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Les droits humains : priorité pour une République moderne

DIS-MOI Medco Cassis au Réduit invité par Barlen Vyapoory président de la République.

Dis-Moi est une organisation qui milite pour les droits humains dans les pays du sud-ouest de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, Rodrigues, Agalega, Comores et les Seychelles) à travers le plaidoyer et l’éducation des citoyens aux droits humains. Dis-Moi est une association indépendante de tout parti politique.

Dans la première partie, nous avons mis l’accent sur six mesures, qui selon nous, devraient être prioritaires si l’on veut que la République de Maurice soit un ‘human rights friendly State’.

Dans cette deuxième partie, nous détaillons six autres mesures essentielles pour améliorer la culture des droits humains au sein de notre république.

Douze mesures pour consolider l’état de droit  2e partie

7. Mettre en place des politiques volontaristes en faveur des personnes handicapées

Les gouvernements qui se sont succédé depuis l’Indépendance ont jeté les bases pour un travail foncier en faveur des personnes handicapées. Cependant, il reste beaucoup à faire au niveau de l’accès aux lieux publics et surtout au niveau de l’emploi des personnes handicapées.

Au niveau national, le prochain gouvernement devra mettre en place une politique cohérente sur l’accès aux lieux publics, l’emploi, les soins adéquats et les différentes pensions d’invalidité pour tenir réellement en compte l’existence des 60,000 handicapés de notre République.

Dis-Moi demande à l’État mauricien :

  • que le Training and Development of disabled persons Board fasse un travail en profondeur pour améliorer la condition de vie des personnes handicapées.
  • que l’accès à un transport gratuit et adéquat soit proposé aux personnes handicapées.
  • d’avoir un encadrement et un accompagnement adéquat pour tous les handicapés afin de s’assurer qu’ils évoluent dans les meilleures conditions tout au long de leur vie.
  • de ratifier le protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux Droits des personnes handicapées.
  • que la pension d’invalidité de base soit maintenue automatiquement après 60 ans.

8. Présenter un plan national de lutte contre la pauvreté et la précarité

Même s’il y a différentes définitions du terme ‘extrême pauvreté’, il est généralement reconnu qu’environ 10,000 familles vivent dans un dénuement matériel extrême au sein même de la République de Maurice. Un gouvernement élu pour diriger le pays devrait logiquement venir avec un programme national pour éradiquer l’extrême pauvreté. Pas avec des pamphlets et du ‘lip service’, mais avec une volonté politique ferme et inébranlable. 

La pauvreté est bien souvent considérée comme une fatalité, alors qu’elle est, dans bien des cas, la conséquence d’une accumulation des violations des droits fondamentaux. Bien qu’indispensables, les démarches caritatives et d’assistance ne doivent pas être considérées comme des solutions premières. L’hébergement d’urgence n’est pas le droit au logement.

Dis-Moi demande à l’État mauricien :

  • d’organiser des États généraux de l’extrême pauvreté et présenter un programme national de lutte contre l’exclusion avec des indicateurs fiables et une évaluation régulière et des outils concrets.
  • de veiller à la représentation et à la participation des plus démunis à l’élaboration des programmes visant à mettre en œuvre les droits économiques, sociaux et culturels.
  • de ratifier le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
  • d’inclure dans la Constitution, la protection des droits économiques, sociaux et culturels.
  • de s’attaquer au problème de l’amiante comme problème national.

9. Abolir le système ‘Best Loser’ à travers une réforme électorale

Le communautarisme à la sauce mauricienne (sous l’appellation du communalisme) n’est rien d’autre que de la discrimination fondée sur la race, la religion, la caste ou l’ethnie. Il est pratiqué par la quasi-totalité des grands partis politiques à Maurice qui, surtout lors des campagnes électorales, ne se cachent même plus pour s’appuyer sur des mouvements sectaires. Le communalisme est institutionnalisé par le système ‘best loser’.

Il est ouvertement pratiqué par des politiciens (plus souvent dans leurs actes, mais parfois aussi dans leur discours) qui divisent la République en communautés distinctes, permettent parfois à des organisations communalo-religieuses de prendre la loi entre leurs mains et prétendent représenter ou défendre les intérêts d’une communauté.

De telles pratiques continuent d’affaiblir l’unité nationale et d’ériger des cloisons au sein même de notre République.

Dis-Moi demande à l’État mauricien :

  • de s’assurer que le choix des ministres soit basé sur la méritocratie et non pour satisfaire des groupes socioculturels.
  • de respecter les recommandations de l’ONU par rapport au système de best loser.
  • d’abolir le système de best loser qui institutionnalise la discrimination raciale et religieuse dans notre système électoral.
  • de renforcer le cadre légal pour punir les actes de discrimination et les déclarations communales.
  • d’éliminer les pratiques communales dans tous les secteurs et autres organisations gouvernementales et semi-gouvernementales.

10. Développer un programme écologique cohérent

Alors que les bonnes intentions fusent, c’est triste de constater que réaliser la transition vers une économie plus soutenable reste difficile. Le concept Maurice Ile Durable (MID), une excellente idée, n’a pas vraiment « décollé » par manque de volonté politique.

Dis-Moi demande à l’État mauricien :

  • de mettre sur pied un programme national d’éducation à l’écologie.
  • de supprimer progressivement les dépenses de l’État allant à l’encontre de la logique écologique.
  • de s’assurer que la production d’énergie soit faite à partir de sources renouvelables.
  • de mettre en place un programme de gestion des déchets et des ressources naturelles.
  • de favoriser une étroite collaboration des pays de la région en matière de partage des connaissances afin de renforcer la diversité biologique et la capacité à absorber les changements climatiques.

11. Œuvrer résolument pour les droits de la femme

Il y a un immense fossé actuellement entre la doxa des politiciens et leurs actions en faveur des droits de la femme. Le prochain gouvernement devra s’atteler prioritairement à rétablir l’équilibre entre les hommes et les femmes dans tous les domaines économiques, sociaux et surtout politiques. Le prochain gouvernement devrait aussi faire du fléau de la violence contre les femmes son cheval de bataille. Les mesures prises pour lutter contre les violences faites aux femmes sont, à ce jour, très insuffisantes et il est inacceptable que dans une société comme Maurice, qu’il n’y ait pratiquement pas d’abris pour les femmes victimes de violence.

Même commises dans la sphère privée, les violences contre les femmes sont une affaire d’État. Elles sont le reflet d’une discrimination de genre, d’un rapport social homme/femme inégalitaire. Il incombe donc aux états de prendre les mesures nécessaires pour améliorer les mécanismes de prévention et s’assurer que les violations contre les femmes soient punies.

Dis-Moi demande à l’État mauricien de :

  • d’accorder les paroles aux actes et d’œuvrer pour l’équilibre entre les hommes et les femmes dans tous les domaines.
  • de s’assurer que la police protège efficacement les femmes dont les partenaires violent impunément les ‘Protection Orders’.
  • de mettre en œuvre un traitement rapide et efficace pour les allégations de violence et travailler à une meilleure harmonisation entre les procédures pénales et civiles.
  • d’inclure l’éducation aux droits humains dans le système éducatif et renforcer la culture du respect des droits de la femme (et des humains en général) des jeunes générations.

12. Reconnaitre pleinement les droits des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres)

Les droits des LGBT sont des droits humains. À Maurice, la communauté LGBT est toujours victime de discrimination, même si le pays a fait des avancées dans ce domaine. Cependant, malgré les dispositions légales (l’Employment Rights Act, l’Employment Relations Act et l’Equal Opportunities Act), qui rendent illégales la discrimination envers les homosexuels, l’homophobie perdure à tous les niveaux.

Maurice, étant signataire de la résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur les droits humains, l’orientation sexuelle et l’identité du genre depuis 2011, DIS-MOI demande à ce que le gouvernement mauricien s’engage à prôner les mêmes droits pour tous, pour ainsi éviter qu’une partie de la population ne soit marginalisée.

Dis-Moi demande à l’État mauricien :

  • d’éliminer toutes formes de discrimination commises à l’égard de la communauté LGBT dans nos lois.
  • de ne pas utiliser de langage homophobe ni avoir recours à des actions discriminatoires.
  • d’amender le Criminal Code pour ainsi dépénaliser la sodomie afin que la communauté LGBT puisse jouir de ses droits sexuels.
  • de reconnaitre les droits civiques des LGBT et reconnaitre l’identité des transgenres.

Conclusion

Qu’est-ce que la République ? Quels en sont les principes et les fondements ? Maurice est une République depuis 1992, mais ce n’est que tout récemment que l’idéal républicain a commencé à être vulgarisé. Il n’est donc pas étonnant que la majorité des citoyens mauriciens vivent au sein d’une république sans en connaître les valeurs fondamentales. Cependant, ce n’est pas aussi grave que cela, lorsqu’on connaît le temps qu’ont mis les grandes démocraties à prendre la mesure des enjeux de la République. Il est donc essentiel, si l’on veut évoluer vers un véritable État de droit, de vulgariser les principes de citoyenneté et de droits humains parmi la jeune génération de la République de Maurice. Dès lors, l’on comprend pourquoi notre organisation a fait de l’éducation citoyenne laïque un des piliers de son action.

En quoi consiste l’éducation à la citoyenneté et aux droits humains ? À faire comprendre aux jeunes à travers diverses activités les institutions de la République et les amener à comprendre le fonctionnement du Parlement, le rôle du judiciaire dans une société démocratique, les pouvoirs du Directeur des poursuites publiques et l’importance de l’Equal Opportunities Commission, entre autres. Afin de consolider la démocratie, il est aussi impératif, d’inculquer les valeurs fondamentales des droits humains à la jeunesse du sud-ouest de l’océan Indien : que les hommes et femmes sont différents, mais égaux, que les droits sexuels et reproductifs existent, que les handicapés ont des droits et que la torture et d’autres brutalités sont proscrites.

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