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Victimes de la crise économique : SOS de mères en détresse 

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, des mères de famille de la classe moyenne ont vu leur foyer s’enfoncer inexorablement dans la pauvreté. Elles se confient.

Mathilde : « Mo leker fer mal pou get mo bann zanfan al dormi san manze »

Bred mouroum… D’aucuns apprécient cette plante pour ses bienfaits sur la santé et achètent même assez cher des produits à base de moringa. D’autres en font l’usage qui lui a valu la réputation d’être la nourriture des pauvres. C’est le cas de Mathilde (prénom modifié), une mère de famille qui habite Le Bouchon. « Kan pena nanie, sa perme mwa nouri mo fami. Enn zour bouyon, enn zour enn ti toufe. Ale mem koumsa ziska nou gagn enn ti komisyon. Si nepli ena ek nou pa gagn enn kari lamer, nou remanz samem. Mo panse ek tou sa bred mouroum ki noun manz la, nou extra an bonn sante mem si nou pena kas », confie Mathilde. 

Les enfants de Mathilde lui sont d'un grand soutien  en ces temps difficile.
Les enfants de Mathilde lui sont d'un grand soutien en ces temps difficile.

Âgée d’une quarantaine d’années, elle ne travaille pas. Elle doit être au chevet de son mari qui est alité. Ce dernier est un ancien chef cuisinier qui travaillait dans un hôtel de luxe situé dans le sud du pays. « Linn bizin arete parski linn tonb malad ». Mathilde explique que son époux a fait un accident vasculaire cérébral en 2019 et qu’il a dû subir une intervention chirurgicale. L’intégralité de son « lump sum » a été utilisée pour qu’il reçoive les meilleurs soins en clinique. « So lasante pena pri. Me apre sa, noun koumans gagn difikilte pou viv ek apre noun gagn konfinman. Sitiasyon finansier inn anpire. Zordi nou pe debat pou viv. Ena zour pena manze. Mo leker fermal pou get mo bann zanfan al dormi vant vid ek mo misie li bwar zis enn ver dile kan pena nanie pou kui », raconte la mère de famille. 

La pension de son mari a été coupée lors du premier confinement."

Mathilde ne peut pas travailler car elle doit s’occuper de son mari malade.
Mathilde ne peut pas travailler car elle doit s’occuper de son mari malade.

Bien que son mari bénéficie d’une pension, celle-ci a été coupée lors du premier confinement. Cet argent permettait à Mathilde d’acheter des couches mais aussi de nourrir la famille et de payer les factures. Sans argent, elle est constamment rongée par le stress. Sa fille aînée, âgée d’une vingtaine d’années, a quitté l’école pour aider sa mère à s’occuper de son père malade. D’ailleurs, c’est elle qui donne le bain à son papa tous les jours. Également angoissée par sa réalité de vie, sa petite sœur a aussi mis un terme à sa scolarité. Cette année, elle envisage de trouver un boulot, histoire d’aider financièrement sa maman. « Mes deux enfants m’aident beaucoup. Elles sont toujours en train de veiller à ce que mon mari et moi allions bien », dit Mathilde. 

Quand il n’y a rien à manger, les filles vont à la mer pour ramasser des tektek. Leur mère prépare alors « enn ti kari lamer » avec un bouillon de bred mouroum et du riz ration. Des moments où ses enfants réclamaient à manger, elle n’en a jamais connu. Car son mari s’est toujours assuré de leur confort. Mais depuis le premier confinement, les choses ont beaucoup changé pour cette famille qui habite un village retiré du Sud.

La foi pour refuge 

De nombreuses personnes ont recours au Brede Mouroung  faute de nourriture.
De nombreuses personnes ont recours au Brede Mouroung 
faute de nourriture.

Dans cette situation, Mathilde ne cache pas qu’elle est souvent envahie par les idées noires. Pour s’en défaire, elle se réfugie dans sa foi en Dieu. « Mo pena mama, papa ni fami. Dan sa bann moman la, mo retrouv mwa tousel ek mo mari ek mo bann zanfan. Monn tape enn kantite laport me mo pann gagn led », se désole-t-elle. Faute d’argent, elle ne peut acheter les couches dont son mari a besoin au moins trois fois par jour. De ce fait, elle déchire ses draps et les lui attache en forme de couche. Ensuite, elle les lave pour les réutiliser, en attendant de trouver des sous. 

Un jour, une de ses filles remarque que l’association Caritas aide de nombreuses familles à travers le pays. « Linn dir mwa ma seye, kapav zot pou ed nou. » Comme son mari a toujours travaillé et qu’elle s’est toujours débrouillée pour subvenir aux besoins de sa famille, Mathilde hésite à contacter l’ONG. Puis, elle prend son courage à deux mains pour demander de l’aide. En octobre 2021, Caritas lui apporte ainsi des colis alimentaires. « Sa zour la monn telma kontan ki ena manze pou mo fami ki monn mem pa kav manze. Caritas inn donn mwa enn soulazman ek mo remersi zot pou seki zot fer pou mwa. »

Remonter financièrement la pente lui prendra du temps. Pour les factures utilitaires, sa fille aînée l’aide tous les mois. « Mo zene pou kont lor li parski li osi li ena enn fwaye ek so bann zanfan. Mo latet fatige ek sa sitiasyon nou pe viv la. Me linn dir mwa mami, apre lapli pou ena botan. Saki ed mwa pou pa bes lebra », conclut Mathilde. 

Si vous voulez aider cette famille, vous pouvez lui faire don de denrées alimentaires, de vêtements, de chaussures et de draps.


Patricia Adèle-Félicité.
Patricia Adèle-Félicité.

Patricia Adèle-Félicité, secrétaire générale de Caritas Île Maurice : « La solidarité nationale doit aider ces familles » 

« Pendant le premier confinement en 2020, nous avions soutenu environ 4 000 familles. Le nombre a doublé pour le second confinement en 2021. Grâce au soutien de nos partenaires, de bienfaiteurs et des fondations privées, entre autres, nous avons pu continuer à répondre à la demande d’aide. Cela en plus de nos bénéficiaires habituels qui sont nombreux », explique Patricia Adèle-Félicité. 

La secrétaire générale de Caritas Île Maurice indique que l’ONG a des équipes dans 52 localités à travers le pays. « En raison de la crise sanitaire, les visites à domicile ont été restreintes. Néanmoins, nous avons fait beaucoup de sensibilisation et de collectes de dons dans les quartiers afin de pouvoir aider un maximum de personnes en détresse. Il y a eu aussi la collecte des paniers solidaires dans les cours d’église. » Caritas accompagne aussi les bénéficiaires dans leurs démarches pour trouver un logement. Des formations sont également organisées pour aider les personnes qui ont perdu leur emploi à se reconvertir.

Projet Poule pondeuses avec les pêcheurs de GRSE.
Projet Poule pondeuses avec les pêcheurs de GRSE.

Main illustration of dossier -Caritas

Patricia Adèle-Félicité assure que malgré l’incertitude liée à la pandémie, l’ONG continuera les aides d’urgence, « même si en 2022, ce sera définitivement un challenge ». Cependant, elle estime que le soutien aux personnes en difficulté n’est pas seulement l’affaire des associations caritatives. « Cela relève aussi de la solidarité individuelle et nationale. »  

Pour faire des dons à Mathilde, Juliette, Yovana et tant d’autres personnes qui en ont besoin, vous pouvez contacter Caritas Île Maurice au 212.34.05. Si vous souhaitez devenir bénévole ou contribuer à la mission de l’ONG, visitez son site web (www.caritasilemaurice.org) pour plus d’informations.


Yovana : « Mon mari a perdu son emploi peu avant le confinement de mars 2021 »

Âgée d’une quarantaine d’année, Yovana est mère de trois enfants. Si les grands travaillent, la plus petite va encore à l’école. Elle n’a que 8 ans. En ces temps de crise, cette mère de famille de Roche-Bois a pris un emploi de secrétaire à temps partiel. Ce travail lui permet de payer les mensualités d’un crédit bancaire. De son maigre salaire, il ne reste pas grand-chose pour acheter la nourriture, payer les factures et régler ses dettes. 

Auparavant, Yovana ne travaillait pas. C’est son mari qui subvenait aux besoins de la famille. « Mo misie ti enn sofer. Me linn perdi so travay an fevrie 2021. So konpani inn ferme san mem pay li so 27 an servis. Tou sa lane la linn fer sakrifis ek an retour, li pann gagn nanie », se désole-t-elle. L’allocation du Workfare Programme les aide mais ce n’est pas suffisant. Son époux cherche activement du boulot mais il se heurte à bien des murs. 

Yovana a trouvé un emploi de secrétaire à temps partiel mais son salaire est loin d’être suffisant.
Yovana a trouvé un emploi de secrétaire à temps partiel mais son salaire est loin d’être suffisant.

« Nous avons discuté en famille pour trouver une solution. Mes deux enfants travaillent et nous aident pour certaines dépenses. De mon côté, je fais de mon mieux et mon mari aussi. Malgré cela, l’étau se resserre autour de nous. Souvent, nous nous retrouvons sans nourriture. C’est vraiment dur en ce moment », confie Yovana, qui ne cache pas qu’elle est rongée par le stress. 

Elle a donc frappé à la porte de l’ONG Caritas. Celle-ci l’aide en ce moment en lui fournissant quelques vivres. « Ce soutien est d’un grand réconfort pour notre famille. Si Caritas ne nous aidait pas, la situation serait encore plus catastrophique. » 

Pour soutenir Juliette, vous pouvez lui faire don de produits essentiels et de matériel scolaire pour sa fille. Quant à son mari, vous pouvez l’aider si vous avez du travail pour lui. Il peut être chauffeur, électricien ou soudeur.


Juliette : « En ce moment, je suis à la fois mère et père de mes enfants »

Juliette (prénom modifié) habite Roche-Bois et a deux enfants de 6 et 12 ans. Elle gagne sa vie en tant que femme de ménage depuis cinq ans mais la crise sanitaire et ses restrictions l’ont privée d’une bonne partie de son travail. Sa situation financière est devenue très difficile. Pour ne rien arranger, son mari est en prison. 

Afin d’avoir de quoi manger, elle se tourne souvent vers ses proches. Ces derniers l’aident autant que possible. Pour payer ses factures, elle puise dans l’aide sociale dont elle est bénéficiaire. Le peu qu’il reste, couplé à son maigre salaire de Rs 2 000, ne suffit pas pour subvenir aux besoins de sa famille. Surtout que son travail n’est pas fixe. Elle peine à cumuler plus de boulot dans la maison des gens car elle doit s’occuper de ses enfants. « En ce moment, je suis à la fois leur mère et leur père », dit-elle.  

Juliette se retrouve dans une impasse. Mais elle tient bon en attendant des jours meilleurs. « Quand mon mari était là, nous arrivions à nous débrouiller. Nous plantions des légumes pour être sûrs d’avoir à manger tous les jours. Depuis qu’il est en prison, c’est la galère. Je n’arrivais pas à m’en sortir donc j’ai demandé de l’aide à Caritas. L’ONG m’a offert des vivres et ça m’a beaucoup soulagée », confie-t-elle. 

La jeune mère de famille ne cache pas que l’envie de craquer la prend souvent, mais elle se doit de rester forte pour ses enfants dans cette période compliquée. Elle souhaite aussi que son mari réalise ses erreurs et soit une meilleure personne quand il sortira de prison. 

Pour aider Juliette, vous pouvez faire des dons de denrées alimentaires ainsi que de matériel scolaire pour ses enfants.
 

 

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