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Kevin Teeroovengadum, économiste : «Le pays ne peut plus financer les acquis des fonctionnaires»

Les fonctionnaires veulent à leur tour descendre dans la rue pour réclamer la préservation de leurs acquis. Mais dans le contexte qui prévaut actuellement, leurs revendications font débat.

La Fédération des syndicats du secteur public prévoit une mobilisation le 21 octobre 2020 devant le bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis. Est-ce raisonnable de préserver ces « droits acquis » en ce temps de situation économique difficile ?
Jane Lutchmaya et Eshan Dinally ont abordé cette question dans l’émission Au Cœur de l’Info ce mercredi 23 septembre 2020 sur Radio Plus. Rashid Imrith précise que les revendications des fonctionnaires sont une question de principe et pas d’argent. « Un employeur ne peut pas changer les conditions de travail unilatéralement. Il y a un contrat avec les fonctionnaires à travers le Pay Research Bureau (PRB), mais le Budget 2020-2021 modifie ce contrat. Le gouvernement aurait dû appeler les syndicats autour de la table des discussions. Concernant la demande de rétroactivité du PRB au 1er janvier 2020, lors d’une réunion en janvier dernier au bureau du Premier ministre, nous étions tombés d’accord sur une formule qui considère la situation difficile. En ne diminuant pas ses dépenses et même en continuant le gaspillage, le gouvernement ne donne pas l’exemple. Nous sommes conscients qu’il faut faire des sacrifices, mais on ne peut pas garder un salaire de Rs 400 000 et demander à quelqu’un qui a un salaire de Rs 10 000 de se serrer la ceinture », explique le syndicaliste. 

Pour sa part, Kevin Teeroovengadum affirme qu’il n’est pas nécessaire d’être un économiste pour se rendre compte qu’il y a une récession à Maurice et qu’il faut donc faire des sacrifices.  « Les revenus de Maurice diminuent cette année. Nous empruntons pour financer les acquis du secteur public. Le gouvernement parle du besoin de sacrifices, mais cela ne peut pas être uniquement du côté du secteur privé où il y a des pertes d’emplois. À Singapour par exemple, les bonus ne sont pas acquis, mais sont alignés sur les performances. Les parlementaires et le gouvernement auraient dû donner un signal fort en diminuant leurs salaires de 20 à 30 %. On ne peut pas dire que le pays est à genoux alors que les parlementaires continuent leurs dépenses en rénovant des bureaux ou en changeant de voitures. Si les Mauriciens croient que la crise sera finie dans trois mois ils doivent se réveiller. », commente l’économiste.

De son côté, Rajiv Servansingh souligne l’importance du service public en cette période de crise. Mais il indique que le gouvernement et les fonctionnaires doivent faire des concessions dans l’intérêt du pays. « Je dis depuis longtemps qu’il faut des réformes importantes dans le pays. Le positif dans la pandémie est la prise de conscience. Le ‘new normal’ n’est pas un retour à la normale d’avant la crise. Il y a eu une longue baisse de la productivité puis récemment une hausse. La productivité n’est pas uniquement la responsabilité des employés, il y a d’autres facteurs où tout le monde a ses responsabilités. Le service public n’est pas un partenaire adéquat avec le secteur privé. Pour relancer ce partenariat, il faut relancer le service public. Il faut une transparence et une communication. Le gouvernement doit montrer l’exemple et prendre des mesures pour relancer l’agriculture, l’industrie puis le tourisme. Pour le tourisme, il faut cibler les longs séjours et les retraités. Des gens qui sont confinés dans de petits appartements, qui travaillent à domicile et qui aimeraient venir séjourner à Maurice. Avec les précautions nécessaires, la seconde vague est une opportunité », déclare Rajiv Servansingh. 



 

 

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