Catastrophes naturelles : Maurice particulièrement vulnérable

Par Adila Mohit-Saroar O commentaire
Catastrophes naturelles

Ces derniers temps, les Mauriciens ont été témoins de plusieurs catastrophes naturelles : cyclones, pluies torrentielles, « flashfloods », orages, éclairs et faible secousse à quelque 100 km de l’île. Analyse des risques encourus.

Maurice est, sans aucun doute, très vulnérable aux catastrophes naturelles. Le pays est classé 7e au monde parmi les pays les plus exposés, selon le World Risk Report de 2016. Si depuis toujours, le pays est habitué aux cyclones, désormais d’autres phénomènes le guettent. Les tsunamis, les risques sismiques et volcaniques, entre autres. La morphologie du territoire et sa situation géographique rendent l’île vulnérable aux catastrophes naturelles. Avec le changement climatique, ces phénomènes pourraient la toucher davantage.

Subiraj Sok Appadu, ancien directeur de la station météorologique de Vacoas, explique que le changement climatique est à l’origine des catastrophes naturelles. « Le changement climatique nous influence. Par exemple, les cyclones sont plus intenses. Et la météo a prédit des conditions météorologiques extrêmes », explique-t-il.

Il précise qu’il y a des catastrophes naturelles liées à la météo et d’autres à des activités volcaniques, citant les tremblements de terre.

Après les récentes pluies qui ont provoqué des accumulations d’eau et des glissements de terrain et la foudre, le pays a ressenti une faible secousse sismique. Cela est dû au mouvement des plaques tectoniques.

La responsable de l’observatoire volcanologique du Piton-de-la-Fournaise, Aline Peltier, volcanologue, soutient que cela n’est pas forcément inquiétant. « On enregistre souvent ce genre de secousse dans la région l’océan Indien et elles sont de faible magnitude », poursuit-elle.

De son côté, l’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoo explique que Rodrigues est proche de la zone des plaques africaines et australiennes, et que des secousses y ont été ressenties dans le passé.

« Il n’y a pas un endroit sur Terre qui soit protégé. Maurice n’échappe pas à la règle, surtout qu’il y a des activités volcaniques sous-marines », avance-t-il.

Par ailleurs, il indique qu’on a tendance à oublier que les cyclones sont de réelles menaces pour Maurice et qu’il ne faut pas les banaliser. « Fantala, avec des vents de 300 km/h, est le signe que les cyclones se renforcent et qu’il faut prendre en considération les risques qui y sont associés », estime-t-il. Selon lui, les constructions, durant la dernière décennie, n’ont pas pris en compte les risques cycloniques.

Inondations

En ce qui concerne les inondations, Vassen Kauppaymuthoo est d’avis que les pluies sont de plus en plus de forte intensité et surtout localisées. Elles provoquent des accumulations d’eau qui peuvent s’avérer dangereuses.

« Nous ne sommes pas préparés pour les pluies torrentielles et nous n’avons pas de système adéquat pour l’évacuation de l’eau de pluie », fait-il observer.

Idem pour les orages et les éclairs. Les dernières semaines, la foudre est tombée sur des maisons et même sur des personnes. Encore une fois, il déplore que les risques liés à la foudre soient oubliés. « Peu de bâtiments sont dotés de paratonnerre. Son absence peut mettre en danger la vie humaine », explique-t-il.

Pour Vassen Kauppaymuthoo, les tsunamis représentent aussi une menace et Maurice n’est pas à l’abri. « De grosses vagues peuvent venir du pôle Sud ou encore être provoquées par un volcan. Si c’est de l’Indonésie, nous aurons sept heures pour nous préparer et réagir, mais si c’est de La Réunion, ce n’est que sept minutes. Il n’y a même pas de routes indiquées pour évacuer la population », indique l’océanographe.

Les risques volcaniques sont bel et bien présents également. « Nous ne pouvons pas les ignorer, même si les dernières irruptions datent de 1 000 à 12 000 ans. Un volcan ne peut être déclaré éteint avant 100 000 ans », souligne l’ingénieur en environnement.

Face à tous ces phénomènes pouvant représenter un danger pour Maurice, Vassen Kauppaymuthoo est d’avis que l’éducation de la population est importante pour être paré à toute éventualité.


William Yeck, Research Geophysicist pour l’US Geological Survey : « Les risques sont relativement faibles »

William Yeck, Research Geophysicist pour l’US Geological Survey (USGS), revient sur la faible secousse sismique ressentie et il en explique les causes. Selon lui, Maurice est à l’abri d’un tremblement de terre de forte magnitude.

Quelles sont les causes des tremblements de terre ?
Les tremblements de terre se produisent quand il y a une faille résultant des contraintes qui s’accumulent dans la terre. C’est plus commun aux limites des plaques, là où deux plaques tectoniques interagissent. Mais les tremblements de terre peuvent se produire presque n’importe où. En raison des contraintes imposées à la terre dans les régions volcaniques, les tremblements peuvent également être plus fréquents près des volcans. Mais typiquement, ces tremblements de terre n’atteignent pas la même taille que les séismes liés aux plaques.

Quelle est la situation dans la région de l’océan Indien ?
Les séismes importants sont assez rares près de l’île Maurice, de sorte que le risque de tremblement de terre dans la région est relativement faible. Il y a eu un tremblement de terre de magnitude 5,3 près de la Réunion en avril 2007, et des tremblements de terre peuvent se produire partout. D’où le fait que la préparation pour gérer ce phénomène est toujours importante.

Quels sont les risques pour Maurice après la secousse de magnitude 4 ?
Selon les rapports de l’USGS, ceux qui étaient les plus proches du phénomène ont ressenti un tremblement de faible intensité. Il n’y a eu aucun dommage. Le tremblement de terre était relativement peu profond, ce qui signifie qu’il est peu susceptible d’être ressenti par rapport à un tremblement de terre plus profond.