrices : un alibi pour la vente de véhicules»

Nazra Emamdee. Nazra Emamdee.

C’est à la pointe de sa plume que Nazra Emamdee s’exprime sur les faits de société à Maurice. Amoureuse de la langue de Shakespeare, elle brille dans le domaine du théâtre, de la peinture et de l’écriture.

Enseignant l’anglais dans un collège pour filles à Port-Louis, Nazra a plusieurs cordes à son arc, parmi lesquelles l’écriture. C’est sur le site « Womenwholiveonrocks.com » qu’elle s’est exprimée en postant un premier essai intitulé « An Island Woman at the wheel » qui traite des femmes et de la conduite automobile à l’île Maurice. À travers son récit, Nazra dresse un diagnostic plus ou moins sexiste du comportement des hommes. Bien qu’elle ne constate aucune parité entre l’homme et la femme, elle ne met cependant pas tous les hommes dans le même panier.

En effet, même si le taux d’accidents continue d’augmenter sur nos routes, on note quand même des chauffeurs responsables et des personnes courtoises au volant. Toutefois, elle souligne qu’avec les nombreux changements que subissent nos routes, les conducteurs doivent constamment revoir leurs compétences.

« La conduite n’est pas quelque chose que nous apprenons uniquement pendant quelques mois avant un examen de conduite. Il s’agit d’un processus d’apprentissage tout au long de sa vie », nous dit-elle. Elle revient bien évidemment sur cette idée fausse mais ancrée dans l’esprit des hommes que les femmes ne sont pas bonnes conductrices.

« Les capacités des femmes ont toujours été mises en doute inutilement. C’est en partie à cause de nombreux hommes qui demeurent toujours machos », souligne-t-elle. Nazra ajoute que les femmes doivent être assez intelligentes pour ne pas alimenter ce type de comportement qui change tout doucement avec le temps. « Rappelons-nous qu’il existe maintenant des femmes conductrices d’autobus ou des mécaniciennes », argumente-t-elle. 

Elle dénonce le machisme des hommes envers les femmes

Si la jeune Nazra Emamdee a souhaité écrire sur un thème de société si courant, c’est avant tout pour dénoncer le machisme des hommes à l’égard des femmes. « Il est ironique de voir que les femmes sont qualifiées de mauvaises conductrices. Je me souviens encore quand j’ai obtenu mon permis de conduire, le policier m’avait félicitée, mais m’a également conseillé de ne pas me maquiller, ni de bavarder avec des amis en conduisant car je risquais de provoquer des accidents », nous confie-t-elle.

Selon elle, les femmes sont soumises à un jugement cruel de la part des machos. Les femmes sont représentées à leurs yeux comme des conductrices maladroites qui plongent dans des nids-de-poule, ne maîtrisent pas le stationnement en marche arrière ou créent des accidents à tout bout de champ. « Or, les revendeurs automobiles nous utilisent comme alibi pour la vente de véhicules, car une voiture conduite par une femme est synonyme de véhicule propre, bien entretenu, avec un bon mécanisme. C’est de la pure hypocrisie », s’insurge-t-elle.

Malgré ses divergences d’opinions, Nazra avance que tous les pilotes sont uniques. Certains ont plus de compétences et d’expérience alors que d’autres ont besoin de plus de pratique. « La route ne doit pas être une plate-forme de compétition mais un lieu d’enseignement et d’échange ».

Nazra dresse une liste des problèmes auxquels les femmes sont confrontées en ce qui concerne la conduite. On retrouve avant tout la question de l’estime de soi. « Certaines ont intériorisé un complexe d’infériorité et se sous-estiment. Cependant, j’ai le sentiment fort que ce comportement ne durera pas trop longtemps. De nos jours, les femmes brillent dans tous les domaines ».

La rencontre avec un mécanicien : un cauchemar pour beaucoup d’entre elles

Un autre phénomène que soulève Nazra est le rendez-vous d’une femme chez un mécanicien.

« Mes connaissances en matière de voiture se limitaient à la conduite et non à la résolution de problèmes mécaniques. Mais au fil du temps, j’ai appris à m’occuper seule de son entretien et à faire les choses par moi-même. »

Elle nous raconte plusieurs anecdotes où la visite chez un mécanicien devenait un cauchemar car ils ont souvent tendance à abuser des femmes qui sont en manque de connaissances mécaniques et n’hésitent pas à les arnaquer. « Je pense que le domaine de la mécanique automobile doit être corrigé. Beaucoup d’entre eux ont essayé de me prendre de l’argent en créant des problèmes qui n’existaient pas auparavant. Il y a beaucoup d’abus quand il s’agit de réparations automobiles. Pour eux, les femmes sont la proie la plus vulnérable ».

Pour conclure, Nazra traite du sujet des intimidateurs et espèrent qu’ils cesseront leur arrogance et leur impolitesse sur la route car ce comportement est à l’origine d’une expérience extrêmement désagréable pour beaucoup de femmes. Elle aimerait également que les mécaniciens travaillent avec une meilleure éthique et que les conductrices soient moins victimisées sur les routes. « La route est pour tout le monde et ce ne sont pas les attitudes barbares qui résoudront les problèmes routiers. De beaux mots et un peu d’aide peuvent contribuer à une meilleure situation sur nos routes ». Enfin, elle se rassure en observant l’émergence d’apprenties mécaniciennes qui peut-être viendront changer la donne. 

Et cela ne l’empêche en rien de continuer à distiller son point de vue sur les mœurs de notre île. Elle vient de publier un second essai intitulé ‘5 Pickly Truths About Island Life.’

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Le policier m’a conseillé de ne pas me maquiller en conduisant car je risquais de provoquer des accidents.

 

 

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