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Métro-boulot-dodo : le cercle infernal du présentéisme a remporté 65 M de dollars canadiens au Lotto Max.

Métro-boulot-dodo

Pour bon nombre d’entre nous, le quotidien se résume à trois étapes : se lever le matin, faire le trajet menant à notre lieu de travail, passer une journée éreintante au boulot et rentrer à la maison, puis rebelote. Avec le présentéisme, il est difficile de nous en sortir.

Exténué, fatigué et au bout du rouleau. Voilà l’état dans lequel se trouvent bon nombre d’employés après une semaine de travail. La cause : la charge de travail qui a considérablement augmenté au fil des années. Nous parlons désormais de présentéisme. Il s’agit du fait d’être assidûment présent au travail (Larousse ; NdlR), de passer de longues heures au bureau et de travailler au-delà des horaires habituels.

Dans plusieurs entreprises des pays développés et même à Maurice, il existe des cadres qui débarquent au bureau aux petites heures du matin pour n’en ressortir que tard le soir. Sauf que cette pratique n’est pas anodine. Elle peut avoir des répercussions sur la santé de l’employé mais aussi sur la société en général.

Afin de comprendre ce phénomène, il faut analyser les facteurs qui y contribuent. Selon le travailleur social Karan Juglall, la hausse du coût de la vie a poussé nombre de nos concitoyens à revoir leurs priorités. « Le coût de la vie a considérablement augmenté ces dernières années et les gens ont de plus en plus de dépenses. Quant aux salaires, ils n’ont pas connu de hausse importante », explique-t-il.

Le travailleur social précise que pour combler cette disparité entre revenus et dépenses, on a tendance à travailler davantage pour gagner plus d’argent. « De nos jours, on est de plus en plus tenté de se procurer des choses matérielles, dont des portables et gadgets sophistiqués. Du coup, on a besoin de plus d’argent. Mais vu la précarité de l’emploi, on n’a d’autre choix que de se plier aux exigences des employeurs, notamment en acceptant des horaires à rallonge. Certaines personnes cumulent plusieurs boulots », dit-il.

Selon Jacqueline Dursoniah, membre de Civic Action Team, de nombreux pères et mères de famille sont obligés de sacrifier leur temps libre, voire leur vie sociale, pour assurer une source de revenus stable à la fin du mois. « Pour survivre à la compétition dans le monde du travail, plusieurs se voient contraints d’accepter les horaires imposés par leur patron », dit-elle.

Elle ajoute que le fait de passer plusieurs heures au travail n’est pas sans conséquences. Les parents assument de moins en moins leurs responsabilités. « Ils consacrent peu de temps à leurs enfants et cela ne peut qu’être néfaste pour la société. Les parents étant absents de l’éducation de leurs enfants, ces derniers n’ont plus de repères et agissent comme bon leur semble. De plus, les conflits de couple et la violence domestique font partie des conséquences de ce phénomène moderne. »


Quelques conseils

  • Il faut s’accorder une pause de temps en temps. Si vous ressentez un sentiment de culpabilité à chaque fois que vous prenez une pause, il vous sera difficile de profiter de votre temps libre ou de vous sentir bien à votre retour au travail.
  • Faites en sorte que votre pause soit utilisée à bon escient. Pour cela, commencez à réfléchir sur ce que vous faites durant vos pauses. Puis adonnez-vous à des activités qui vous rendent heureux, qui vous aident à rester en bonne santé ou qui renforcent vos relations sociales.
  • Rendez votre temps de travail plus efficace. Faites-en le bilan. Exemple : déterminez le temps dépensé à des tâches essentielles que vous êtes le seul à pouvoir faire par rapport à celles qui pourraient être déléguées.
  • Considérez les non négociables. Lorsque vous pensez aux choses importantes de votre vie, qu’elles soient liées ou non au travail, établissez une liste entre celles que vous ne pouvez pas abandonner et celles que vous ne pouvez sacrifier que dans de rares circonstances.
  • Définissez des limites. En brouillant les frontières entre travail et vie personnelle, on peut avoir l’impression que cela augmente la productivité. Mais au fil du temps, cela peut contribuer au conflit et à l’épuisement professionnel. Un bon moyen d’appliquer des règles non négociables est de définir des limites explicites concernant votre accessibilité en dehors des heures de travail, sauf si vous exercez une profession qui requiert votre présence 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
  • Priorisez votre temps. Vous pouvez avoir une liste de 50 tâches. Il est donc impératif de hiérarchiser les tâches en quatre catégories.

Sapna Jaggeshar Mudhoo, psychologue de la santé : «Le trop nuit toujours» 

sapnaYeux qui piquent, bâillements répétitifs, maux de dos et de tête… Autant de sensations qu’on ressent après une dure journée de travail. C’est pire pour ceux qui passent de longues heures au bureau. La fatigue peut s’aggraver et induire un trouble fréquent récemment reconnu comme maladie par l’Organisation mondiale de la santé : le burn-out.

Sapna Jaggeshar Mudhoo, psychologue de la santé, explique que cette maladie se caractérise par un ensemble de signes, de symptômes et de modifications comportementales en milieu professionnel. Selon elle, la cause principale serait l’exposition à un stress permanent et prolongé. « Une fatigue prolongée peut être à l’origine de certains troubles cardiovasculaires, de coliques, d’irritabilité, d’une baisse du système immunitaire, de troubles de l’appétit, de pannes sexuelles, d’une baisse de la libido et de troubles du sommeil. Le trop nuit toujours à la santé. »

Pour les éviter, dit-elle, il faut préserver un équilibre entre le travail et la vie sociale. « Une bonne hygiène alimentaire est également importante. Pratiquer une activité physique aide à stimuler l’oxygénation des muscles et à évacuer des toxines. Il faut aussi limiter la consommation de tabac. »

Dans le cas du présentéisme, la psychologue précise que les employés peuvent facilement tomber dans un cercle vicieux. « Des gens sont pratiquement incapables de gérer la pression. À force de passer de longues heures au travail, ils recherchent souvent un exutoire. Ce qui fait que certains finissent par devenir alcooliques, l’alcool leur donnant l’impression de s’évader du quotidien. Les employés qui ne peuvent supporter la pression nuisent à leur santé. Ils sont susceptibles de souffrir de migraine et d’être incapables de se concentrer. Il en résulte une baisse de productivité, malgré les longues heures passées au bureau », affirme-t-elle.


Témoignages

Ginette, 37 ans, responsable d’entreprise : «À force de reléguer ma santé au second plan, j’ai fini par faire un burn-out»

Ginette, 37 ans et mère d’une fille, nous confie qu’elle a travaillé dans une entreprise pendant plus de cinq ans et elle ne s’absentait que très rarement. Elle estimait bien faire en se donnant à fond dans son travail jusqu’au jour où elle a fini par craquer. « Je n’arrivais que très rarement à rentrer à la maison à 17 heures. La plupart du temps je n’étais de retour qu’après 20 heures.  Mon entourage me qualifiait d’accro du travail, mais pour moi il était important de finir ce que j’avais commencé. Quand je repense à cette époque, j’avoue que cela m’aurait énormément aidée si j’avais pu me déconnecter du boulot », explique-t-elle.

La mère de famille ajoute que son téléphone portable était toujours avec elle pendant le week-end ou durant les vacances. « À force de reléguer ma santé au second plan, j’ai fini par tomber malade et j’ai fait un burn-out. Mon médecin m’a conseillé de changer mes habitudes pour ne pas aggraver mon cas. Cela m’a pris du temps, mais aujourd’hui je me sens mieux dans ma peau. Je profite de mon temps libre pour retrouver mes amis et me changer les idées. Je me suis rendue compte qu’il fallait savoir gérer son temps, car passer plus de temps au bureau ne signifie pas être plus efficace », affirme-t-elle.

Roshan, 21 ans, télévendeur : «J’étais tout le temps irrité et je n’arrivais pas à me concentrer»

Roshan, un télévendeur de 21 ans, a dû prendre une décision importante : rétablir l’équilibre entre son travail et sa vie sociale. Cet exercice lui a demandé une remise en question sur ses priorités. « Au début, il était convenu que je travaille de midi à 22 heures. Mais après quelque temps, la direction a commencé à nous donner plus de responsabilités et à nous en demander toujours plus. À la longue, j’étais épuisé. Je ne dormais que quatre heures par jour. J’étais tout le temps irrité et je n’arrivais pas à me concentrer dans mon travail. Je rentrais chez moi en souhaitant qu’on ne m’appelle pas. Avec la fatigue, mon état de santé s’est empiré. J’ai eu des trous de mémoire et je m’évanouissais régulièrement », raconte-t-il.

Le jeune homme ajoute que les horaires à rallonge étaient un sujet de discorde entre collègues. « Certains d’entre nous ne voulaient pas accepter ce qu’on nous imposait. Moi j’étais face à un dilemme. Je devais à tout prix trouver un autre emploi pour subvenir aux besoins de ma famille. J’ai alors envoyé mon CV à d’autres entreprises, car je n’en pouvais plus », souligne-t-il.

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