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Débats - Ken Arian : «Nous ne bradons ni le passeport ni la citoyenneté»

Le Grand Journal de Radio Plus, le lundi 18 juin, animé par Gilbert Bablee et Patrick Hilbert, était axé sur les mesures et décisions du Budget 2018/2019. Octroi du passeport et de la nationalité contre paiement, baisse du prix de l’essence et du diesel. Ken Arian, conseiller principal au Bureau du Premier ministre, Pierre Dinan, économiste et Ken Poonoosamy, Deputy CEO à l’EDB ont exprimé leurs opinions.

Nationalité et passeport

Le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a annoncé deux plans sous la gestion de l’Economic Development Board pour attirer des personnes à valeur nette élevée. Si les critères sont remplis et après vérifications, l’investisseur bénéficie de la nationalité mauricienne contre une contribution non remboursable d’un million de dollars (Rs 34,4 millions) à un fonds souverain. Pour le conjoint et une personne à charge, ce sera 100 000 dollars (Rs 3,44 millions) par membre. Le second plan prévoit la délivrance d’un passeport mauricien contre une contribution de 500 000 dollars (Rs 17,2 millions) au fonds souverain et 50 000 dollars (Rs 1,72 million) pour les conjoints et personne à charge.

Ken Arian: « Ce n’est ni une vente du passeport ni de la citoyenneté mauricienne. Les politiciens doivent trouver des points pour casser un bon budget. Il ne s’agit pas de vendre une commodité (…) On ne peut crier au loup sans savoir les critères et les éléments qui seront considérés (…) Je fais confiance à nos institutions, aux professionnels, nous ne bradons pas quoi ce soit. Nous définirons un écosystème qui nous permettra d’intégrer la ligue des pays à revenus élevés. »

Pierre Dinan : « Ce mécanisme date de 1984, il a été introduit à St Kitts and Nevis. D’autres pays des Caraïbes en ont fait de même. Ces petits pays n’ont pas de ressources. Maurice n’en a pas beaucoup, mais dispose d’une zone économique exclusive de 2,3 M de km2.

« Recourir à ce système est à priori gênant. On n’explique malheureusement pas comment on y arrivera. Si le gouvernement va de l’avant, qu’il nous expose les conditions. Il faut une période probatoire. On ne devient pas, du jour au lendemain, un citoyen disposant du droit de vote. Il faut patienter. À Malte, la période est d’un an et à Singapour, deux ans. Il faut indiquer les conditions, sinon Maurice ressemblera aux pays des Caraïbes… » Et d’ajouter: « Si on réussit ce projet, il ne faut pas que cela soit la solution à tous nos problèmes. Nous devons faire attention. (…) Il faut aussi développer les industries d’exportation. »

Ken Poonoosamy: « On ne connaît certes pas les détails de cette mesure. C’est une annonce dans le Budget. Il faudra passer par des étapes, attendre le Finance Bill, l’examen de tous ses dispositifs pour savoir comment sera implémentée cette mesure, et quels seront les critères d’éligibilité. Y aura-t-il investissement et création d’emplois? La personne devra-t-elle prouver le montant de sa contribution à la nation mauricienne avant de se voir octroyer la nationalité ou un passeport ? Ce genre de plans existe ailleurs. Évidemment, nous prendrons pour référence Malte et Singapour qui ont un système bien rodé. Ce n’est pas la première fois qu’on accorde la nationalité. Entre 2005 et 2018, 378 personnes l’ont obtenue. Chaque année, 150 demandes sont soumises au Bureau du Premier ministre. Il faut dépassionner le débat. »

Il a précisé que nous vivons dans un monde globalisé. Ces individus à valeur nette élevée ne veulent pas forcément habiter à Maurice. Ils cherchent, entre autres, où leurs actifs seront les mieux gérés et là où il y a une stabilité économique. « Nous serons très prudents et vigilants, car le passeport mauricien donne accès à 130 pays. »

Ken Arian a fait ressortir qu’on devrait mettre davantage l’accent sur le fonds souverain, qui représentera un héritage pour les générations à venir. Si les 358 personnes naturalisées avaient contribué à ce fonds, nous aurions déjà une base réelle sur laquelle démarrer. Le fonds souverain ne sera pas lié au Consolidated Fund du Budget.

Produits pétroliers

Dans un geste de solidarité, Pravind Jugnauth a annoncé la baisse du prix de l’essence de Rs 2,35 (soit Rs 49,65) par litre et du prix du diesel (Rs 1,90) à Rs 40 le litre. La bonbonne de gaz ménager (12 kg) passe à Rs 240 (soit -Rs 30.)

Ken Arian soutient qu’on « ne peut vivre en autarcie ». Maurice importe beaucoup d’intrants, de carburants. « Le prix a grimpé sur le marché mondial à la suite des tensions géopolitiques. Les prévisions  tendaient vers une hausse inquiétante. Puis le cours du pétrole a commencé à chuter peu à peu. Le prix de l’essence et du diesel fluctue. Maurice ne fonctionne pas comme l’Inde ou les Seychelles qui ont des réajustements fréquents (…) Le prix se stabilise ou baisse un peu. »

Pierre Dinan: « Le gouvernement a été faiblard dans cette situation. J’ai étudié les deux communiqués de la State Trading Corporation. Entre le 15 mai et le 15 juin, le prix a augmenté. En dépit de tout cela, ils vont baisser les prix. Ensuite, au 15 mai, la contribution à l’Equalisation Account a été enlevée. Quand ce compte sera négatif, on ne pourra faire autrement que de le renflouer. Nous repoussons le problème plus loin. C’est une erreur de la part du gouvernement, il y a trop de subventions croisées. Utiliser le prix du fioul pour subventionner le prix du gaz, du riz et de la faine (…) Ce n’est pas transparent. »