Interview

Lindsay Thomas, recteur du collège du St-Esprit : «Certains font le métier d’enseignant par défaut»

Lindsay Thomas

Le recteur du collège du St-Esprit et président de la Roman Catholic Secondary School Union (RCSSU), Lindsay Thomas, ne veut pas généraliser, mais avoue que certains enseignent pour avoir un salaire. Il estime aussi qu’il ne faut pas diaboliser les leçons particulières.

« Aucune classe sociale n’est vaccinée contre les fléaux sociaux »

La Journée des enseignants a été célébrée samedi, avec pour thème « The future of the profession, for passion or for money? »
Le thème est important. Si un enseignant n’épouse ce métier que pour l’argent, alors la profession en souffira. Je suis conscient qu’on doit gagner sa vie pour faire bouillir la marmite, mais je suis d’avis qu’il ne faut pas courir derrière l’argent uniquement. Il faut de la passion, de la vocation, sinon allez faire autre chose. Cette journée nous a permis de réfléchir sur le bien fondé de ce que nous faisons. L’école doit rester au diapason de ce qui se passe au jour le jour, car elle doit évoluer au rythme des jeunes. C’est à nous de nous adapter et de leur offrir ce que nous savons. L’Internet est un outil formidable et positif, une source intarissable d’informations pour l’étudiant.

Certains ne se donnent à fond que dans des leçons particulières…
Les leçons particulières ne devraient pas être un tabou. j’en ai donné moi-même. Mais je constate, dans les collèges catholiques, que la jeune génération enseigne avec beaucoup de passion, ce qu’il faut cultiver avec le temps. Il est difficile de généraliser par rapport aux jeunes enseignants, car certains font ce métier par défaut et pour un salaire, d’autres surtout par passion.

« Il ne faut plus exiger des réponses fixes, figées et stéréotypées. L’enfant ne va jamais se développer en tant qu’humain. Laissez-le s’épanouir en allant creuser ses méninges, fouiller dans des archives, sur le Net. Cela développe le cerveau et rend intelligent »

L’enseignement, c’est quoi pour vous ?
Je suis entré dans le professorat comme on entre en religion. Nous enseignons ce que nous sommes et non ce que nous savons. Cela fait 40 ans que j’ai épousé ce noble métier, que j’adore.
Le comportement de certains étudiants laisse à désirer…

L’école reproduit les travers de la société. Un jeune qui n’a pas tout ce qu’il lui faut en termes d’alimentation, de matériel, d’encadrement parental est appelé à être débalancé, à devenir violent, inconsistent, à même devenir un délinquant dans la société. À ce niveau-là, le rôle des parents est primordial. Le dialogue, l’entente familiale et faire comprendre à l’enfant la situation dans laquelle vous vivez et qu’il faut faire des sacrifices parfois.

Cette révolte touche-t-elle essentiellement la classe dite ouvrière ?
Vous serez étonné. Cette problématique touche toutes les couches sociales. Aucune classe sociale n’est vaccinée contre les fléaux sociaux. Il ne faut pas confondre en disant que c’est seulement l’ouvrier qui est absent vis-à-vis de son enfant, qu’il rentre épuisé et s’en fiche de son enfant, de ses devoirs, de ses besoins. Non, ce problème touche toutes les couches sociales indistinctement.

Venons-en au programme d’études. N’est-il pas trop chargé ?
C’est l’éternel débat sur le contenu pédagogique du programme scolaire. Je vais vous dire une chose : tous nos étudiants allant étudier à l’étranger avouent que le programme, qui est chargé à Maurice, les a beaucoup aidés à réussir brillamment. Il faut reconnaître qu’on en laisse quelques-uns au bord de la route. Mais je dirais qu’avec la réforme, on avance un pas dans la bonne direction. J’estime qu’on a trop tergiversé, il faut avoir l’audace de break the ice.

La qualité de l’enseigne-ment est décriée. Est-ce aussi votre avis ?
Il faut une approche globale. Auparavant, l’enseignement voulait dire que l’enseignant déversait son savoir aux étudiant, qui ne faisaient que tout gober. Avec les nouvelles technologies, je suis pour une approche différente, où l’élève peut réfléchir de lui-même, aller chercher des réponses et revenir vers l’enseignant à la fin pour peaufiner la réponse. Donc, c’est un mélange de modernisme et de vieilles techniques, ce qui n’est pas mauvais. Il ne faut plus exiger des réponses fixes, figées et stéréotypées. L’enfant ne va jamais se développer en tant qu’humain. Laissez-le s’épanouir en allant creuser ses méninges, fouiller dans des archives, sur le Net. Cela développe le cerveau et rend intelligent.

Et le programme d’études du SC et du HSC dont le niveau a baissé ?
Le programme d’études a été allégé et cela rend la vie de l’étudiant plus légère. Toutefois, cela ne veut nullement dire que la qualité n’y est pas, loin de là. Nos élèves font très bien et nous sommes là pour les encadrer. Si jamais nous obtenons un lauréat, just too good, mais on ne court pas après.

Les jeunes sont frileux à l’égard du livre. Est-ce la faute à l’Internet ?
Malheureusement, les jeunes sont agressés par les réseaux sociaux. La lecture, cela s’apprend dès l’enfance. Ce n’est pas arrivé à l’âge adulte que vous allez demander à quelqu’un de prendre un livre. C’est trop tard.

Et qu’en est-il du programme extra-curriculaire ?
Depuis des années, je rêve qu’on introduise ce programme dans le cursus, car cela aide l’enfant à s’épanouir et à s’éclater. L’enfant a besoin de ces moments-là car, en arrivant à la maison, il n’a pas le temps, il doit s’échiner aux devoirs jusqu’à fort tard. Donc, sa journée commence très tôt et se termine très tard.

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