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Annette Ebsen Treebhoobun de Pils : «Le dépistage est un moyen de prévention»

Annette Ebsen Treebhoobun, directrice de Pils.

Tester jusqu’à 150 personnes par mois. Tel est l’objectif que s’est fixé le ministère de la Santé à travers le projet pilote lancé à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo pour le dépistage du VIH/sida. Pour la directrice de Pils, le dépistage est un moyen de prévention.

Le ministère de la Santé veut se lancer dans le dépistage d’un plus grand nombre de personnes pour le VIH/sida à Maurice. Il prépare actuellement une politique de dépistage du VIH en collaboration de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

L’organisation non gouvernementale (ONG) Prévention, information, lutte contre le sida (Pils) accueille cette initiative. Elle espère que le projet sera étendu à tous les hôpitaux régionaux de l’île. « Le dépistage est aussi un moyen de prévention. Il permet de proposer des traitements précoces si la personne est testée positive. Cela réduit en même temps considérablement les complications et limite la transmission », explique la nouvelle directrice de l’ONG, Annette Ebsen Treebhoobun.

Selon elle, il faut renforcer les stratégies de dépistage afin de toucher un plus grand nombre de personnes. « Nous sommes face à une épidémie généralisée. Pour être efficace, le dépistage doit s’accompagner d’un programme de communication pédagogique et de prévention reposant sur des messages adaptés et clairs tenant en compte l’âge et le niveau d’exposition, entre autres », soutient-elle. 

Pour la directrice de Pils, le dépistage doit aussi s’accompagner d’une meilleure qualité de prise en charge, car, seul, il n’est pas efficace pour faire reculer l’épidémie et atteindre l’objectif 90-90-90 de l’ONUSIDA.   Annette Ebsen Treebhoobun ajoute que la communication des chiffres par le ministère de la Santé concernant l’évolution du VIH/sida est « nécessaire » afin que les Mauriciens puissent prendre conscience que la maladie existe et que personne n’est à l’abri. « Pour les acteurs de la lutte, comme Pils et ses partenaires (CUT, AILES), il est important d’avoir accès aux chiffres mis à jour régulièrement afin de pouvoir adapter nos programmes et campagnes à une épidémie qui évolue rapidement », fait-elle ressortir.  Pour la directrice de Pils, les chiffres démontrent que le VIH gagne du terrain chez les 15-24 ans et c’est très révélateur. « Il faut mieux communiquer et dépister », soutient-elle.

VIH/sida : 150 nouveaux cas de janvier à juin 2020

150 cas de VIH/sida ont été dépistés pour la période janvier/juin 2020 par le laboratoire de virologie de Candos contre 196 pour la même période en 2019. Mais le nombre de tests durant cette année a été bien inférieur en raison de la Covid-19. 47 299 tests ont été effectués de janvier à juin 2019 contre 37 042 cette année pour la même période. Ce qui indique une baisse de 22 %. Cependant, le pourcentage de cas positifs est le même pour les deux années, soit 0,44 %. La moyenne enregistrée cette année est de 25 cas de janvier à juin contre 32,6 pour la même période en 2019.

En ce qu’il s’agit du nombre de nouveaux cas enregistrés par tranches d’âge pour les mois de janvier à juin 2020 et pour toute l’année 2019, il s’établit comme suit : 

  • 4 chez les -15 ans (janvier à juin) contre 6 pour toute l’année 2019 ; 
  • 31 chez les 15-24 ans (janvier à juin) contre 68 pour toute l’année 2019 ; 
  • 61 chez les 25-39 ans (janvier à juin) contre 153 pour toute l’année 2019 ; 
  • 45 chez les 40-54 ans (janvier à juin) contre 109 pour toute l’année 2019 et 
  • 9 chez les + 55 ans (janvier à juin) contre 38 pour l’année 2019. 

Le VIH/sida touche davantage les hommes que les femmes à Maurice. Le nombre était de 220 hommes et 154 femmes. De janvier à juin cette année, 94 cas positifs ont été recensés chez les hommes contre 56 chez les femmes. 

sida
Nouveaux cas de VIH/sida par groupe d’âge de 2010 à 2020
Groupe d’âge Année                    
  2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
                      (jan-juin)
< 15 9 3 1 3 7 8 8 10 6 6 4
15 à 24 88 59 59 55 70 51 68 80 63 68 31
25 à 39 284 197 169 121 138 120 132 159 169 153 61
40 à 54 157 115 72 71 89 71 87 86 96 109 45
55 + 30 27 19 10 18 12 24 33 48 38 9
Total 568 401 320 260 322 262 319 368 382 374 150

 

Le nombre de nouvelles infections chez les jeunes est alarmant

L’année 2020 est une année exceptionnelle due à la Covid-19. Avec le confinement, le nombre de dépistages du VIH a été revu à la baisse, déclare Annette Ebsen Treebhoobun, la directrice de Pils. « Si nous analysons les chiffres depuis 2019, le nombre de nouvelles infections chez les jeunes est alarmant. Cette hausse parmi les individus de 25 à 39 ans, et même parmi les 15 à 24 ans, est très révélatrice », avance-t-elle. Et d’ajouter que cela peut se traduire par un manque d’informations et de connaissance sur le VIH/sida, les moyens de transmission et l’accès à des outils de prévention, surtout parmi les jeunes et les adolescents. 

Annette Ebsen Treebhoobun souligne que depuis ces dernières années, Maurice est passé d’une affection concentrée à une épidémie généralisée. En effet, la proportion de nouveaux cas détectés chez les hétérosexuels, qui était passée de 52,3 % en 2015 à 61,5 % en 2019, était de 65,3 % pour la période de janvier à juin 2020. « Cette tendance à la hausse parmi la population mauricienne est inquiétante », fait-elle ressortir.

Stratégies ciblées

La directrice de Pils note également une progression du VIH/sida chez les jeunes avec l’absence de programmes de prévention et de sensibilisation adaptés et adéquats à leur intention. Ce qui engendre un grand manque d’informations. « Qui éduque nos jeunes sur la sexualité, le VIH, les infections sexuellement transmissibles (IST) et les comportements à moindre risque ? » se demande-t-elle. Selon Annette Ebsen Treebhoobun, cette éducation est très importante et doit être adaptée au contexte actuel. Pour elle, l’accès aux matériels de prévention est difficile pour certains, car la stigmatisation et la discrimination sont toujours présentes. « Nous devons arrêter de nous voiler la face et mettre en place les programmes nécessaires afin d’inverser cette tendance », préconise-t-elle. 

Elle estime qu’il faut avant tout comprendre qu’il y a urgence et qu’il faut agir en conséquence. « Nous sommes confiants qu’avec le HIV and Drug Council, une coordination nationale de la riposte contre les épidémies est possible. Nous sommes aujourd’hui tous concernés par le VIH et chacun a sa part de responsabilité, les politiques, les médias, la société civile », fait comprendre la directrice de Pils. 

Elle souligne que les programmes de communication ciblée vers les jeunes sont essentiels. Il en est de même pour les stratégies de dépistage qui doivent être plus ciblées auprès des communautés les plus impactées. En sus, la révision de nos lois répressives en matière de politique de drogue est primordiale, car celles-ci sont des obstacles à la prise en charge. Pour elle, cette dernière doit aussi être améliorée afin de pouvoir maintenir le maximum de patients dans le continuum de soin.

 

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