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Gilbert Lebreux, directeur-fondateur de l’ONG Étoile du Berger : «Le social comme vocation : de la banque à travailleur social»

Gilbert Lebreux est le directeur-fondateur de l’ONG Étoile du Berger. Cette association a près d’une décennie d’existence. Gilbert, après avoir changé l’orientation de sa vie professionnelle a décidé de se consacrer pleinement à cette mission de donner aux enfants des raisons de croire encore à la vie…Lindley Couronne l’a rencontré.

Qui est Gilbert Lebreux ?
Quelqu’un de très timide mais profondément humain. Célibataire, j’ai eu tout le temps nécessaire pour m’occuper des autres, ceux qui en ont le plus besoin. J’ai grandi à Quatre Bornes, après les études primaires à Notre-Dame-des-Victoires, j’ai fréquenté le collège du Saint-Esprit, où j’ai eu la chance d’avoir des profs exceptionnels. Je pense  notamment aux profs comme Paul Randabel, Cyril Leckning, Raymond Rivet, mais aussi aux pères Adrian Wiehe, Mc Tiernan et Mansfield. Puis j’ai pris de l’emploi à la Barclays, j’y suis resté plus de 20 ans avant de bouger à la Mauritius Union pendant 10 ans. J’ai ensuite décidé, avec quelques amis, de créer Étoile du Berger.

À un certain moment, vous étiez cadre à la banque, champion de bridge, et bien « casé ». Qu’est-ce qui vous décide à changer de vie ?
Je ne pense pas qu’on décide de sa vie, je pense que nous venons sur terre pour faire certaines choses, et c’est seulement en les faisant que nous nous sentons bien dans notre peau. C’est ce que Paulo Coelho appelle « vivre sa légende personnelle ». C’est vrai que ce n’est pas facile de laisser tout le confort matériel, pour mener une vie plus simple, mais en retour on y gagne une certaine satisfaction à essayer de rendre la vie des autres un peu moins pénible. Dans une de ses chansons, Michel Fugain chante ceci « Promettez-moi de ne pas m’en vouloir si je garde pour moi les rires et les regards… ».  Cela résume ce que l’on peut ressentir quand on vit avec les plus démunis. Je ne pense pas qu’on puisse être heureux quand à côté il y a tant de misère. Je sais que mon action n’est pas grand-chose, mais c’est quand même quelque chose. 

D’où vient le nom de votre association Étoile du Berger ? Et quels ont été les débuts de l’association ?
Le nom a été inspiré d’œuvres de deux auteurs que j’aime beaucoup, Saint-Exupéry et Stan Rougier. Ce dernier a  notamment écrit « Accroche ta vie à une étoile ». L’étoile du Berger est la plus brillante dans le ciel, cette étoile, c’est l’espoir qui fait la courte échelle à tous ces enfants qui ont perdus leurs attaches.

Cela n’a pas été simple au début, c’est toujours difficile de démarrer un projet, car les sponsors ne nous connaissent pas encore et sans les sous, pas de Maisons d’Accueils et pas d’enfants. Mais à force de conviction et grâce à une équipe motivée nous avons pu convaincre quelques sponsors, surtout Scott Smile Foundation qui a été le premier à croire en nous. 

Je pense que nous venons sur terre pour faire certaines choses, et c’est seulement en les faisant que nous nous sentons bien dans notre peau. C’est ce que Paulo Coelho appelle « vivre sa légende personnelle »"

Durant cette dernière décennie il y a eu, surtout dans certaines régions particulières une explosion de la cellule familiale avec son corollaire inévitable : enfants abandonnés, promiscuité, souvent sans direction et ‘jetés’ ça et là…Quelles sont les mesures que prend votre organisation pour reconstruire ces enfants?
Le première mesure a été de créer Étoile du Berger, qui consiste maintenant de trois Maisons d’Accueil pour encadrer les enfants les plus en difficultés et qui ont dû être retirés des parents par les autorités. Même si nous ne pourrons jamais remplacer les parents, nous leur offrons tout le soutien nécessaire pour le développement de l’enfant pour en faire un adulte responsable.

Nous mettons beaucoup l’accent sur l’éducation, et là, il faut dire que nous avons depuis maintenant plusieurs années le soutien de l’équipe de Brandhouse, (menée par Monsieur Clovis Wong et Madame Danielle Donat), qui sponsorise l’éducation des enfants et qui nous permet de les placer dans des écoles privées, ce qui a pour effet d’améliorer grandement leur performance.

Ensuite, nous avons aussi dans notre projet d’aller vers les enfants là où ils sont, pour encadrer les familles et ainsi éviter que les enfants soient en difficulté et séparés de leurs proches. Nous avons ciblé deux régions pour le moment, ‘la cité Folles Herbes’ à Bambous, et la ‘cité Gros Cailloux’ à Petite-Rivière. Nous n’avons malheureusement pas assez de moyens financiers pour encadrer les familles de façon plus « professionnelle » avec, par exemple, le soutien d’un psychologue. Je trouve qu’il y a un vrai besoin d’accompagnement dans les endroits que vous avez mentionnés.

Du dehors, on a l’impression que l’État fait beaucoup pour les shelters, ne serait-ce que pour les Grants distribués. Mais on a aussi l’impression qu’il n’y a pas de vision globale des dirigeants pour améliorer la vie de ces enfants. Vos commentaires.
Les Grants distribués aux shelters ne sont certainement pas suffisant pour encadrer comme il se doit les enfants, d’ailleurs tous les shelters doivent faire appel aux fonds CSR pour pouvoir fonctionner de façon correcte. Malheureusement, cela devient de plus en plus difficile d’obtenir ces fonds avec tous les changements qu’il y a eu dans le système du CSR et je ne trouve pas normal d’avoir à aller quémander pour s’occuper des enfants de l’État, comme ils les appellent eux-mêmes.

Il faut dire que nous avons une bonne relation avec le personnel de la Child Development Unit, mais en même temps je trouve qu’il y a un manque de gens pour fournir aux « shelters » tous les renseignements nécessaires pour un bon encadrement des enfants placés. 

Concernant la vision globale, encore une fois je pense que c’est une question (1) de personnel et (2) de structures.

De personnel dans le sens où il serait préférable d’aller dans des quartiers à risque pour encadrer les familles plutôt que d’attendre qu’il soit trop tard et que les enfants soient dans des situations de danger, et il faudrait des structures prêtes à accueillir des enfants en situation de danger plutôt que de faire appel aux shelters existant pour prendre ces enfants car ces derniers sont déjà au maximum de leurs capacités.

Vous avez vu traverser des dizaines d’enfants dans vos shelters. Ce sont souvent des enfants cassés par la vie et le monde d’adultes impitoyables qui les environnent. En tant que travailleur social vous êtes attentif à ce qui se passe au sein de la société mauricienne. Quelles évolutions positives ou négatives avez-vous vu ces dernières années ?
Je trouve que la vie devient de plus en plus difficile pour la plupart des personnes au bas de l’échelle et dans des régions défavorisées. Il y a, ajouté à cela, le problème complexe de la drogue, et l’arrivée de nouvelles drogues facile à se procurer. 

Il y a aussi une dégradation de la société, ce que nous pouvons constater au quotidien. Il n’y a qu’à voir le comportement des élèves aux abords des gares, ou dans certains quartiers de nos villes après la sortie des collèges.  J’ai l’impression que la plupart de nos jeunes n’ont plus le sens des valeurs et du respect. Et cela est dû au fait que les enfants ont l’impression d’avoir trop de pouvoir, qu’ils sont au-dessus des lois. Il y a une grande différence entre maltraitance et autorité parentale et c’est sur cela qu’il faudra travailler pour ne plus avoir une société ou l’adulte devient « l’otage » de l’enfant. Les profs n’ont plus d’autorité et c’est dommage.

A côté de cela, je trouve qu’il y a de plus en plus de personnes qui ont pris conscience de la nécessité d’aller à la rencontre de l’autre, des plus vulnérables. Je pense par exemple au projet de Food Wise. Ils ont une équipe dynamique et très humaine, qui fait un travail exceptionnel sur le terrain. Il y a aussi beaucoup d’ONG qui prennent position pour plus de justice sociale.

Qu’arrive-t-il à vos enfants quand ils atteignent la majorité ? Que devrait faire l’État selon vous ?
Nous avons dans notre projet un accompagnement de l’enfant, même au-delà de sa majorité. Nous avons eu jusqu’ici deux enfants qui ont atteint l’âge de 18 ans et si le premier a opté de retourner dans sa famille, l’autre est suivi par l’équipe d’Étoile du Berger, nous lui avons trouvé un logement et nous continuons à nous occuper de sa formation. Il faut noter aussi que nous continuons à suivre celui qui est parti et nous lui donnons tout le soutien nécessaire pour sa formation et aussi de lui trouver du travail.

Il y a un manque de structures pour encadrer les enfants qui ont atteint l’âge de 18 ans et qui sont issus des « shelters », Souvent ces enfants sont retournés à la cellule familiale et n’arrivent pas à s’en sortir. Il faudrait des Maisons de Transition pour accompagner ses enfants jusqu’à ce qu’ils soient autonomes.

Je suppose que la vie au sein des foyers n’est pas un long fleuve tranquille ! Quels sont les problèmes auxquels votre organisation a à faire face ?
Effectivement, la vie au sein de nos Maisons d’Accueils n’est pas un long fleuve tranquille, Il y a d’abord le souci de subvenir aux besoins des enfants au quotidien, mais que matériellement. Il y a aussi leurs besoins émotionnels, leurs besoins d’activités, de ”liberté”, car souvent ils trouvent qu’ils n’ont pas assez de liberté par rapport aux autres enfants qu’ils côtoient dans les collèges. Mais un avec un bon encadrement et des activités qu’ils aiment, ils sont plus enclins à comprendre que dans la vie on ne peut pas tout avoir. Il y a la cohabitation des enfants à gérer et aussi à satisfaire chacun sans que cela soit au détriment de l’autre.

Le mot de la fin ?
Je vous remercie d’avoir pris le temps de m’accorder cet entretien qui m’a permis de m’exprimer sur des sujets qui me tiennent à cœur. Mon souhait est que tous les enfants puissent vivre dans leurs cellules familiales, mais si cela n’est pas possible qu’au moins ils aient la possibilité de s’épanouir dans des structures adaptées à leurs besoins.  


Des maisons d’accueil pour un projet communautaire

La Commission Enfants de dismoi a visité les maisons d’accueil d’Étoile du Berger et a été impressionnée. Propres,spacieuses et accueillantes, avec même le ‘luxe’ pour les ados d’avoir leur propre chambre, elles sont loin de l’idée de refuge, terme connoté à Maurice. 

Le projet Étoile du Berger est conçu par ses fondateurs avant tout comme un projet communautaire qui s’inscrit dans un mouvement social essentiel de la société civile visant la promotion de la qualité de vie et de la défense des droits des citoyens. C’est aussi dans le but d’accompagner parents et enfants afin que ceux-ci ne se retrouvent pas en situation de danger, leur évitant ainsi d’être placés dans des « shelters ». 
Ils ont la conviction que toute action communautaire doit avoir à la base l’éducation et la formation. Le but est de faire prendre conscience aux personnes concernées que c’est seulement en travaillant et en inculquant aux enfants des valeurs essentielles  qu’ils pourront sortir de la misère.

Partenariat

En 2015, Étoile du Berger a identifié un quartier de Bambous et ses leaders ont déjà commencé une action avec une petite population qui s’y trouve en partenariat avec le groupe General Construction.
En cette année 2020, l’action a été étendue dans le village de Petite-Rivière, où une petite communauté d’une soixantaine de familles a été ciblée. Le travail se fait avec l’aide de Jean-Noël Adolphe, un des pionniers à Maurice du développement communautaire.

Pour vos DONS...

Coordonnés Bancaires: 
The Mauritius Commercial Bank Ltd
Sir William Newton Street
Port-Louis, Mauritius
N°de compte : 000440626102
Code Swift :  MCBLMUMU
N°IBAN : MU66MCBL09440004


 VISITE GUIDÉE

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Étoile du Berger a d’abord accueilli en 2011, 11 enfants d’entre 4 et 9 ans (filles et garçons). Elle a pour cela loué une grande maison avec toutes les infrastructures et la mise en  place nécessaires pour le bon fonctionnement d’un centre. Cette structure, sise avenue Shebeck, à Albion, est aussi dotée d’un grand jardin afin que les enfants puissent grandir dans les meilleures conditions possibles. Le terme « maisons d’accueil» a été utilisé plutôt que « foyer » ou « Shelter », pour offrir à ces enfants une structure plus familiale. 

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En 2013, les fondateurs d’Étoile du Berger décident de passer à la deuxième phase pour pouvoir continuer à héberger les enfants à l’adolescence, le choix étant porté dans un premier temps sur les garçons. Actuellement, huit jeunes de 9 à 16 ans vivent à l’avenue des Mulets, à Albion.

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En 2015, l’action d’Étoile du Berger a été étendue avec la décision de s’occuper des filles adolescentes. Ces filles sont au nombre de huit également et âgées de 9 à 16 ans dans cette maison spacieuse, avenue de Marly, à Roches-Brunes.

DIS-MOI (Droits Humains-Océan Indien) est une organisation non gouvernementale qui aide à promouvoir la culture des droits humains dans la région du sud-ouest de l’océan Indien, notamment les Seychelles, Maurice, Rodrigues, Madagascar et les Comores. Fondée en 2012, l’organisation milite pour la défense et l’enseignement des droits humains.

DIS-MOI, 11 Broad avenue, Belle-Rose, Quatre-Bornes
TéL : 4665673 – [email protected] - HTTP://WWW.DISMOI.ORG
 

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