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Impact de la COVID-19 : le secteur privé serait-il l’éternel sacrifié ?

D’une part, il y a le secteur privé où employés et employeurs font des sacrifices dans un contexte de récession. De l’autre, il y a le secteur public où les employés n’ont pas eu à faire des privations et où les revendications demeurent élevées. C’est ce sentiment de deux poids, deux mesures qui prévaut actuellement dans le monde des affaires. Réactions des entrepreneurs, des syndicalistes et d’autres observateurs.


Imrith Ramtohul, observateur économique : «Favoriser le secteur public pourrait affecter certaines entreprises privées»

Imrith RamtohulLes conséquences de la Covid-19 sur les entreprises privées varient en fonction des secteurs. « Par exemple, les employeurs du secteur du tourisme enregistreront des revenus et une rentabilité nettement inférieurs. Par ailleurs, la préservation de l’emploi à moyen terme reste incertaine. Certains ont déjà perdu leur emploi. D’autres ne travaillent que deux ou trois jours par semaine et ne reçoivent plus de prime de productivité », dit-il. Maurice entrera en récession.  « Les salariés du privé ne bénéficient pas de la sécurité de l’emploi. Ces facteurs créent un sentiment de mécontentement », dit Imrith Ramtohul. 

En sus des nombreux challenges, la contribution de la CSG vient de s’ajouter à la liste.  « De nombreux employés du privé, en particulier ceux qui touchent des salaires plus élevés verront leurs revenus baisser avec l’introduction de la CSG. Les entreprises pourraient enregistrer des bénéfices inférieurs surtout si elles ont de nombreux employés avec un salaire dépassant Rs 50 000 par mois. Cela va décourager la création d’emploi dans le privé », explique-t-il. Selon l’observateur, dans ce contexte économique difficile, il y a un besoin de faire des sacrifices. « Cependant, cela devrait s’appliquer à tous les niveaux », appuie-t-il.  

Concernant la demande du secteur public pour le PRB et les congés, Imrith Ramtohul est d’avis que toute proposition de modification du PRB, de congé, entre autres, doit être soigneusement analysée par des professionnels indépendants.  « Si les augmentations sont très élevées, cela pourrait avoir des effets négatifs sur un certain nombre d’entreprises du secteur privé », prévient-il. Selon lui, ces entreprises pourront réduire les opérations et licencier les travailleurs. 


Sadhna Sokhal, de Cutting Works Ltd : «Les firmes privées les plus pénalisées»

Sadhna-SokhalLa chef d’entreprise ne cache pas sa colère. « Depuis le début de la crise de la Covid-19, ce sont principalement les entreprises du privé qui sont les plus affectées et les plus pénalisées », affirme-t-elle.  D’abord, elle évoque le Wage Assistance Scheme. « Le GM nous a proposé cette aide afin de protéger l’emploi.  Ce n’est qu’après qu’on nous a fait comprendre que c’est une dette à rembourser au plus tard l’année prochaine. Comment allons rembourser cette dette », déplore-t-elle.  Le pays traverse une crise économique. « Ce n’est pas le moment d’imposer un nouveau système de contribution de pension. Indirectement, ce sont les firmes privées qui vont contribuer pour les fonctionnaires. C’est aberrant », martèle-t-elle.  Selon elle, « au lieu d’imposer sur les entreprises privées, le GM aurait dû réduire les gros salaires que touchent les fonctionnaires ». 


Thierry Goder, CEO d’Alentaris : «L’effort vient plus du secteur privé»

thierry-goder« La perception que le secteur privé fait plus de sacrifices que le secteur public est bel et bien là. À ce que je sache, le secteur public n’a pas eu à faire face à une baisse des salaires et certains avantages ont été maintenus. Nous ne pouvons pas leur en vouloir, mais c’est un fait que l’effort vient plus du secteur privé », relève Thierry Goder. Pour le CEO d’Alentaris, les sacrifices des employeurs et employés du privé sont de notoriété nationale. « Les employeurs ont réduit leurs salaires jusqu’à 50 % et ont gelé certains avantages. Des entreprises ont décidé de ne pas payer de dividendes. Beaucoup d’employés ont fait le choix de soutenir la pérennité de l’entreprise en acceptant de réduire leurs salaires », dit-il. 

Pour Thierry Goder, le manque d’équité est flagrant. La CSG en est un exemple. « Les fonctionnaires ne paieront pas la CSG alors que ceux du privé vont devoir casquer. Or, le secteur privé a d’énormes défis devant lui et tous les chefs d’entreprises se battent pour sauver leurs compagnies et les emplois ». S’agissant des demandes des fonctionnaires notamment pour le PRB, il estime que c’est leur droit. « Je les comprends. Toutefois, je pense qu’ils auraient dû faire preuve de solidarité envers les employés du secteur privé », conclut Thierry Goder. 


Jane Ragoo, syndicaliste : «Éliminer la discrimination entre employés du public et du privé» 

Jane RaggooLes employés de l’État ont conservé tous leurs avantages contrairement à ceux du privé. « Le secteur privé reste toujours le perdant. La discrimination entre les employés du privé et ceux du secteur public est criarde », martèle-Jane Ragoo. Les exemples ne manquent pas. Elle en cite trois. « Pendant la Covid-19, l’État est venu avec des amendements à la loi autorisant les employeurs à ne pas payer les heures sup. Or, dans la Fonction publique, la question du non-paiement des heures supplémentaires ne se pose pas ». Autre exemple : ceux qui n’ont pas travaillé pendant le confinement ont vu leurs congés être réduits. « Le GM a voulu en faire de même dans la Fonction publique, mais il n’a pas pu. C’est la même chose avec la CSG dont le paiement ne s’applique qu’aux employés du privé ».

Or, dans le contexte actuel, insiste-t-elle,  tout le monde doit consentir à des sacrifices. « Il faut éliminer cette discrimination. Quand le gouvernement prend une décision, il doit appliquer la loi pour tout le monde. Son devoir, c’est de veiller sur l’ensemble de la population, et non pas qu’à une section des employés », avance la syndicaliste. 

Pour Jane Ragoo,  cette situation est à l’origine de beaucoup de frustration. « C’est d’ailleurs l’une des raisons derrière le malaise actuel dans le pays ».


Suren Surat, CEO de SKC Surat Group : «Sacrifices équilibrés»

Surat MahenL’heure est aux sacrifices. « Notre chiffre d’affaires a chuté entre 35 % et 40 % vu que l’hôtellerie ne travaille pas. Nous faisons des sacrifices, les employés aussi, pour la pérennité de l’entreprise. C’est plus ou moins la même situation ailleurs où il est question de restructuration, de baisse des allocations ou de suppression des heures sup », résume Suren Surat.  D’où son avis que les demandes dans la Fonction publique ne sont pas réalisables. « Ces demandes auront un impact conséquent sur les caisses de l’État qui servent depuis quelque temps à soutenir l’hôtellerie. Nul besoin d’être économiste pour savoir ce qu’il adviendra si l’État paie pour ces demandes », soutient-il. « La situation économique est très difficile. Nous n’aurons pas de retour à la normale avant un an. Les sacrifices doivent être équilibrés ». 

 


Manisha Dookhony, économiste : «Une vraie CSG doit être imposée à tous»

Manisha Dookhony« Perte de revenus et de marché, difficulté dans les sources d’approvisionnement, épuisement des revenus pour maintenir l’emploi... Ce sont les retombées de la Covid-19 sur le secteur privé », dit l’économiste. Selon elle, le secteur privé estime qu’il n’y a pas eu de diminution de la masse salariale dans la fonction publique même si certaines personnes ont contribué une partie de leur salaire pour les fonds mis en place pour lutter contre la Covid-19.  Sur la question de CSG, l’économiste est d’avis que c’est une politique de deux poids deux mesures.  «  Pour être une vraie CSG il faudrait que ce soit imposé à tous », soutient Manisha Dookhony .

 

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