Débat

Conférence à l’Université de Maurice : unité et diversité sont-elles compatibles ?

Quel est le sens de l’expression « unité dans la diversité », quelles sont les fonctions des religions et des langues à Maurice ? Les participants à la conférence internationale Mauritius After 50 years of Independence se sont penchés sur la notion d’identité, lors de la deuxième session, jeudi.

Le coup d’envoi à la première session de ce deuxième round a été marqué par un brillant exposé du Professeur Francis Nyamnjoh, de l’université de Cape Town. Ce dernier a abordé la problématique de la mobilité citoyenne, la définition de ce terme demeurant elle-même nébuleuse. Le conférencier s’appuie sur l’exemple africain qu’il décrit ainsi : « The idea of a citizen as an autonomous, rights bearing individual who enjoys total freedom of rational choice in a legal and political sense and who is answerable to none other than the constitution as supreme law of the land protected by a minimalist enabler-state, sits uncomfortably with an Africa caught between and betwixt corrupted cultural traditions and a blighted modernity. »

Cette réflexion pose la pertinente question de l’impact de la mondialisation sur les cultures indigènes et la modification qu’elle apporte à leur mode de vie: « Sommes-nous devenus les uns pareils aux autres ou plus différents ? , se demande le Professeur Thomas Eriksen, et (à Maurice) sur quel mot mettons-nous l’accent : l’unité ou la diversité ? »

Car c’est bien la véritable interrogation : peut-on vivre nos différences tout en ayant à l’esprit la nécessité d’une attitude visant à l’unité ? À Maurice, cette question est, par intermittence, posée à chaque fois que le fait religieux fait irruption dans l’espace public. La religion participe-t-elle à l’édification de l’État, à son affirmation, à la cohésion sociale et au dialogue intercommunautaire, tous indispensables à l’harmonie sous-tendant le développement économique ? Hier, à Réduit, par manque de temps, la réponse à cette problématique n’a pas pu être affinée.

L’affluence au Maha Shivaratri ‘Fun’ ou affirmation identitaire

Enseignante à l’Aarhus University, au Danemark, le Dr Marianne Qvortrup Fibiger s’est interrogée sur le succès d’affluence que rencontre le pèlerinage à Grand-Bassin, à l’occasion de la fête Maha Shivaratri. Une des observations auxquelles elle a abouti est que cette affluence correspond à un certain abandon des shivalas ou autres lieux traditionnels de prières. « On remarque aussi un certain ‘fun’ chez les jeunes pèlerins et aussi, une liberté de décorations des kanwars qui peut être perçue comme du ‘show-off’.» Il n’est pas exclu que cette affluence, où les jeunes sont nombreux, soit un signe d’appartenance identitaire, dit-elle.

De l’avis d’une intervenante, le succès d’affluence durant ce pèlerinage est à rapprocher avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, partisan d’une conscience hindoue (hindutva) exclusive et à un calcul géopolitique dont l’élément plus visible est la mise à la disposition par l’État mauricien d’Agalega, au gouvernement Modi, qualifié de droite par l’intervenante.

Marianne Qvortrup Fibiger fait aussi remarquer que le Ganga Talao s’est ouvert à d’autres cultures en intégrant le bouddhisme et le jainisme, avec la présence des statues du Bouddha et de Mahavira. La conférencière explique qu’à aucun endroit en Inde, pas même au Bengale, le Maha Shivaratri n’a l’ampleur qu’il atteint à Maurice. Elle explique cela par le fait que l’hindouisme représente la ‘leading culture’ à Maurice.

Fiona Grant :Le groupe social est-il ‘protecteur’ ?

Le Dr Fiona Grant, enseignante à l’Institut Charles Telfair, fait ressortir que l’appartenance à un groupe social correspond aussi à une certaine incertitude éprouvée par ses membres et dont le groupe en serait le « protecteur ». Le groupe social sert aussi de levier de promotion, selon la terminologie bordieusienne relative au capital social. Car le groupe propose une structuration du monde. Le Dr Fiona Grant explique avoir recueilli deux données sur la question à partir des expériences auprès des adolescents de tous les groupes d’âge.

« Tous les jeunes s’affirment comme Mauriciens, lorsqu’on en vient à la notion d’unité et se définissent aussi comme différents. Ces différences font partie de nous, Mauriciens. » Cette même dualité se retrouve dans l’exposé du Dr Caroline Ng Tseung-Wong qui cite l’identité ethnique et l’identité nationale.

Pour elle, la diversité se reflète notamment dans la présence des films de Hollywood et de Bollywood à Maurice.Quant à la réputation de « paradis » attribuée par les touristes à Maurice, celle-ci s’affirme plutôt dans la tolérance et l’acceptation de toutes les religions.

Le kreol au Parlement : une raison d’espérer

Le professeur Arnaud Carpooran, se référant à une question du député Alan Ganoo posée au Premier ministre, Pravind Jugnauth, à l’Assemblée nationale, sur l’introduction de la langue kreol au Parlement, s’est montré optimiste par rapport à la position de ce dernier, plus ouvert que son père, sir Anerood Jugnauth, lequel avait balayé d’un revers de la main cette question. Il s’est aussi appesanti sur le caractère polysémique du terme nation qui, dans le contexte mauricien, signifie aussi un Créole afro-malgache ou l’appartenance à une caste.

Tour à tour, le Dr Yannick Bosquet et le Professeur Vinesh Hookoomsing se sont exprimés sur l’évolution de la langue kreol, ce dernier soulignant qu’en 1947, à la faveur d’un Order in Council, les locuteurs de celle-ci avaient obtenu le droit de vote.

Le bhojpuri : une langue à part entière

Le plaidoyer de Geerjanand Bissessur, enseignant au Mahatma Gandhi Institute, en faveur du bhojpuri, a aussi été un moment fort de cette conférence, quand l’intervenant a mis l’accent sur la même omerta qui frappait le kreol et le bhojpuri. « Certains se sont opposés à la reconnaissance du bhojpuri, en faisant valoir que l’hindi était déjà enseignée dans nos écoles. » Citant un article d’un quotidien du matin, qui chiffrait la ‘clientèle’ du bhojpuri pour affirmer que cette langue ne méritait pas d’être enseignée dans nos écoles, Geerjanand Bissessur a indiqué qu’aucune statistique n’est disponible pour accréditer cette affirmation.

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