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Réintroduction de la peine de mort : un débat stérile

Alexandre Laridon. Alexandre Laridon.

La peine de mort est généralement vue comme une réparation indispensable, une garantie de la sécurité pour les sociétés. À Maurice, la peine capitale a été suspendue en 1987 après la dernière exécution d’Essan Nanyeck, alors âgé de 33 ans, accusé d’avoir assassiné un dénommé Rashid Atchia – puis abrogée en 1995 et remplacée par une condamnation minimum de 20 ans d’emprisonnement.

Mais cette sempiternelle question si oui ou non devrions-nous réintroduire la peine de mort à Maurice surgit toujours lorsque survient un fait divers qui choque l’opinion publique et qui endeuille toute la nation. Sauf que, porté par la soif de vengeance populiste depuis une telle atrocité, le débat sur la réinstauration de ce service d’échafaud devient de plus en plus politisé avec certains de nos politiciens qui en profitent pour y mettre le feu aux poudres.

Nous avons eu par exemple l’intervention d’un ancien ministre récemment sur les ondes de Radio Plus qui avait déclaré être personnellement pour la réintroduction de la peine capitale à Maurice. Certes, chacun, à Maurice, a droit à son opinion et en est libre de dire le fond de sa pensée. Sauf que celui-ci semble avoir omis que le parti politique auquel il appartient est non seulement un parti de gauche, mais aussi un membre de l’Internationale Socialiste dont l’adhésion implique l’engagement de: (i) garantir, en toutes circonstances, le respect de la dignité humaine, (ii) d’agir en conformité avec la déclaration universelle des droits de l’homme, de (iii) respecter, défendre et promouvoir les valeurs d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice et de paix qui sont le fondement même du socialisme démocratique et de (iv) proscrire la peine de mort. Le ministre Mentor, partisan de la peine capitale, avait lui aussi réitéré au mois de juillet au Parlement la suggestion de la rétablir pour les trafiquants de drogue.

On pourrait mettre ces types de déclarations sur le compte de l’ignorance ou même de la naïveté puisqu’ils reflètent sans aucun doute une exploitation démagogique à des fins politiques. Réintroduire cet acte barbare à Maurice serait non seulement un retour en arrière après 50 ans d’independence mais surtout une violation (1) des articles 3 et 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, (2) du pacte international sur les droits civils et politiques ratifié en 1973, (3) de la convention sur les droits de l’enfant signeé en 1990, (4) de la convention contre la torture, les traitements et les punitions cruels, inhumains ou dégradants signée en 1992 et (5) également de rendre caduc le vote de Maurice le 18 décembre 2008 en faveur de la résolution des Nations unies pour un moratoire mondial sur les exécutions. Peut-être qu’il serait utile de rappeler à certains pyromanes ainsi qu’à ceux et celles qui font une confusion entre la justice et la vengeance que la peine de mort légitimise la violence qu’elle prétend combattre. Qu’il est ainsi contradictoire de punir un crime par un crime. Même lorsqu’il s’agit de l’auteur d’un crime atroce ayant suscité les plus vives émotions. Mais ce n’est pas pour autant que nous devons appliquer une méthode d’âge de pierre pour rétablir l’équilibre rompu en proportionnant la sanction à la faute. D’ailleurs, diverses études ont démontré que le taux de meurtres n’était pas nécessairement moindre dans un pays où la peine de mort est en vigueur et que ce moyen n’apportait pas la garantie d’efficacité recherchée. En d’autres mots, la peine de mort n’a aucun effet dissuasif et se relève totalement inefficace là où elle est appliquée. Aux États-Unis par exemple, là où subsistent des couloirs de la mort, affichent un plus grand taux de criminalité que ceux y ayant renoncé.

Posons-nous donc les bonnes questions au lieu de chercher la voie facile qui pourrait nous coûter cher. Pensez-vous vraiment que la réintroduction de la peine de mort freinerait le taux de criminalité à Maurice ? À qui la faute si la société produit un sentiment de frustration intense, un mal-être, un sentiment d’inégalité et d’injustice? Comme disait Mahatma Gandhi, « oeil pour œil et le monde finira aveugle ». Appliquer la peine de mort nous ramènera au même niveau que le criminel que l’on juge. Réfléchissez-y.