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Mariage mixte : quand deux cultures font bon ménage

Mariage mixte

Culture ou religion, tout pourrait les séparer. Mais leur destin se sont croisés. Si les familles ont parfois du mal à accepter leurs différences, l’amour triomphe finalement, balayant au passage les préjugés.

Le mariage est un événement qui concrétise la rencontre entre deux êtres. Les différences, il en existe pas mal : origines, milieu, classe sociale, traditions et religion. S’aimer quand on n’a pas les mêmes origines, ni la même culture ou encore moins la même religion est fréquent sur notre île multiculturelle. À Maurice, un mariage sur quatre est mixte.

L’événement scelle à sa façon une union entre deux mondes, ce qui amène les deux familles à se connaître. Chacun fait découvrir à l’autre ses traditions, sa culture ou ses principes. Mais ces unions d’une grande richesse culturelle sont parfois déroutantes pour certaines familles. Faire accepter celui qu’on aime à son entourage et partager les traditions n’est pas toujours facile. Mais il y a des couples qui ont su dépasser leurs différences pour vivre un conte de fées, ou presque…


Amour et partage

jyotee
Jyotee s’est récemment fait baptiser pour pouvoir épouser Frédéric.

Le quotidien des Ramjuttun n’est pas de tout repos. Cette famille partage les traditions du catholicisme et de l’hindouisme. Yolaine, la mère de famille de confession catholique, a épousé Anil de foi hindoue. Au moment de leur rencontre, les débats non pas eu lieu, encore moins les longues négociations. Les familles ont été compréhensibles, souligne Yolaine. Elle se souvient du moment où elle a demandé la permission à son père d’épouser Anil. « Mon papa a tout de suite accepté. Mes parents sont eux aussi un couple mixte », raconte-t-elle.

« Nous partageons en famille les religions, les coutumes et les traditions », confie Anil. Leur quotidien se partage entre les deux coutumes. Tantôt la famille se rend à la messe, tantôt elle va à des prières au temple du quartier. Les jours de fête, les deux familles se mobilisent. Chacun apporte sa contribution à sa manière. « Nous sommes heureux de partager une riche culture. Quelle chance de vivre sur une île où chacun respecte la religion de l’autre et où nous apprenons beaucoup les uns des autres. »

De cette union sont nés deux enfants qui, par la même occasion, ont appris les coutumes et traditions de leurs parents. Dans la cellule familiale, en sus de leurs parents, Jyotee, la cadette, s’est récemment fait baptiser pour pouvoir épouser Frédéric Rioux. Les futurs mariés scelleront bientôt leur union. « Nous avons tenu à célébrer notre union à travers nos religions, traditions et coutumes. Aucun de nous ne sera négligé, encore moins nos deux familles », explique Jyotee.


Preeti : «Mon mari ne s’intéresse pas à ma religion»

Pour arrondir les angles face à la pression familiale, Preeti s’est laissé imposer un mariage qui n’était pas celui dont elle rêvait. Elle compte aujourd’hui cinq ans de vie commune avec Shakeel. L’annonce de leurs fiançailles a été une douche froide pour les deux familles. Le choc culturel a été violent, raconte Preeti qui est de confession hindoue.

Elle relate que les familles opposaient de la résistance à l’approche du mariage. C’est d’ailleurs pour cette raison, dit-elle, que celui-ci s’est fait à la va-vite. Preeti précise que c’est le jour de ses noces qu’elle a rencontré sa belle-mère pour la première fois.

Ce que déplore toutefois la jeune femme est le fait que son époux ne semble pas compréhensif. « Il a essayé de m’intégrer à sa religion sans que lui ne s’intéresse à la mienne. C’est dommage », regrette-t-elle.

Cela a été dur pour Preeti de s’intégrer à sa belle-famille qui vit différemment. Elle habite chez ses beaux-parents. Au départ, elle ne comprenait pas grand-chose aux traditions : « Je demandais toujours des explications. Je ne comprenais rien aux traditions de ma belle-famille. J’ai dû tout apprendre », révèle la mère de famille. 

De cette union est né un fils qui, tant bien que mal, a été accoutumé aux deux religions. Preeti tente de partager ses coutumes avec lui. Mais elle souligne qu’elle lui laisse le choix et que c’est lui qui décidera au moment importun de la religion qu’il veut suivre.


Jennifer : «La différence est de faire de nos différences un atout»

jenniferJennifer, de foi catholique, a épousé Clifford Fong Leong, de confession bouddhiste. « Il faut garder à l’esprit que mariage mixte ou pas, il s’agit d’abord de l’union de deux êtres qui décident ensemble de lier leurs destins », dit Jennifer. Elle s’est informée sur la culture et les traditions de son époux. Elle se souvient avoir posé énormément de questions. « J’ai tout appris de ma défunte belle-mère : les traditions, la cuisine, la culture chinoise, etc. »

Jennifer et Clifford ont eu deux fils, Aaron et Aitor, qu’ils élèvent au rythme des deux cultures. « Un couple mixte n’implique pas l’abandon d’une éducation. Au contraire, il s’agit d’un partage de cultures dont bénéficient mes enfants. Il faut cependant être ouverts d’esprit et faire des compromis quand il y a des fêtes », explique la jeune femme.

Le quotidien de la petite famille est de garder le cap, en accordant la priorité à ce qui est vraiment important. Le partage reste tout de même au centre de leur vie. « Nous avons une relation harmonieuse. La différence est de faire de nos différences un atout », rajoute Jennifer.


L’art du compromis

Paree OodoyeParee Oodoye, de confession hindoue, épousera bientôt Yan Pajaniandy, d’origine tamoule. Les deux se sont rencontrés par hasard. Les discussions du mariage n’ont pas créé de choc culturel. « Avant le mariage, nous avons tenu à apprendre les traditions de chacun afin qu’aucun de nous ait à sacrifier quoi que ce soit. » Une compréhension qu’ils jugent primordiale dans leur couple.

Les deux pratiques religieuses sont importantes, ajoute la future épouse de 27 ans. La cérémonie culturelle se fera selon les deux traditions. Le couple a prévu la cérémonie hindoue un samedi, suivie de la cérémonie tamoule le dimanche. « Personne ne sera négligé », soutient le couple. Mais comme le veut la tradition, l’épouse se doit de suivre son époux, indique Paree.

Cela n’a pas été compliqué vis-à-vis des deux familles. « Tout a été très simple. Je me suis préparée aux traditions de mon futur époux », lance Paree. Pour Yan, ce n’est pas un problème. L’effort vient des deux côtés. « Si un jour les fêtes de Maha Shivratree et de Cavadee coïncident, on devra s’arranger. Le matin pour l’un et le soir pour l’autre. On trouvera une solution », soutiennent les futurs mariés.


Amour sans frontières

Sanjeev

« J’ai connu Sanjeev et j’en suis tombée amoureuse. Le fait que nous ayons chacun notre religion n’a jamais été un obstacle », raconte Silvyla, de confession catholique. Elle a épousé Sanjeev Mahadoo, d’origine marathie, il y a trois ans.

De leur union est née une fille qui se prénomme Lyah et que le couple élève dans les deux traditions, cultures et religions. « C’est un bonheur de voir Lyah à l’aise à la fois dans les traditions marathi et catholique. Elle apprend les deux coutumes et le partage », raconte le couple.

La petite famille trouve une harmonie dans la compréhension et le soutien mutuel. Ganesh Chaturthi ou la Semaine sainte sont tout à fait naturels pour la famille. « Nous vivons sur une île où nous côtoyons différentes religions. C’est une richesse de pouvoir les partager au quotidien avec ma fille et mon époux », conclut la mère de famille.