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Cyclone Belal : les leçons à tirer du cafouillage de lundi dernier à Port-Louis 

Une scène chaotique qui donne froid au dos.

Cela a été une situation chaotique lundi dernier, avec Belal apportant d'abondantes pluies qui ont entraîné une montée soudaine des eaux dans plusieurs régions de l'île. Port-Louis a été le plus touchée. Quelles sont les leçons à tirer de ce qui s'est passé, sachant qu'avec le changement climatique, de tels événements seront récurrents ? 

L’ancien directeur de la station de Vacoas, Suresh Boodhoo, explique que c’est la deuxième fois que cela se produit mais « dans des circonstances différentes ». La première fois, dit-il, c'était en mars 2013, « il n'y avait pas de cyclone, mais nous avons eu des pluies torrentielles qui ont provoqué des accumulations d’eau. C'est le même scénario qui s'est répété lundi. Il est difficile d'affirmer qu'il n'y a aucune leçon à retenir, car des enseignements auraient dû être tirés de l'expérience précédente. Il y a eu des morts une première fois, et cette fois encore. L'heure est à l'action », dit-il. 

Plan d’ évacuation 

Suresh Boodhoo poursuit que, lors des grosses averses, des routes sont endommagées et des drains remplis. « Le minimum que nous aurions pu faire est de présenter un plan d’évacuation en amont, avant l'arrivée d'un cyclone », dit-il. À ses yeux, subir à nouveau des pertes humaines est déjà inacceptable.

Reboisement 

L’ancien directeur de la Météo poursuit que Port-Louis est la région la plus touchée durant les pluies torrentielles. Ces eaux, fréquemment troubles, proviennent des montagnes. « Il est impératif de lancer une campagne de reboisement afin de retenir le sol et de prévenir l'érosion. Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore mis en œuvre cette mesure, malgré l'écoulement du temps », dit-il. 

Canalisation

Il est également d'avis qu'en plus du projet de reboisement des versants des montagnes, la mise en place d'un système de canalisation de l'eau est nécessaire. « Il faut pouvoir diriger l'eau des montagnes vers d'autres endroits que le centre de Port-Louis. Cela est réalisable avec la technologie actuelle, les ressources disponibles et l'assistance de pays amis. Nous devons agir dans cette direction », soutient l’ancien directeur.

Drains

Suresh Boodhoo souligne qu'un autre problème réside dans le nombre considérable de constructions dans la capitale sans étude préalable. « Il y avait un ministre qui préconisait l'absence de drains au profit d'une nouvelle rivière. Bien que cela puisse être envisagé, il est essentiel d'avoir des drains plus larges qui ressemblent à des rivières, agissant comme une soupape de sécurité », précise-t-il.

Suresh Boodhoo souligne qu'un autre problème réside dans le fait qu'il y a eu de nombreuses constructions dans la capitale « sans une étude préalable ». Il mentionne qu'il y avait un ministre qui préconisait la création d'une nouvelle rivière au lieu de drains. « Bien que cette idée puisse être envisagée, il est nécessaire d'avoir des drains plus larges, semblables à des rivières, agissant comme des soupapes de sécurité. »

Moyens technologiques 

L’ancien directeur de la Météo pense que nous devons être mieux préparés. « À l'époque, avec les moyens dont nous disposions, nous parvenions à anticiper. Aujourd'hui, nous disposons d'un nouveau radar météorologique capable de calculer la vitesse des bandes pluvieuses en approche et l'intensité des précipitations. Il est impératif que la météorologie améliore ses capacités de prévision en exploitant pleinement toutes les technologies disponibles. Ce qui s'est passé est très triste, et chercher un bouc émissaire n'est pas la solution », déclare Suresh Boodhoo. 

Revoir les alertes 

Suresh Boodhoo revient également sur le nouveau système d’alerte. « Les techniciens avaient mis en place un système bien établi qui était efficace. Le système actuel est complexe, avec quatre niveaux d'avertissement, des avis de sécurité, etc., ce qui rend la terminologie difficile à comprendre. Cette complexité terminologique peut entraîner de la confusion et des décisions erronées. Il est essentiel de simplifier le système et d'améliorer la communication », soutient-il.

Table ronde  

Pour lui, la situation actuelle est à la fois triste et alarmante. « Les ingénieurs, les ministres concernés et autres autorités doivent se réunir. Une table ronde serait une occasion pour discuter du problème des inondations dans cette région particulière de Port-Louis. La participation de divers ingénieurs spécialisés est essentielle pour élaborer des solutions durables à ce phénomène récurrent », soutient Fouad Uteen.

Le Taxi Operators Welfare Fund vient en aide aux chauffeurs de taxi touchés

Le Taxi Operators Welfare Fund vient en aide aux chauffeurs de taxi dont les véhicules ont été endommagés par les récentes inondations liées au cyclone Belal.

Ils pourront obtenir une allocation de Rs 10 000 pour payer l'excédent sur leur assurance. Une aide financière de Rs 12,075, étalée sur trois mois, sera octroyée s’ils ne peuvent travailler.

Dans une déclaration à RadioPlus ce vendredi, 19 janvier, Parwez Nunnoo, président du Taxi Operators Welfare Fund, a également annoncé qu’un « loan » sans garantie et sans intérêt, avec un moratoire de six mois pourrait être octroyé aux taximen.

Les obstacles au fonctionnement du NEOC 

Le National Emergency Operations Command (NEOC), relevant du National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC), semble avoir été confronté à des défis majeurs en termes de gestion lors des événements survenus le lundi 15 janvier. 

Établi en vertu de la National Disaster Risk Reduction and Management Centre Act 2016, le NDRRMC a pour objectifs la prévention, la réduction des risques, l'atténuation des effets néfastes, la préparation, la réaction et la gestion post-catastrophe. 

Selon des sources anonymes, le NEOC aurait eu du mal à gérer efficacement la situation, soulevant des préoccupations quant à une possible paralysie due à une bureaucratie excessive. Conformément à la loi et au fonctionnement du NDRRMC, le NEOC devrait jouer un rôle central dans la planification, l'organisation, la coordination et le suivi des activités de gestion des risques de catastrophes à tous les niveaux. 

Le NEOC, activé lorsqu'une catastrophe est imminente, est censé être multi-agences, impliquant des représentants de divers ministères, services d'urgence, ONG et secteur privé. Toutefois, des critiques anonymes suggèrent que la lourdeur bureaucratique entrave son bon fonctionnement. Certains membres du NEOC estiment que les opinions des techniciens qualifiés sont parfois négligées, peut-être en raison de la crainte de contredire les autorités. 

La réponse "I'll see to it" est souvent perçue comme un manque de considération pour leurs recommandations. En plus du NEOC, le National Crisis Committee (NCC) joue également un rôle crucial, présidé par le ministre des Collectivités locales et de la gestion des catastrophes. 

Cependant, les critiques internes soulignent la difficulté de son fonctionnement en présence d'une bureaucratie excessive. 

Sunil Dowarkasing, ancien stratège de Greenpeace, souligne également que nous n'avons pas tiré de leçons depuis 2013. « Nous avons fait face à des situations similaires, mais sommes restés inactifs ou avons adopté des solutions inappropriées. Il est impératif de prendre conscience que nous faisons face à un changement climatique. Nous sommes déjà plongés dans une crise climatique, caractérisée par des records de chaleur sans précédent, notamment en 2023 », met-il en avant.

Crise climatique 

Il poursuit que l’année 2023 a cassé tous les records en termes de réchauffement planétaire. « Pendant 174 ans, il y a eu un réchauffement constant, mais en octobre 2023, nous avons enregistré le mois le plus chaud de tous les temps. La température en octobre n’avait pas atteint de tels niveaux au cours des dernières années. La situation actuelle indique clairement que nous sommes en crise climatique », explique ce dernier. Sunil Dowarkasing ajoute que la température a augmenté de manière constante pendant huit mois en 2023. Et sur une période de 86 jours, la température a dépassé la limite de 1,5 % fixée au niveau mondial. 

« Maurice, avec une augmentation de 1,3 °C, est au-dessus de la moyenne mondiale. La mer, en particulier dans la région sud-ouest de l’océan Indien, est la principale cause de cette situation. Nous nous trouvons dans une région où la mer se réchauffe de manière intense, créant un environnement propice à des événements extrêmes », précise-t-il. 

Adaptation 

L’environnementaliste estime qu’il est capital de se préparer et de s’adapter. « Les cyclones peuvent maintenant se développer en 24 heures au lieu de trois à quatre jours, et nous devons comprendre les mécanismes de ce qui se passe dans l’océan. Les impacts seront nombreux et Maurice doit être prêt à s’adapter à ces changements. Il est utile de mettre en place des structures capables de s’adapter au changement climatique. » Il existe de nombreuses techniques et technologies. 

Les petits États insulaires en développement renforcent leur capacité d’adaptation. Il poursuit que Maurice est particulièrement vulnérable, avec des endroits exposés aux risques. Le pays doit investir dans une infrastructure résiliente et prendre des mesures pour résoudre les problèmes liés aux infrastructures. 

« Le rapport World Risk 2023 note que nous manquons de compétences d’adaptation, avec seulement 45,4 %. C’est une situation très préoccupante. Le diagnostic de l'habileté de gestion des risques de catastrophe en 2020, commandité par les Nations unies, a montré que Maurice n’est pas capable de régler des problèmes de cette envergure », déplore notre interlocuteur. 

Formation 

Il indique qu’il faut augmenter notre potentiel d’adaptation. « Il faut investir dans la formation, la sensibilisation et acquérir des connaissances externes. Les projets de captage d’eau, les barrières côtières et d’autres interventions holistiques doivent être envisagés pour faire face aux inondations de manière plus efficace. Il est urgent d’agir pour empêcher l’eau de descendre des montagnes, en mettant en place des systèmes de captage tout au long des montagnes », recommande l’expert. 

Il cite aussi le cas des personnes qui habitent dans des zones telles que Port-Louis, l’est et l’ouest. Les habitations en sandwiches entre les montagnes et la mer sont doublement touchées, avec les montagnes qui déversent de l’eau vers le bas. Ce qui nécessite des actions technologiques immédiates et une adaptation urgente. 

Pour sa part, le Senior Lecturer en Ocean Sciences à l’Université de Maurice, Nadeem Nazurally, est d’avis qu’il est important de reconnaître que le changement climatique est réel. Et l’activité humaine y contribue de manière significative. « Les conséquences de ces changements climatiques sont déjà perceptibles, et la situation risque de s’aggraver. La dégradation de notre environnement au fil des années est évidente, et nous subissons les résultats de cette dégradation », explique-t-il. 

Urbanisation 

Nadeem Nazurally ajoute qu’il n’y a aucun doute que l’urbanisation non planifiée entraîne la disparition des zones humides naturelles qui, autrefois, absorbaient les excès d’eau pendant les fortes pluies. Cette situation a conduit à des inondations plus fréquentes et plus graves. 

Interconnexion des drains 

Le Senior lecturer poursuit que de nombreux drains ne sont pas interconnectés de manière appropriée. « Il est essentiel de revoir la stratégie des drains. Ils doivent être conçus de manière à évacuer l’eau efficacement et être connectés les uns aux autres. Les zones humides artificielles peuvent aussi jouer un rôle essentiel dans l’atténuation des impacts négatifs des inondations », avance-t-il. 

Manque d’entretien 

Pour sa part, Foaud Uteen, ingénieur, explique qu’il est crucial de ne pas oublier l’inondation subite de Port-Louis, il y a dix ans, qui avait coûté la vie à dix personnes. 

« Ce qui s’est passé le lundi 15 janvier 2024 est une répétition tragique de la situation de 2013. Cette région est clairement à risque, avec des drains recevant de l’eau depuis les faubourgs de Port-Louis et les montagnes avant de la déverser dans la mer. Les problèmes au niveau de l’infrastructure persistent en raison du manque d’entretien pendant une longue période. Il y a aussi eu la construction de nouveaux bâtiments commerciaux et des ajouts sur la chaussée », mentionne Fouad Uteen. 

Il souligne que l’urbanisation sans planification adéquate et sans considération pour l’évacuation de l’eau a conduit à des inondations fréquentes. « Les bâtiments sont construits les uns sur les autres sans prendre en compte les principes d’urbanisme et sans anticiper les conséquences des inondations. Le refoulement de l’eau a provoqué des dégâts considérables. » soutient-il. 

Pollution 

Nadeem Nazurally cite l’exemple des déchets de la mer qui ont été ramenés à terre comme au Caudan Waterfront. « La pollution de notre environnement, la construction non planifiée, la fermeture des zones humides naturelles (wetlands), et la mauvaise planification des constructions contribuent également aux problèmes actuels. La mentalité de certaines personnes qui jettent leurs déchets partout, y compris dans les rivières et les mers, aggrave encore la situation », fait observer le Senior lecturer. 

 

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