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Harcèlement : ces parents tyrannisés par leurs progénitures

Harcèlement

Parfois plus hasardeux que la violence physique, le harcèlement sévit en silence dans plusieurs familles. Entre humiliations et chantages, difficile d’échapper aux griffes du harceleur quand celui-ci n’est nul autre que sa progéniture.

«Je n’en peux plus », s’exclame Roland. Ce père de famille, habitant le Sud de l’île, perd tout espoir et sombre peu à peu dans la dépression. Depuis quelques mois, il est victime d’un harceleur qui sévit au sein même de son foyer. Il s’agit de son fils, âgé de 30 ans qui vit avec sa femme dans la maison parentale. Humiliations, agressivité, chantage et culpabilisation résument le quotidien de ce quinquagénaire désabusé. «Mon fils n’a jamais quitté le toit familial, même après son mariage. Il y a cinq ans, il a commencé à se droguer et nous vivons depuis un véritable calvaire, ma femme et moi. Au début, c’était de petits vols. Nos objets de valeur disparaissaient. Et puis, il a commencé à nous harceler moralement », partage-t-il.

Agissant en véritable manipulateur, le jeune homme terrorise les siens. De mal en pis, il s’associe avec sa femme pour extorquer de l’argent à ses parents. « Je viens tout juste de prendre ma retraite. Nous subvenons à nos besoins, ma femme et moi, grâce à nos pensions de vieillesse et l’argent provenant de petits boulots. Mon fils ne travaille pas. Il a récemment mis en place une nouvelle tactique pour qu’on lui donne de l’argent pour acheter des cigarettes, de l’alcool et de la drogue. Il s’agit du chantage. Si je ne lui donne pas ce qu’il veut, il menace de brûler la maison, de se suicider ou de me dénoncer à la police sous une fausse accusation de maltraitance ou d’attouchements sur sa femme. Je vis dans le stress au quotidien et je ne sais plus quoi faire », se lamente Roland.

Du stress en permanence

Le cas de ce quinquagénaire n’est malheureusement pas isolé. Tyrannisés par leurs enfants devenus des adultes, plusieurs parents souffrent dans l’ombre. Partagés par l’amour parental et le qu’en-dira-t-on, ces derniers sombrent dans l’angoisse et la dépression. Tel est le cas de Sheila, 56 ans. Son fils, âgé de 32 ans, est agressif et violent. « Je vis au rez-de-chaussée et mon fils vit à l’étage avec sa femme et ses enfants. Il est très violent, surtout quand il est sous l’influence de l’alcool. Il jure et prend toute la famille en otage. On fait souvent appel aux policiers, mais ces derniers n’arrivent pas à lui faire entendre raison. Mon mari et moi vivons dans le stress en permanence. Je joue le rôle de pacificateur entre mon mari et mon fils. C’est exténuant, à la fois physiquement et mentalement. Nous avons même pensé, mon mari et moi, de quitter notre maison pour nous installer ailleurs, loin de mon fils et de son mauvais caractère », raconte la quinquagénaire.

Si Sheila et son mari projettent de quitter leur maison pour fuir la tyrannie, d’autres parents dans la même situation pensent au pire. Rajesh, 64 ans, ancien policier, vit dans la tourmente. Après le décès de sa femme, sa fille et son gendre se sont installés chez lui. La démarche découlait d’une bonne intention, soit de prendre soin du patriarche après la disparition de sa femme. Mais les mauvaises habitudes du couple ont fini par prendre le dessus. « Ma fille et mon gendre passent le plus clair de leur temps à boire et à s’amuser. Je vis de ma pension et de petits boulots. Je dois tout faire dans la maison. Des fois, je pense qu’il serait mieux que je ne sois plus de ce monde. J’aurais enfin la paix. Être harcelé est une chose, être harcelé par le fruit de ses entrailles en est une toute autre chose. C’est pénible et c’est pour moi un véritable enfer au quotidien », explique le vieil homme.


Me Melany Nagen, avocate : «Le Code pénal prévoit la peine la plus sévère pour les cas d’agression envers les parents»

Les parents tyrannisés par leurs enfants ont tendance à souffrir dans l’ombre. Bon nombre d’entre ces derniers ignorent qu’il existe un cadre légal qui sert à protéger chaque citoyen mauricien d’abus de tous genres. Selon l’avocate Melany Nagen, nous parlons souvent de cas de harcèlement sans pour autant distinguer ce qui relève ou non des conditions posées par la loi. « Avant d’aller plus loin, il convient de comprendre que le harcèlement, peu importe le type, est un comportement particulièrement grave qui porte atteinte à la santé physique et mentale. Face au développement de tels agissements, la loi a instauré une protection spécifique en faveur des victimes », explique-t-elle. Que dit la loi ?

Me Melany Nagen explique : « En harcelant une personne, qu’elle soit un proche, un parent ou un parfait inconnu, on porte atteinte à ses droits et à sa dignité et on devient une nuisance pour cette personne. Il y aura harcèlement, peu importe que les faits répétés soient identiques ou différents ; qu’ils se répètent sur une période courte ou longue et que l’auteur ait ou non eu l’intention de nuire à la victime. Il est à noter que le Code pénal prévoit la peine la plus sévère pour les cas d’agressions verbales ou physiques envers les parents ».

Notre interlocutrice cite la section 231 du Code pénal: « In the cases provided, where the offender has committed the crime upon his father and mother, whether legitimate, natural or adoptive, such offender shall suffer the severest punishment set forth…». Pour les cas d’agression, la loi prévoit une peine d’emprisonnement ne dépassant pas 10 ans en cas d’agression avec préméditation ou causant la mort de la victime. En cas de coups et blessures ou autres types de violences, la loi prévoit une peine d’emprisonnement ne dépassant pas un an et une amende n’excédant pas Rs 10 000. 

Selon Me Melany Nagen, les parents victimes de harcèlement peuvent également avoir recours à un ‘Elderly Person Protection Order’. « En cas de harcèlement physique ou moral sur une personne âgée, il est possible de faire la demande d’une ordonnance de protection. Le non-respect de cette ordonnance est passible d’une amende ne dépassant pas Rs 50 000 et une peine de prison ne dépassant pas deux ans », fait-elle valoir.


Cerner le problème et y faire face

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Le harcèlement, qu’il soit moral ou physique, peut avoir un impact considérable sur la santé de la victime. Dans les cas de parents tyrannisés par leurs enfants, les conséquences sont souvent graves. C’est ce dont nous précise le psychologue Sadasiven Coopoosamy.

« Sur le plan physique, les parents victimes de harcèlement peuvent constater plusieurs maux. Par exemple, de la fatigue, des douleurs musculaires, des maux de tête, des troubles du sommeil, entre autres. Il est fréquent que les parents souffrent de tension artérielle ou d’autres complications causées par le mauvais comportement de leurs enfants devenus adultes. Sur le plan psychologique, ces derniers peuvent être sujets au stress, à l’irritabilité, à des crises de tristesse, à la dépression et au repli sur soi. Certaines personnes peuvent également ressentir des sentiments de honte, d’humiliation, de culpabilité ou d’impuissance », explique le psychologue.

Le harceleur étant nul autre que sa progéniture, la victime est prise dans un véritable dilemme. Partagés entre leur amour pour leurs enfants et leur colère, ces parents finissent bien souvent par souffrir en silence. Selon le psychologue, il faut parfois beaucoup de temps à ces derniers pour se rendre compte que le problème vient du harceleur et non pas d’eux. « Les enfants connaissent bien souvent les points faibles de leurs parents. Ils utilisent cette connaissance pour les manipuler. Ils jouent avec les sentiments et modifient leurs conduites en fonction de leurs humeurs. Ils peuvent également changer d’état émotionnel en soufflant à la fois le chaud et le froid. Cette attitude instable entraîne encore plus de stress chez les parents. Le fait de ne pas être capable de percevoir le comportement du harceleur provoque beaucoup d’anxiété. Finalement, les parents restent en permanence sur leurs gardes. Une situation très stressante », souligne-t-il.

Comment s’en sortir ?

Pour faire face à ce problème, le psychologue conseille aux parents de chercher l’aide de spécialistes. « Il ne faut jamais céder face à un harceleur, d’autant plus si celui-ci est votre propre enfant. Si vous vous sentez piégé, demandez l’aide des autorités, de la police, d’un psychologue ou d’un avocat. Il convient d’éviter de souffrir en silence, car les conséquences physiques et psychologiques sont très réelles. En effet, le harcèlement laisse des traces indélébiles. Il est important de les traiter, même des années après », souligne-t-il. Notre interlocuteur ajoute qu’il faut agir vite pour éviter que les victimes ne prennent des décisions qui vont impacter sur leur vie ou qui commettent un acte répréhensible par la loi pour se défendre.


Accusé de harcèlement, un Britannique interdit de contacter ses parents

Un couple de Britanniques a porté plainte contre leur fils de 24 ans pour harcèlement. Le jeune homme harcelait ses parents pour de l’argent. « Fatigués» par le comportement de leur fils, ils ont eu recours à la justice.  Il demandait sans cesse de l’argent pour pouvoir s’acheter de la drogue et a commencé à voler. Entre insultes et humiliations, les parents vivaient un véritable cauchemar. La justice britannique a tranché en faveur du couple. Le jeune homme est interdit de tout contact avec ses parents pendant cinq ans. Il est également condamné à 12 mois de travaux d’intérêt général pour le non-respect des mesures d’éloignement.

Les parents harcelés, malmenés et maltraités par leur progéniture étant un problème récurrent, les autorités ont mis en place plusieurs programmes de prise en charge thérapeutique. Plusieurs cellules d’écoute ont été mises en place dans les cliniques ou autres établissements pour venir en aide à ces parents désabusés.

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