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Traitement des patients positifs : incursion dans les Covid Ward

Les Covid Ward sont décrétés zones interdites.

L’état de santé de certains patients positifs à la Covid-19 se détériore parfois en quelques heures seulement, avant de mourir sans crier gare. C’est une situation avec laquelle le personnel médical posté dans les salles destinées aux patients positifs à la Covid-19 est appelé à composer depuis plusieurs semaines maintenant. 

« Li ti fek pe koz, apre enn sel kou tann dir li finn desede ». Des proches des victimes de la Covid-19 sont nombreux à avoir témoigné de cette situation qu’ils n’arrivent pas à expliquer.  Pourtant, ces cas seraient devenus légions dans les hôpitaux où sont admis des patients positifs à la Covid-19. « Ou finn trouve dan bann video, dimoun pe marse, apre nek tom enn kou ? Ena pasian sa mem pe ariv zot dan lopital », indique un médecin posté dans un Covid Ward de l’hôpital Dr A.G Jeetoo et qui ne compte plus le nombre de patients ayant connu des « morts subites ».  

Notre interlocuteur indique que des cas comme ça, il y en a dans tous les hôpitaux et quasi quotidiennement. « Nous avons eu des cas de patients qui, après 3 ou 4 jours passés à l’hôpital, semblaient aller plutôt bien mais qui connaissent ensuite une détérioration rapide de leur santé, avant de malheureusement rendre l’âme  », soutient le médecin. 

Un de ses collègues, basé lui à l’hôpital Victoria à Candos, soutient qu’il y a des cas encore plus étonnants. « Ena pasian aswar li korek me gramatin linn ‘pass away’ », déclare ce jeune médecin. Mais ce qui le choque encore plus, c’est un cas atypique où un homme est décédé en moins de 24h après avoir été diagnostiqué. « A 9h, le test antigénique qu’il a fait chez lui est devenu positif. Il s’est rendu dans une Flu-Clinic où le médecin a décidé de l’admettre car il avait des difficultés à respirer. En début de soirée, on l’a intubé et le matin vers 6h il est décédé », raconte le médecin. 

Les causes

Pour un confrère généraliste basé à l’hôpital SSRN et qui travaille lui aussi avec des patients atteints de la Covid-19, les causes peuvent être multiples. « Il peut s’agir d’un Cytokine Storm. En somme, c’est une réponse immunitaire du corps qui déclenche des inflammations. Mais il peut arriver que cette réaction se fasse très rapidement et en quantité trop importante. Avec un état de santé déjà ‘faille’, cela peut parfois être fatal », dit-il. Le médecin, qui compte plus d’une dizaine d’années d’expérience, parle aussi de ‘cause of fulminant disease’. « En d’autres mots, l’état du patient s’est détérioré trop rapidement », dit-il.

L’une des difficultés pour les médecins, avec des patients qui à priori ne présentent pas de grands symptômes est, selon notre interlocuteur, de pouvoir poser un bon diagnostic clinique. « Car visuellement, le patient ne semble pas être aussi mal en point et il arrive qu’il vous parle normalement. Rien de quoi s’alarmer, à priori. Mais en réalité, son état se dégrade sans symptôme apparent », dit-il. 

Dans de tels cas, notre interlocuteur indique que les médecins doivent se fier aux résultats de tests sanguins et des radios du poumon pour pouvoir prodiguer les traitements appropriés. Ces patients-là, indique le médecin, requièrent une attention particulière. « Si les résultats sont mauvais, nous plaçons alors le patient sous surveillance afin de pouvoir détecter une détérioration précoce de son état de santé, de sorte à pouvoir prendre les mesures nécessaires rapidement », dit-il. 

Observation constante

Dépendant de la configuration des salles dans les différents hôpitaux, notre médecin indique que ces patients sont généralement placés au plus près des membres du personnel posté dans cette salle. « A l’ENT, vous avez une High Dependency Unit où des médecins sont postés en permanence. Dans les hôpitaux régionaux ce n’est pas toujours le cas. Durant la journée, il y a parfois 4 ou 5 médecins pour 6 à 7 wards. Et étant donné qu’il n’y a pas toujours suffisamment de ‘monitoring devices’, nous devons placer les patients de sorte à pouvoir garder un œil sur eux, ou qu’ils puissent plus facilement nous solliciter en cas de besoin », fait-il ressortir. 

Un médecin basé à l’hôpital Victoria concède toutefois que sur les quelque 175 patients sous leur charge, tous ne nécessitent pas la même attention. Selon ses estimations, il y a peut-être une vingtaine de patients seulement qui vont requérir un soin intensif. Cela dit, ces patients ont tendance à monopoliser l’attention des médecins. « Si vous avez 2 ou 3 patients comme ça, qui nécessite une vigilance accrue du médecin, ça peut vite devenir compliqué car vous ne pouvez être à plusieurs endroits à la fois », dit-il. 

Les « mild cases » 

Des médecins ne cachent pas que l’attention particulière accordée aux patients présentant des symptômes sévères se fasse parfois au détriment de ceux dont les symptômes sont plus légers.

 D’ailleurs, l’un d’eux ne dément pas les critiques à l’effet que certains patients doivent faire preuve d’un peu de patience avant qu’un médecin ne vienne s’occuper d’eux. « Kan dimoun dir pe kriye kriye, me personn pa pe vini, li vre sa. Sirtou dan aswar parski ena zis 2 dokter, kont 4 à 6 pandan lazourne, depandan lopital », souligne-t-il. 

Ce médecin raconte qu’il est arrivé que le proche d’un patient appelle l’administration de l’hôpital car le patient avait besoin d’une assistance. Ce dernier avait appelé un de ses proches de son téléphone portable pour se plaindre que personne n’est venue le voir. « Sauf que j’étais déjà en train de voir un autre patient dont l’état de santé était préoccupant », se défend-t-il. 

Le médecin concède que des infirmiers sont postés en permanence dans toutes les salles et que ces derniers l’appellent en cas de besoin. « Mais il n’est pas toujours évident de décrire la gravité du cas d’un patient par téléphone » souligne-t-il. Ça l’est encore plus, dit-il, lorsque le personnel médical est déjà fatigué (voir hors-texte). « On parle alors de fatigue physique mais aussi morale. Ce qui entraine une baisse de la concentration », dit-il.

PCR : faux négatif, vrai problème

Un autre phénomène qui ne faciliterait pas la tâche des médecins dernièrement, mais dans une moindre mesure, serait des résultats de tests PCR qui viennent négatifs alors que le patient présenterait des symptômes de Covid-19. Pour en avoir le cœur net, les médecins leur font passer d’autres tests. « So PCR negatif me so x-ray kav montre enn nemoni », fait comprendre une docteure. 

Le problème se pose, dit-elle, lorsqu’il faut prendre une décision si le patient peut rentrer chez lui après une dizaine de jours en isolement à l’hôpital. « Si le résultat du PCR au bout de dix jours est négatif et que le patient se porte plutôt bien, d’après le protocole, il doit rentrer chez lui. Mais il arrive que des patients retournent à l’hôpital au bout d’une ou deux semaines, souffrant de ‘long Covid’. Sauf qu’entre temps il a pu rentrer chez lui et se mêler à la société », souligne-t-elle. 

Idem, dit-elle, lorsqu’il faut décider du sort d’un patient initialement positif au test antigénique mais dont le test PCR après 7 jours se révèle négatif. « Il faut normalement le transférer dans une salle normale. Là encore c’est un risque », dit-elle. D’ailleurs, se souvient-elle, des patients déjà présents dans la salle avaient exprimé leur mécontentement face au transfert d’un ex patient positif. « Ena lager ek nu. Zot dir zot pu swagn zot pu al lacaz me zot pa pu res dan mem lasal ki pasian ki ti positif la », avance-t-elle. 

C’est aussi un problème, déclare la docteure, lorsqu’il s’agit de patient qui doit subir une opération chirurgicale nécessitant une intubation. « Il est possible que son test antigénique ne se soit révélé positif mais qu’après 7 jours d’hospitalisation, son PCR devient négatif. Il faut procéder avec l’opération et avec l’intubation, il faut travailler avec son mouth-piece. La médecine se retrouve ainsi à moins d’une trentaine de centimètres du patient. Vous êtes alors dans le flou », dit-elle.

Le quotidien d’un médecin posté dans ce Ward à risque

La journée démarre à 8h. Le médecin prend son poste dans le « covid ward ». L’une des premières choses à faire est d’enfiler son PPE, de faire la tournée des patients  et de prélever des informations sur leur état de santé principalement. « Etouffement, la fièvre, la toux, il faut tout noter. Il arrive qu’on nous fasse des remarques sur la qualité de la nourriture aussi, mais avec la Covid-19, il est difficile de savoir s’il s’agit d’une perte de goût du patient ou de celui du chef en cuisine. Mais on le note quand même », lance un médecin avec un peu d’humour. 

En une heure chrono, cet exercice doit être bouclé car aux alentours de 9h00-9h15, viendra le médecin spécialiste. Le médecin concède que durant sa première tournée, tous les patients n’obtiendront pas la même attention. Sur les recommandations des infirmiers qui étaient de garde durant la nuit, il va se rendre d’abord auprès de ceux dont l’état requiert une attention. « Pour ceux dont l’état est stable, on va simplement leur demander si ‘tou korek la’ », dit-il. 

Une fois le médecin spécialiste sur place, le médecin posté dans le Covid Ward doit à nouveau faire la tournée des patients en accompagnant le spécialiste. « Suivant ses instructions, il faudra alors parfois réajuster les traitements », dit-il. 

Une fois cette étape complétée au bout de presque 2 heures en moyenne, le généraliste doit d’une part demander à récupérer les médicaments nécessaires à la pharmacie et remplir un à un les dossiers de ces patients d’autre part.  « Rien qu’avec ça, vous en avez pour 2 à 3 heures. La journée est ponctuée aussi d’admissions ou de patients qui nécessitent une attention urgente », dit-il.

Zone de contamination

Les Covid Ward sont divisés en trois parties distinctes. D’abord, la zone contaminée où sont placés les patients. Le port des équipements tels que les PPE, les masques et les gants, entre autres, sont obligatoires. Ces salles disposent aussi d’une zone de décontamination où le personnel enlève son PPE une fois sorti et il se désinfecte. Et enfin, il y a la zone non contaminée où les médecins et les infirmiers sont postés en permanence. 

Dans la zone contaminée, c’est à travers des gestes ou en écrit que les membres du personnel médical communiquent. « Les téléphones restent dans la zone non contaminée de la salle mais il faut bien communiquer. Il faut parfois donner au patient des médicaments ou le transporter dans une autre salle ou encore renouveler son oxygène », dit-il.

En quittant la zone contaminée, le personnel doit jeter son PPE à la poubelle, se désinfecter avec du gel hydro alcoolique et changer de masque. Un médecin indique qu’il lui arrive de changer jusqu’à 5 ou 6 PPE par jour. « Il faut compter au minimum 2 PPE le matin, avec les deux tournées des patients. Ensuite, s’il y a des admissions ou des cas urgents, il faut enfiler un nouveau PPE », dit-il.

Un personnel au bout du rouleau

Fatigué, ‘burnout’, au bout du rouleau… Tel serait l’état de certains médecins et infirmiers avec lesquels le Défi Plus a discuté. L’un des facteurs contribuant à cette situation serait le shift en vigueur dans des hôpitaux. Plusieurs déplorent de ne pas avoir de ‘clear off’. « Après 24 heures de travail, nous quittons l’hôpital le matin à 8h00 pour rentrer chez nous pour nous reposer. Il s’agit d’un ‘off de repos’ après une nuit de travail. Normalement nous sommes censés avoir un ‘off ‘le jour suivant également mais qu’on n’obtient plus », déplorent-ils. 

Ce qu’ils décrient encore plus, c’est que s’ils s’absentent le jour où ils devaient avoir ce ‘clear off’, cela serait déduit de leur congé de maladie. Ils demandent ainsi de pouvoir « se reposer convenablement » ainsi que de recruter davantage de médecins. « Nous demandons plus de personnel car nous sommes fatigués. La fatigue morale peut faire que la qualité de soins prodigués ne soit pas au rendez-vous », disent-ils. Un médecin soutient qu’il a récemment fait la remarque à un infirmier qui est entré dans une zone contaminée sans le port du PPE pour renouveler l’oxygène d’un patient. « Li dir mwa : ‘dokter, mo telman fatige ki si mo pran letan al met PPE, pasian la kav fini mor », confie-t-il.

 

 

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