Interview

Sunil Bholah : «Mon seul regret est l’absence d’une banque coopérative»

Sunil Bholah

Le ministre du Business, de l'Entreprise et des Coopératives, Sunil Bholah, réagit aux allégations de favoritisme dirigées contre son Secrétaire permanent dans le cadre de la transition de la SMEDA à SME Mauritius Ltd. Il dénonce toute « ingérence » de sa part.

L’ex-président de la Vacoas Popular Multi-purpose Co-operative Society, Sunil Jhugroo, vous a dénoncé à la Commission anti-corruption pour ingérence. Redoutez-vous une convocation ?
Sunil Jhugroo n’a pas porté plainte à l’Icac. Il a juré un affidavit dans lequel il me reproche de m’être ingéré dans le processus de vente d'un terrain de la Vacoas Popular Multi-Purpose Cooperative Society (VPMCS). De son propre chef, l’Icac a initié une enquête après la Private Notice Question du Leader de l’Opposition, Xavier-Luc Duval. Pourquoi devrais-je m’inquiéter quand je ne me suis nullement mêlé à cette transaction ? Je suis serein. D’ailleurs, j’avais lancé trois défis à Sunil Jhugroo, dont venir prouver mon ingérence dans cette affaire. À ce jour, plus d’un mois s’est écoulé, c’est silence radio. Je lui ai donné suffisamment de temps pour réagir. Maintenant, je vais riposter.

Est-ce une menace ?
Pas du tout. Je vais passer à l’action. Je vais entamer des poursuites au civil contre lui. Je ne peux permettre que le doute entache mon intégrité.

Combien comptez-vous lui réclamer ?
Nous travaillons actuellement sur les chiffres. Mais ce n’est qu’une question de jours.  (NDLR : le ministre brandit un document).

Est-ce pour l’intimider et qu’il ne revienne plus sur cette affaire ?
Loin de là. Je lui ai dit de venir de l’avant avec des preuves. La population saura si c’est quelqu’un de sérieux. C’est une question de crédibilité. Si je n’adopte pas cette position, lui et d’autres pourront déballer toutes sortes d’insanités sur moi, d’autant plus qu’on se rapproche des échéances électorales.

Le scandale de la Vacoas Popular Multi-Purpose Cooperative Society accélère la perte de confiance des Mauriciens dans ce secteur. En êtes-vous d’accord ?
Au contraire, les Mauriciens savent que, désormais, le ministère, ses inspecteurs et ses officiers veillent au grain et offrent une protection qu’ils n’avaient pas eue dans le passé. Il y a un ministère qui leur est dédié et qui leur dispense des formations. Nous organisons des ateliers de travail à leur intention.

Des cours de formation sont organisés pour le personnel des Credit Unions pour leur sensibiliser et responsabiliser sur les risques. Je ne crois pas qu’il y a d’autres secteurs qui font autant pour les entrepreneurs. Mon seul regret est l’absence de banques coopératives qui auraient regroupé toutes les ‘Credit Union’s.

Maintenez-vous que le secteur des coopératives n’est pas en chute libre ?
Oui. Une multitude de « schemes » ont été créés à leur intention, à l’instar du Cooperative Development Fund (CDF), dont l’objectif est de leur apporter un financement pour l’acquisition d’outils informatiques, pour la création de site web, pour l’acquisition de moteurs pour les coopératives de pêche. Il y a le National Cooperative College pour l’octroi de formation certifiée, etc. Je peux dire avec une certaine fierté qu’aujourd’hui le secteur coopératif respire et a retrouvé sa place au sein de notre société économique.

Votre Secrétaire permanent est pointé du doigt pour ‘favoritisme’ et ‘conflits d’intérêt’ pendant la période de transition de l’ex-SMEDA à SME Mauritius Ltd. C’est un boulet de plus que vous traînez?
C’est tout à fait faux. Tout a été fait dans la transparence et selon les pratiques établies. Aucune faveur n’a été accordée à qui que ce soit et non plus des préjudices causés à personne. Durant la période de transition, nous avons offert à tous les employés le choix d’intégrer SME Mauritius Ltd ou d’être redéployés à travers une ‘option form’. Un groupe d’employés avait résisté en brandissant toutes sortes d’épouvantails. Ils disaient que la transition prendra du temps mais ils ont été surpris par le peu de temps qu’il nous en a fallu. Une dizaine d’employés qui ont choisi d’intégrer SME Mauritius Ltd ont obtenu trois « increments » comme cela se fait dans la pratique. Mais un groupe de personnes continue d’envoyer des lettres anonymes. Nous les suivons de très près. Nous allons sévir contre ces fauteurs de trouble.

Pas de bonne d’étude de faisabilité pour les PME jusqu’ici»

Vous avez récemment procédé au lancement du SME Employment Scheme qui vise à placer des gradués au sein des PME. Combien d’employeurs et de gradués se sont manifestés jusqu’ici ?
Après une semaine, la réaction est encourageante. 150 diplômés se sont enregistrés et 70 PME ont affiché leurs intérêts pour ce programme. Nous avons prévu de faire les premiers placements des diplômés d’ici mi-septembre. Notre but est cependant d’en placer un millier. Cela va nous prendre quelques mois avant d’atteindre cet objectif. Nous reviendrons avec une campagne d’information à l’intention des gradués et des PME à ce sujet.

Ne craignez-vous pas de faire face à un phénomène qui, justement, est à la base de jeunes ‘gradués-chômeurs’, soit le mismatch ?
Le risque de ‘mismatch’ est réel. Nous essayons au préalable de faire un ‘matching’. Une PME dans l’hydroponique, par exemple, nous allons lui octroyer un gradué qui a fait des études dans l’agro-business ou dans l’agriculture. En somme, nous allons placer le gradué dans une PME dont l’activité corresponde aux études entreprises par le gradué.

L’accès au financement reste un des problèmes majeurs des PME, malgré tous les ‘schemes’ et autres facilités…
Les problèmes surgissent à plusieurs niveaux. Primo, j’ai constaté que ce sont presque toujours les mêmes personnes qui prennent le risque d’investir. Mais, parfois, lorsqu’ils font faillite et qu’ils vont chercher un financement pour un autre investissement, cela devient problématique pour eux. Secundo, il n’y a aucune institution à ce jour qui offre un financement à 100% à une PME. Cette dernière devra toujours chercher les 10% à 20% que requièrent ces institutions. Mais, là encore, très souvent, ces PME n’ont pas ce minimum. Et, tertio, il n’y a pas toujours une bonne étude de faisabilité qui a été faite au préalable par des PME.Elles se lancent la tête baissée dans des secteurs pour ensuite faire faillite.

Quelle est la solution ?
Mon ministère  octroi un certificat sous le SME Development Scheme Certificate aux PME qui sont engagées dans au moins un des six secteurs que nous considérons prioritaires : l’informatique, le manufacturier, l’aquaculture, les énergies renouvelables, l’artisanat et le bio-farming/agro-business. Ce certificat leur permet de contracter des prêts auprès de la MauBank avec un taux d’intérêt de 2,5% et d’être exemptées de la taxe sur le profit. A ce jour, Rs 320 millions ont été déboursées pour 124 projets à des compagnies et Rs 28 millions pour 156 projets pour des individuels. Certains trouvent que c’est bien, d’autres considèrent que ce n’est pas suffisant…

Mais vous, qu’est-ce que vous en pensez ?
Je trouve que c’est pas mal. Il s’agit essentiellement de nouvelles entreprises. Je me fais un devoir d’aller les visiter et je suis émerveillé, car ils y mettent du cœur mais elles font aussi, comme pour certains, usage de technologies de pointe, comme ce très réputé fabricant d’Alouda.

Nous avons cru comprendre que vous êtes à couteaux tirés avec vos deux colistiers. Vous confirmez ?
Je ne souhaite ni confirmer, ni infirmer vos propos. Je connais mes devoirs envers mes mandants et ma circonscription. Je privilégie la modestie, l’humilité et la proximité. La politique que je pratique est basée sur ces trois principes. Les tables hautes, les podiums et la gallérie me sont secondaires.