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Gérald Lincoln, Country Managing Partner, Ernst & Young : «Il nous faut trouver des moteurs de croissance»

Gérald Lincoln

À l’approche de l’échéance électorale de 2019, Gérald Lincoln, Country Managing Partner  chez Ernst & Young, dit ne pas « s’attendre à des mesures d’austérité, mais (à) un certain nombre de mesures dites ‘populaires’ ». Dans le même souffle, l’expert-comptable fait ressortir les défis auxquels l’économie mauricienne est confrontée, dont le ‘targeting’ de la pension universelle, le niveau de l’endettement public et la nécessité de trouver des moteurs de croissance. Et cela, compte tenu des difficultés que connaissent les secteurs de la canne, du tourisme et du textile.

La problématique relative à la réforme de la pension, centrée sur celles et ceux véritablement ayant droit, revient cette fois-ci de force. Cette question est-elle pertinente ?
Bien sûr que cette question de pension universelle est pertinente, car elle représente un Budget important pour l’État.  Pour le moment, tout Mauricien qui atteint l’âge de la retraite est éligible à recevoir sa pension de vieillesse. À mon avis, cela aurait pu être différent, car ceux qui touchent déjà une pension privée au-delà d’un certain seuil n’ont pas besoin de recevoir la pension de l’État aussi. Le 'targeting' permet d’aider davantage ceux dans le vrai besoin.

Plus que jamais, le montant de la dette publique interpelle et à l’approche de l’échéance électorale, le gouvernement est sous pression, afin d’augmenter la pension universelle. Est-ce que le pays a-t-il les capacités de payer ?
La capacité à payer c’est une chose et il est toujours possible pour un gouvernement de lever plus de revenus à travers des taxes comme la TVA. La question plus pertinente est le besoin et la motivation d’augmenter encore cette pension. La dette publique devrait ne pas influencer ce raisonnement. Une solution à examiner si nous voulons augmenter la pension serait de faire ce 'targeted approach'.

Certains observateurs font valoir que la pension, sous ses formes, repart dans l’économie et, finalement, ne serait pas aussi désastreuse…
C’est un peu simpliste comme raisonnement : à ce moment, il n’y a qu’à doubler tous les salaires dans le secteur public, car l’argent sera dépensé et le pays gagne.  Non, un État doit dépenser de façon responsable et son niveau d’endettement doit être soutenable, au risque de mettre trop de pression sur les générations futures. 

La ligne officielle soutient que la dette est liée à des investissements dans des infrastructures indispensables et à ce titre, celles-ci sont bénéfiques à l’économie dans toutes ses composantes. Est-ce un argument qui tient la route ?
Oui, il est important de voir les raisons de notre endettement : tout projet d’envergure nationale et sur le long-terme justifie un endettement particulier, car les bénéfices s’inscrivent dans le temps et les générations futures en bénéficieront aussi.  Par contre, il faut à tout prix éviter de dépenser dans le « current expenditure » plus ce que l’État perçoit dans ses revenus annuels. Les gros projets routiers, le métro, l’aéroport et port sont nécessaires pour notre pays et nous devons les faire.

Nous avons du talent dans ce pays et les industries modernes  du digital, de la finance et de l’externalisation doivent être encouragées.»

Est-ce qu’une croissance qui stagnera toujours à moins de 4 % en 2019 donne-t-elle le reflet de l’état réel de notre économie ?
4 % n’est pas un mauvais taux de croissance quand on se compare aux pays autour de nous. Le contexte est défavorable avec une situation désastreuse dans la canne, un tourisme en retrait, une industrie de textile en crise. L’important est de trouver des moteurs de croissance et je pense que les services doivent devenir prioritaires. Nous avons du talent dans ce pays et les industries modernes  du digital, de la finance et de l’externalisation doivent être encouragées.

MCB Focus préconise une augmentation des allocations familiales, afin de relancer le taux de naissance, est-ce une solution parmi tant d’autres ?
C’est vrai que nous avons un problème démographique avec une population vieillissante et appelée à diminuer. Toute idée qui peut donner aux Mauriciens l’envie de faire plus d’enfants doit être encouragée. Les déductions fiscales en font partie, mais je pense que c’est surtout donner un sens d’espoir pour l’avenir qui fera plus.

Toujours, selon certains observateurs politico-économiques, la République de Maurice serait arrivée à un tournant où notre modèle économique doit être revu, comptes tenus des phases difficiles dans le textile, le sucre et le tourisme…
Ces trois secteurs sont des piliers de notre économie et ne peuvent être rayés d’un coup de crayon. Toute mesure d’accompagnement doit être encouragée pour ces secteurs. Notre modèle économique doit sans arrêt évoluer, avec une adaptation aux tendances mondiales. Par exemple, avec l’émergence des crypto-monnaies, nous avons besoin d’un cadre légal pour permettre aux opérateurs de ce nouveau secteur de choisir Maurice comme centre financier pour cela. L’année dernière, nous avons introduit des mesures en faveur des fintechs. Il faut continuer à se moderniser et rester ''ahead of the curve''.

Un certain nombre d’opérateurs - dans tous les secteurs - mettent l’accent sur la nécessité de relever les défis de la concurrence en augmentant la productivité, la flexibilité avec l’introduction du 24/7 et la réorientation du cursus des formations. Est-ce que ces arguments ont-ils les chances d’être bien reçues ?
Il s’agit-là des bases de la réussite : un pool de talent bien éduqué, former pour l’excellence, avant-gardiste, entrepreneur et flexible. Le taux de chômage parmi les jeunes est inquiétant et pas normal : je pense qu’il faut mieux guider ces jeunes à s’orienter vers les pôles de développement modernes.

Ernst & Young a fait une proposition « révolutionnaire’ », en faveur de la culture du cannabis à des fins thérapeutiques : comment d’abord y arriver, lorsqu’on associe le « gandia » à des drogues et quel serait le marché pour un tel produit ?
Oui je suis étonné du buzz que cette idée a créé : le cannabis a des vertus bien au-delà de ce qu’il est connu pour : les huiles sont mondialement reconnues pour leurs atouts thérapeutiques, pour soigner des maladies. Notre agriculture est malade et a besoin d'un  nouveau souffle : cette culture est une solution à haute valeur ajoutée. Ce serait regrettable de laisser passer ce train et voir d’autres pays en profiter.

Quelles sont les priorités que vous souhaitez voir émerger du Budget 2019-2020 ?
Ce Budget est à six mois des élections générales : il ne faut donc pas s’attendre à des mesures d’austérité. Je pense qu’on verra un certain nombre de mesures dites « populaires » pour inciter les électeurs à voter pour le gouvernement au pouvoir.  Ce serait normal. Mon souci est de bien s’assurer que de telles mesures soient digestes d’un point de vue 'affordability'.  Je m’attends à la continuité de l’orientation générale : encourager l’entrepreneuriat, faciliter les affaires, inciter les nouveaux secteurs de services et surtout inciter l’ouverture du pays pour attirer du talent et permettre au pays d’accélérer son développement.

La transition numérique, l’introduction de la robotique dans les usines et autres technologies nouvelles, sont souvent citées comme les axes indispensables dans l’économie nouvelle. Voyez-vous le pays prêt à franchir ce cap ?
Ce n’est pas un choix que nous avons, mais bien d’une obligation. Les technologies dans tous les secteurs arrivent à transformer les services, il s’agit de voir comment les services sont utilisés, les produits construits et seuls ceux qui veulent s’adapter à ces tendances vont réussir. Les autres disparaîtront.

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