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Développement : les préoccupations des jeunes en 2019

Développement

Ils sont certes jeunes mais ils ne sont pas insensibles aux problèmes environnementaux, économiques et éducatifs. Rencontre avec des Mauriciens qui prennent le contre-pied de l’idée reçue selon laquelle les jeunes n’ont d’autres préoccupations que leur propre bien-être, les yeux rivés sur leurs tablettes ou smartphones.

Victoria Desvaux : «Fait-on ce qu’il faut pour protéger l’environnement ?»

victoriaTravaillant en freelance pour une entreprise, Victoria Desvaux plaide pour un environnement meilleur dans lequel chaque espèce pourrait évoluer de manière saine. Du haut de ses 23 ans, la jeune femme milite depuis plusieurs années en faveur de l’écologie. Elle estime que la sauvegarde de l’environnement et de ses ressources est une thématique qui préoccupe de plus en plus de jeunes. « Au cours de ces dernières années, on a pu constater une véritable prise de conscience de la part des jeunes sur le sujet. Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avertit qu’il ne nous reste que quelques années pour agir, je me demande si on en fait assez », indique-t-elle.

Victoria Desvaux explique qu’une agriculture dopée aux produits chimiques détruit les sols, alors que ceux-ci sont source de vie. Elle souligne que le plastique à usage unique qu’on utilise pour quelques minutes sera toujours sur Terre après notre passage. « On produit encore et encore, sans penser à l’impact qu’aura l’extraction de ces ressources sur l’écosystème », fait-elle observer.

La jeune femme estime qu’il faut agir et vite. « Il faut qu’on se serre les coudes. Je me demande en revanche si nous prendrons tous conscience à temps que nous faisons partie de cet écosystème et que sans ces ressources naturelles, nous ne pourrons pas vivre décemment. »


Bhomeshkumar Seetaram : «Il faut de nouvelles têtes sur la scène politique»

seetaramÀ 17 ans à peine, Bhomeshkumar Seetaram estime que le pays court à la catastrophe s’il continue ainsi sur le plan politique. Pour lui, le fait qu’un parti à lui seul cumule plusieurs mandats consécutifs n’est pas une chose qui peut contribuer au progrès du pays. « Nous sommes la prochaine génération. Nous avons beaucoup d’idées, mais nous ne sommes pas pris au sérieux. Il faut absolument de nouvelles têtes sur la scène politique. »

Bhomeshkumar Seetaram déplore le fait que souvent, des policiens passent leur temps à dire du mal de leurs adversaires, alors que la priorité est de penser à l’avancement du pays. « C’est une perte de temps, alors qu’il y a tant de problèmes à gérer. Je ne doute pas de la compétence du gouvernement actuel, car de multiples projets sont en cours. Mais nous devons veiller à ce que le pays ne s’endette pas outre mesure. Cela nuirait à l’économie. Ce sont les générations futures qui porteront ce fardeau. Nous devons examiner le solde du compte courant de notre pays et l’analyser plus attentivement. »

Bien qu’il dise saluer l’introduction du salaire minimum, le jeune homme craint que certains travailleurs soient licenciés et que les sans-emplois restent au chômage à mesure que les coûts de production d’une entreprise augmentent. « L’effet d’annonce est tel qu’on a tendance à oublier les conséquences de ces décisions sur la population. Idem pour les frais universitaires gratuits. Qu’en-t-il du niveau de l’éducation à Maurice ? » s’interroge-t-il.


Emmanuel Deschambeaux : «Ce qu’il faut à Maurice c’est un système pôle emploi»

emmanuelEmmanuel Deschambeaux dit s’inquiéter pour l’avenir des jeunes à Maurice. D’un côté, l’étudiant de 21 ans s’insurge contre « le gaspillage des fonds publics qui constitue un réel problème ». Il fait notamment référence au Metro Express, se posant des questions sur la rentabilité de ce projet pharaonique. De l’autre, il trouve alarmant le taux de chômage parmi les jeunes. « Sachant que les études supérieures sont pratiquement gratuites, il y aura encore plus de jeunes diplômés au chômage, vu la demande sur le marché. Comment va-t-on pallier ce problème ? »

Pour Emmanuel Deschambeaux, cette mesure n’est qu’un moyen « d’attirer les jeunes électeurs ». Ce qui aurait été plus judicieux, selon lui, est d’offrir des bourses à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer des études. Le jeune homme pense qu’il est temps de mettre en place un système pôle emploi, mais sans allocation de chômage.

S’il pense que le niveau économique à Maurice en 2019 sur le court terme est bien, il précise néanmoins qu’avec la dette publique qui augmente, ce sera problématique pour le long terme.


Kavya Saika : «Ce n’est qu’une question de temps avant que quelques îles disparaissent»

kavyaKavya Saikia, 21 ans, est une fervente défenseuse de la cause environnementale. Cette étudiante de l’université de Maurice dit avoir pris conscience de l’ampleur du problème à travers la 14th Conference of Youth (COY14). « Je me suis rendue compte à quel point la situation est grave. » 

Elle impute la faute à tout le monde. Les générations d’avant ont, selon elle, failli à leur tâche de chercher des alternatives pour ouvrir la voie à un développement plus écologique. La présente génération a développé la culture selon laquelle il y va de la responsabilité de quelqu’un d’autre de régler les dégâts qu’elle crée. « Voilà pourquoi on en est là. Il y a des problèmes tels que la pollution des sols et de l’eau ainsi que le réchauffement climatique. »

Selon elle, les conséquences du changement climatique sont très alarmantes, du fait que la biodiversité en est grandement affectée. « De plus, avec l’élévation du niveau de la mer, ce n’est qu’une question de temps avant que quelques îles disparaissent. Il y a certainement des mesures que les autorités ont prises, mais je pense qu’il faudrait une approche plus holistique et redoubler d’efforts pour réduire l’impact de ce phénomène », explique-t-elle. 

Kavya Saikia est d’avis qu’il suffit de quelques gestes simples pour y parvenir. Depuis la COY14, poursuit-elle, elle essaie de changer sa façon de vivre pour diminuer son empreinte carbone. « J’évite, par exemple, d’acheter des bouteilles ou des pailles en plastique. Je recycle. Je participe autant que possible à des campagnes de nettoyage. J’encourage d’autres à en faire de même par respect pour l’environnement. Nous devons nous assurer que nos descendants pourront un jour profiter de la nature. C’est notre héritage. On peut changer notre mentalité en diminuant notre consommation de plastique ou en ramassant nos déchets pour les recycler ou en faire du compost. Au niveau national, je pense qu’il faut encourager les campagnes de sensibilisation et de nettoyage mais aussi renforcer les lois existantes voire en faisant adopter d’autres qui soient plus sévères », conclut-elle.


Robbie Hurloll : «Le Nine-Year Schooling ne résout en rien le problème de notre système éducatif»

robbieRobbie Hurloll étudie à l’université de Maurice. Âgé de 23 ans, il relève plusieurs lacunes dans le système éducatif. « Nous avons un système basé sur une logique élitiste et concurrentielle, ce qui produit chaque année des recalés et des exclus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Environ 30 % à 40 % des enfants échouent à l’école primaire. Un élève sur trois qui entre au secondaire réussit à obtenir le School Certificate. Pire, moins de la moitié des élèves qui entrent au primaire terminent le secondaire. » Ce qui le pousse à se demander si « le Nine-Year Schooling est la solution pour une meilleure performance ».

S’il veut bien concevoir que la volonté y était peut-être au départ, il estime néanmoins que cette mesure ne résout en rien le problème de l’élitisme. Selon lui, elle ne fait que le repousser. « Les examens nationaux en Grade 9 produiront autant de recalés. Les pays scandinaves, tels que la Finlande ou le Danemark, n’ont pas d’examens. Il existe uniquement des évaluations. La Finlande a un High School Drop-out Rate de moins 1 %. Nous avons un système fondé sur la valeur des examens. Pourquoi ? Le système d’éducation mauricien produit des recalés, car cela lui procure de la main-d’œuvre bon marché. »

Notre interlocuteur avance que nous avons une économie qui a toujours été dépendante de la main-d’œuvre pas chère. « En même temps, elle renforce le fossé entre les riches et les pauvres. Elle maintient en quelque sorte les différentes classes sociales en place. La grande majorité provient de la classe moyenne. »

Par rapport à la mesure de cinq Credits requis au SC pour passer en Grade 12, il affirme que cette mesure va au détriment des jeunes, car elle produira encore plus de recalés. Que feront ces jeunes qui n’obtiennent pas les Credits requis ? Pour lui, il est temps que les jeunes s’approprient leur espace et quand celui-ci n’existe pas, ils doivent le créer afin de faire entendre leurs revendications.


Jonathan Arsène : «Il y a un manque de transmission de valeurs»

jonathanJonathan Arsène a œuvré dans le social pendant neuf ans. Il dit constater que depuis ces dernières années, les fléaux affectent tous les niveaux sociaux et économiques. « La société mauricienne connaît actuellement une évolution à différents niveaux. La famille mauricienne investit plus de son temps dans le travail pour pouvoir joindre les deux bouts. De ce fait, le temps qui aurait dû être consacré aux loisirs et aux sorties en famille est très limité. Bientôt avec le projet Metro Express, nous dirons boulot métro dodo… »

Le jeune homme constate un manque de transmission de valeurs. Selon lui, les jeunes consacrent beaucoup de temps aux réseaux sociaux. « On voit qu’ils sont influencés par ce qu’ils voient sur le net. Certains se renferment dans ce monde virtuel. Je pense qu’il faut d’abord créer un climat de confiance auprès des jeunes, c’est-à-dire, les encourager à s’intéresser à la politique de notre pays, car cela les concerne. Il faut créer plus d’espace de loisirs et d’activités, pas seulement pendant les vacances. »

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