Economie

Entrepreneuriat social : la course au financement

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Les ONG ont jusqu’à ce vendredi 31 août 2018 pour soumettre leurs projets à la National CSR Foundation, afin d’obtenir une assistance financière. Pour être éligible, il faut d’abord s’inscrire à l’institution. L’année dernière, l’organisme a approuvé 231 projets pour un montant d’environ Rs 200 millions.

Plus que deux jours pour soumettre son projet à la National CSR Foundation, l’organisme chargé d’allouer des fonds aux organisations non-gouvernementales pour mener à bien leurs divers projets. À ce jour, plus de 350 ONG se sont déjà enregistrées.

C’est en décembre 2016 que la National CSR Foundation fut créée, sous l’égide du ministère de l’Intégration sociale et de l’empowerment. Elle commença l’exercice d’enregistrement des ONG à partir de mars 2017 et fit son premier appel à projets un mois plus tard. Des 297 projets reçus, elle en a approuvé
231 et déboursé près de Rs 200 millions. Ces projets concernent 201 ONG et 252,128 bénéficiaires.

Les ONG s'adonnaient principalement au volontariat social pour soulager les démunis de la société.

Alors que, traditionnellement, les ONG s’adonnaient plutôt principalement au volontariat social pour soulager les démunis de la société et améliorer leurs conditions de vie, depuis peu, c’est l’entrepreneuriat social qui gagne du terrain, avec des projets innovants qui, non seulement ciblent les personnes vulnérables pour améliorer leur sort, mais aussi contribuent à la création d’emplois à différents niveaux et le renforcement de capacités des ONG tout en attirant davantage des jeunes vers le social. Aujourd’hui, les ONG doivent recruter les talents nécessaires pour pouvoir réaliser leurs projets. Elles doivent constamment acquérir de nouvelles compétences, mais le principal obstacle demeure le financement. Très peu d’organisations sociales ont la capacité de générer des revenus, donc elles dépendent sur les donations pour survivre.

Outre la National CSR Foundation, les autres sources de financements sont les compagnies qui leur versent leur contribution sociale (CSR), les organismes internationaux comme l’Agence Française de Développement (AFD) ou le Decentralisation Cooperation Programme (DCP) de l’Union Européenne.


Comment s’inscrire

Pour être éligible au financement de la NCSR Foundation, une ONG doit être au préalable enregistrée auprès de cette institution. Pour s’inscrire, il faut que l’ONG ait un statut légal (elle doit être officiellement enregistrée à la Registrar of Associations). Les ONG peuvent s’inscrire en ligne sur le site web de la Fondation.


Les mesures budgétaires

Le dernier Budget 2018-2019 n’a pas fait la part belle aux ONG. Parmi les quelques mesures, il y a l’annonce qu’à partir de janvier 2019, les compagnies doivent remettre 75 % de leurs fonds CSR à la National CSR Foundation (NCSR) et cette dernière sera l’autorité responsable pour allouer des fonds aux ONG. L’objectif de cette mesure est de renflouer la caisse de la NCSR, afin que plus d'ONG bénéficient. Le gouvernement veut aussi allouer des terrains aux ONG pour aménager des ‘shelters’ pour les chiens errants. Les ONG bénéficieront aussi du soutien du gouvernement pour augmenter le nombre de ‘shelters’ d’urgence pour venir en aide aux femmes et enfants vulnérables. À noter que les entreprises du secteur port franc continuent à être exemptées de la contribution sociale.


Les domaines d'intervention prioritaires

L’organisme a dressé dix domaines d’interventions prioritaires et les projets soumis doivent obligatoirement être en ligne avec une de ces priorités. Elles sont :

  • Le développement socio-économique comme moyen d’alléger la pauvreté.
  • Soutien pédagogique et formation.
  • Logement social.
  • Soutenir les personnes handicapées.
  • Faire face aux problèmes de santé.
  • Protection de la famille, y compris la violence sexiste.
  • Loisirs et sports.
  • Environnement et développement durable.
  • Paix et édification de la nation.
  • Sécurité routière.

Arvind Nilmadhub : «Les ONG peuvent réussir là où l’État échoue»

arvindL’économiste Arvind Nilmadhub est catégorique : les ONG peuvent contribuer énormément à l’économie. Selon lui, il faut donner plus de facilités et de fonds aux ONG, car les organisations non-gouvernementales ont la capacité de réussir là où l’État échoue.  « Les NGO sont des organismes flexibles, elles ne sont pas caractérisées par la bureaucratie et peuvent prendre des décisions rapidement. Cela augmente leur efficacité et leur permet de mener à bien des projets à moindre coût, comparés aux organismes publics », estime l’économiste. Il pense que les travailleurs sociaux au sein des ONG ont à cœur l’intérêt de leur organisation et ressentent un sentiment d’appartenance, ce qui leur encourage d’aller au-delà de leur capacité pour réussir.

Cependant, les ONG ne peuvent exercer ouvertement des activités génératrices de revenus, bien que beaucoup ait la capacité de le faire. « Le cadre légal approprié fait défaut. Pourtant, on peut encourager l’entrepreneuriat social à travers les ONG et créer des opportunités pour les jeunes. Ainsi, l’État peut déléguer certains services publics aux ONG. » Pour l’économiste, c’est une avenue à exploiter et un moyen de revaloriser les organismes sociaux. « Par exemple, on a vu comment récemment des gens ont dû faire la queue pendant des heures à l’hôpital pour qu’on prenne leurs mesures pour faire des prothèses médicales. Or, une ONG aurait mieux gérer cet exercice. »

Les activités des ONG

À Maurice, les ONG sont actives plus ou moins dans les domaines suivants : la lutte contre la pauvreté et les inégalités ; l’aide aux personnes vulnérables, malades, handicapées ou âgées ; la protection de l’environnement;  la sensibilisation sur les fléaux sociaux ; l’éducation et la formation ; l’émancipation des femmes ; la promotion des droits de l’homme, des consommateurs etc. et la promotion des arts et des cultures. Elles sont peu présentes dans les secteurs émergents comme l’informatique.


Gavin Ng : «Plus d’accent sur la conception de projets innovants»

gavinGavin Ng, analyste, est d’avis que beaucoup d’organisations non-gouvernementales sont très efficaces à gérer des projets, mais elles ne sont pas nécessairement capables de concevoir des projets innovants, faute de compétences ou de ressources. Selon lui, nous devrons trouver un mécanisme pour concevoir des projets utiles et ensuite les confier à des ONG, avec les fonds nécessaires. « Je pense qu’une ONG est plutôt capable d’implémenter un projet, mais il faut recourir à des spécialistes, par exemple des consultants économistes, pour concevoir des projets innovants et ensuite inviter les ONG à participer à l’implémentation. C’est une autre façon de valoriser la contribution des ONG et de rehausser le niveau socioéconomique. » Gavin Ng, qui est aussi très actif au sein de l’ONG DPI Mauritius, pense que le social peut aider à booster la croissance économique à travers une émancipation des ONG et une invitation aux jeunes à saisir les opportunités.