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À Grand-Gaube : un vaste déploiement policier qui ne donne rien

L’état des placards après la fouille policière. Captures d’écran d’une vidéo filmée par un habitant lors de la descente policière musclée à Grand-Gaube, vendredi. Les policiers n’y sont pas allés de main morte lors de la perquisition du studio Ride On Records.
  • Le studio Ride On Records saccagé
  • Aucune arrestation, ni saisie de drogue
  • Des habitants sous le choc

Grand-Gaube a été le théâtre d’une descente policière brutale, le vendredi 17 mai, semant la confusion parmi les résidents. Malgré l’ampleur des moyens déployés et la « violence » de l’intervention, l’opération n’a débouché sur aucune arrestation ni saisie de drogue. À Le Dimanche/L’Hebdo, les résidents que nous avons rencontrés hier, samedi 18 mai, confient avoir été pris au dépourvu. Ils affirment ne pas comprendre les raisons d’une telle démonstration de force. Les dégâts matériels et psychologiques demeurent, suscitant l’indignation et les interrogations des villageois.

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 C’est vers 18 heures que l’opération policière a été lancée à Grand-Gaube, plongeant la localité dans la confusion. Des véhicules blindés militaires ont envahi les rues  accompagnés par une cinquantaine d’éléments des forces de l’ordre, racontent-ils. Des perquisitions auraient été dans plusieurs domiciles suspectés d’abriter des activités illicites, ajoutent-ils. 

Yvette, une résidente de longue date, est encore sous le choc : « C’était comme en temps de guerre. Voir des soldats et des policiers lourdement armés investir la maisons de nos voisins était terrifiant. Je ne pouvais pas croire ce qui se passait », dit-elle. Comme beaucoup d’autres habitants, Yvette affirme avoir été prise de court par la soudaineté « et la brutalité » de l’opération. « J’étais chez moi et j’ai entendu du bruit sur ma maison. Lorsque je suis sortie pour voir, j’ai vu des policiers sur le toit. Dans la même ruelle, on pouvait apercevoir des éléments de la police escalader des échelles qu’ils avaient installées », raconte l’habitante. 

Les dégâts les plus conséquents ont été observés à Ride On Records. Ce studio, en activité depuis l’année dernière et accueillant chaque semaine de nombreux artistes mauriciens, aurait été pris d’assaut avec une rare violence, selon les témoins. Les policiers auraient causé des dommages importants, saccageant le matériel d’enregistrement, vandalisant les locaux et détruisant plusieurs instruments de musique de grande valeur. 

Les propriétaires du studio sont sous le choc. À l’intérieur du studio, c’est une véritable scène de désolation qui s’offre à la vue. Les placards et les tiroirs ont été renversés, les accessoires acoustiques du studio complètement détruits, et toutes les caméras de sécurité arrachées.

Les dégâts matériels sont estimés à environ Rs 200 000, un coup dur pour un studio encore en pleine expansion. Les propriétaires, bouleversés, ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’avenir du studio. Selon eux, il faudra probablement plusieurs mois avant que Ride On Records se relève. 

Pour plusieurs habitants de la localité, l’ampleur de l’opération reste « incompréhensible », surtout qu’elle n’a abouti à aucune arrestation ni saisie de produits illicites. Ils se demandent si de telles méthodes sont justifiées, surtout en l’absence de résultats tangibles. Plusieurs habitants appellent les autorités à une plus grande transparence et à une meilleure communication pour éviter que de telles scènes ne se reproduisent à l’avenir. 

Certains résidents expriment leur frustration et estiment que des moyens aussi considérables auraient pu être mieux utilisés. « Si de tels moyens pouvaient être déployés pour mener de véritables opérations contre le trafic de drogue, nous aurions certainement vu plus de résultats dans le combat contre ce fléau », déclare un habitant. 

Le sentiment qui prévaut à Grand-Gaube est que les forces de l’ordre sont prêtes à tout moment à faire des démonstrations de force, « tandis que d’autres régions comme Roche-Bois, Plaine-Verte, ou encore Résidence La Cure, qui sont tout aussi, voire plus, concernées par le fléau de la drogue, ne sont pas inquiétées ».

Le chanteur Ras Ninin monte au créneau

« C’est écœurant. Les propriétaires du studio n’étaient pas là, et une équipe de la police est venue. Ils ont tout saccagé », dénonce Ninsley Matombé, alias Ras Ninin, après cette opération menée dans l’enceinte du studio. « Ils ont tout mis sens dessus dessous, déraciné les caméras de sécurité et ont complètement saccagé la cuisine. La police doit faire son travail dans les règles, et nous les aurions laissés entrer dans le studio pour qu’ils fassent leur travail correctement », ajoute-t-il.

Un responsable de l’Adsu : «Il faut alerter l’IPCC en cas d’abus ou de mauvais comportement de la police»

Sollicité, un responsable de la brigade antidrogue (Adsu) dira que les descentes policières sont effectuées uniquement sur la base d’informations vérifiées et qu’un mandat est nécessaire pour procéder à des fouilles dans les maisons ou autres lieux occupés.

Ce samedi après-midi, ce haut gradé a déclaré ne pas être au courant de plaintes émanant de propriétaires de maison et n’avoir reçu aucun rapport confirmant la tenue d’une opération à Grand-Gaube au moment de l’entretien. Il a toutefois encouragé les résidents à se rendre à la police pour déposer une plainte en vue de lancer une enquête ou à saisir l’Independent Police Complaints Commission (IPCC). « S’il y a eu abus ou mauvais comportement de la part de la police, les citoyens doivent alerter l’IPCC, qui mènera une enquête », a-t-il confié. 

Trafic de drogue

Grand-Gaube souvent sous stricte surveillance 

Au cours des dernières années, la région de Grand-Gaube a régulièrement été le théâtre d’opérations policières de grande envergure, souvent marquées par des affrontements musclés entre les forces de l’ordre et des habitants. Selon les éléments de la police impliqués dans ces interventions, le trafic de drogue dans cette région a pris des proportions alarmantes au fil du temps. Cette situation a conduit à une intensification des efforts policiers pour tenter de freiner ce fléau.

 

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