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Cherté des prix : ces Mauriciens qui cultivent leurs légumes 

L’Agri-Hub permet aux bénéficiaires de récolter des légumes pour leur propre consommation.

Face aux aléas climatiques et à la hausse constante des coûts des semences et des engrais, les prix de certains légumes comme la pomme d’amour, la carotte et le piment ont grimpé de 200 %. Une augmentation qui n’affecte pas vraiment ceux qui produisent eux-mêmes leurs légumes, car certains peuvent faire faire des économies de Rs 200 par semaine. Témoignages ! 

Damree Gulshan cultive ses propres légumes. Il économise, ainsi, Rs 200 chaque semaine. Cet habitant de Flacq, relate son aventure. « J’ai profité du confinement pendant la pandémie pour cultiver mes propres légumes. Depuis le premier confinement, je me suis lancé à fond dans la culture d’herbes fines, de laitues et de brèdes dans notre arrière-cour. Ce sont des produits qu’on consomme régulièrement ». Avec les prix des légumes qui augmentent, notre interlocuteur conseille aux gens de planter chez eux pour assurer la sécurité alimentaire et faire des économies. C’est aussi une activité qui nous permet de rester en forme, dit-il. 
Suttyhudeo Tengur, directeur de l'Association pour la protection de l'environnement et des consommateurs (APEC), observe que depuis l’éclatement de la pandémie en 2020, les consommateurs sont soucieux de leur santé. Ils pratiquent le jardinage à la maison. « C'est une bonne chose. C’est aussi plus rentable et économique, car les prix des légumes augmentent de jour en jour. En produisant ses propres légumes à la maison, une famille peut économiser Rs 1 500. De plus, cela aide une famille à être autonome durant la période de crise », soutient-il. 

En effet, qui dit culture de légumes chez soi dit économie. Il est plus avantageux pour le consommateur de cultiver ses propres légumes, surtout que le climat actuel est propice à la culture. Kreepaloo Sunghoon, porte-parole de la Small Planters Association, cite l’exemple d’une personne qui cultive des brèdes, des laitues et des herbes fines à la maison. Selon lui, elle peut facilement faire des économies d’environ Rs 800 par mois. Et l'argent économisé pourrait être utilisé ailleurs pour acheter d'autres denrées alimentaires au supermarché, dit-il. 

Yajasingh Serwan, de La Marie Vacoas, qui cultive lui aussi ses légumes et des champignons pour sa propre consommation, abonde dans le même sens. Il parle d’une économie d’environ Rs 200 sur les herbes fines. 

De son côté, Marie Josée cultive des légumes dans l’Agri-Hub, un jardin communautaire, à Ferney. Elle fait valoir que « la récolte se fait une fois par semaine et cela m'aide à fournir des légumes bio frais aux quatre membres de ma famille. Au lieu d’aller au marché et d’acheter des légumes chers, je préfère cultiver mes légumes. Cela m’aide à faire des économies », affirme-t-elle. De plus, avance-t-elle, contrairement à d’autres types de culture, elle n’utilise pas de fertilisants chimiques ou de pesticides. 

De même, Damree Gulshan a opté pour la culture biologique. Il a suivi des formations gratuites chez F.A.L.C.O.N Association pour avoir des connaissances sur l’agriculture. D’ailleurs, il prépare son compost en mélangeant de la bouse de vache et du thé. 

Quant à Yajasingh Serwan, il pense qu’on peut aller plus loin pour soutenir le secteur. « Il est impératif d'utiliser de nouvelles méthodes d'agriculture pour assurer la sécurité alimentaire. La biotechnologie et l'aquaponie peuvent augmenter les rendements des cultures », conclut-il.


Sandy Monrose

Sandy Monrose, travailleuse sociale : « L’Agri-Hub permet aux bénéficiaires de récolter des légumes pour leur propre consommation »

Face aux chocs économiques et aux inégalités, Sandy Monrose, travailleuse sociale à Cité La Chaux, pense qu’il faut sensibiliser et inciter les consommateurs à cultiver leurs propres légumes. Cela, pour leur permettre de mener une vie saine. « La pandémie de Covid-19 et l’échouement du Wakashio ont eu un impact colossal sur les Mauriciens. Afin de subvenir aux besoins de leur famille, une dizaine de femmes se sont regroupées pour cultiver des légumes dans l’Agri-Hub à Ferney, avec le soutien de plusieurs collaborateurs. Ce projet porte ses fruits », se réjouit-elle. Sandy Monrose fait ressortir que l'objectif de ce projet est de promouvoir l'entrepreneuriat et assurer la sécurité alimentaire des habitants de la région et des communautés avoisinantes. En outre, ce projet permet aux bénéficiaires de récolter des légumes pour leur propre consommation. Par ailleurs, la vente du surplus est aussi un moyen de générer des revenus, fait-elle ressortir. Sandy Monrose encourage ainsi d’autres femmes à s’y mettre.

Ces solutions pour renforcer la sécurité alimentaire 

L’agronome Éric Mangar est d’avis que la sécurité alimentaire revient sur le devant de la scène, suite à la hausse des prix des légumes. Nous en payons le prix fort aujourd’hui. Selon l’agronome, il ne suffit pas de colmater les brèches. En revanche, il faut réduire les dépendances sur l’importation. Pour atteindre cet objectif, il faut instaurer le School Back-Gardening dans les écoles pour que les enfants puissent apprendre le jardinage et la production de légumes dès leur plus jeune âge. « Grâce à l’enseignement agricole dans les écoles, des jeunes pourront aisément intégrer ce secteur d’avenir pour pallier le manque de main-d’œuvre », insiste-t-il. 

La Small Planters Association (SPA) tire la sonnette d’alarme. Selon un porte-parole, il y a fort à craindre d’une éventuelle pénurie de denrées alimentaires. D’où l’importance de revoir immédiatement les stratégies de l’agro-industrie et de promouvoir la sécurité alimentaire pour que l’offre s’adapte mieux à la demande à long terme. Pour garantir un approvisionnement suffisant en denrées alimentaires, Daya Goburdhun, Associate Professor (Food Science & Technology) de l'Université de Maurice, conseille aux producteurs d’adopter de bonnes pratiques agricoles. Elle cite, comme exemple, la culture d’arbres fruitiers sur les flancs des montagnes, au bord des rivières ou chez soi. Elle juge important d'exploiter les nouvelles technologies de production à grande échelle, comme le 'vertical farming'.

L’avis est partagé par le Dr Roshini Brizmohun-Gopaul, Senior Lecturer de l'Université de Maurice. « Il existe aujourd'hui des techniques et des idées intéressantes de jardinage à domicile, en particulier pour ceux qui disposent d'un espace limité. En l’occurrence, le jardinage sur les toits, les techniques du film nutritif, les petits kits hydroponiques pour les cultures de salades et autres légumes, les paniers d'herbes suspendus, les plates-bandes surélevées, le treillage pour les plantes grimpantes (fruits de la passion, cucurbitacées) et bien d'autres. »


L’agriculture biologique gagne de plus en plus du terrain

Plus qu’un modèle de production, l’agriculture biologique peut assurer la sécurité alimentaire dans le contexte actuel. Néanmoins, les jardiniers amateurs sont encore réticents à passer au vert, en raison des coûts de production élevés, se désole Éric Mangar. Il réitère son appel aux autorités d’accorder des plans d’aide pour encourager les familles à produire leurs propres légumes. 

Éric Mangar, qui est aussi le porte-parole du Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA), fait remarquer que les avancées dans le secteur agricole n’ont pas été spectaculaires durant ces dernières années. Cela, puisque plusieurs foyers peinent à joindre les deux bouts. Il ajoute que dans des conditions aussi difficiles, la production locale n'a jamais été aussi primordiale. Car grâce aux jardins communautaires ou au ‘backyard gardening’, les Mauriciens pourront économiser de l'argent au lieu d'acheter des légumes à des prix plus élevés sur le marché.

Sanjay Mungur, Chief Executive Officer (CEO) d’Empretec Mauritius, partage le même avis. Il est convaincu que la culture bio et l’Agritech peuvent aider les Mauriciens à économiser de l'argent et à optimiser le rendement de leur récolte durant les changements climatiques. Notre interlocuteur juge également impératif de favoriser la recherche et l’entrepreneuriat dans le secteur agricole. Il considère que l’agriculture est indispensable pour l’économie. « Accompagner cette filière, de la production à l’alimentation, est un défi de taille. Les ‘stakeholders’ doivent apporter des solutions concrètes et innovantes pour dynamiser ce secteur. L’incubateur agricole, par exemple, est un créneau porteur pour les jeunes », argue-t-il. 

De son côté, Olivier Fanfan, coordinateur d’Island Bio, ajoute qu’il faut créer des jardins communautaires dans différents endroits. Cela, en vue d’encourager le développement durable et écologique en montant des jardins organiques pour rendre plus accessible l'alimentation bio aux consommateurs. Les légumes bio assureront non seulement une bonne santé aux consommateurs, mais en même temps, ils renforceront la sécurité alimentaire de la population en cette période de crise. 

Olivier Fanfan souligne que le jardin communautaire est un lieu d’enseignement pour apprendre et partager des nouvelles techniques de production. Le travail en équipe aide les agriculteurs à tisser des liens. 
Pour sa part, Renuka Jacquette, Community Investment Manager chez Absa Bank Mauritius, ajoute qu’avec la Covid-19 et la marée noire du Wakashio, de nombreuses personnes ont dû faire face à des contraintes financières. C’est dans cette optique que la banque a mis au point le projet de poules pondeuses et de jardinage biologique dans les régions du Sud-Est ainsi que dans d'autres localités. 

Pour l’ « Egg & Hen project », le MAA a distribué des cages métalliques, cinq poules pondeuses par famille et des vitamines et aliments aux bénéficiaires de ce projet. Par conséquent, ces familles ont acquis une certaine indépendance. En élevant et en vendant des poules, elles ont pu avoir une source de revenus. Le nombre de bénéficiaires s’élève à 495. 

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