Interview

Professeur Theeshan Bahorun : «La recherche va nous positionner sur le monde»

Professeur Theeshan Bahorun

Les travaux de recherche par des chercheurs du Center of Excellence for Biomedical and Biomaterials Research (CBBR) sur des plantes endémiques de Maurice ont démontré qu’elles peuvent être utilisées pour le traitement du cancer. Une aubaine pour le pays à condition que les plantes concernées soient protégées et cultivées à grande échelle, soutient le Professeur Theeshan Bahorun, Head à la Biopharmaceutical Unit.

« Maurice est un petit pays qui commence à se positionner sur la carte mondiale scientifique. »

Les études entreprises par une équipe de chercheurs ont donné des résultats probants pour le traitement du cancer. Comment est-on arrivé à de tels résultats ?
Le projet a démarré il y a quelques années. C’était une thématique de recherches sous la National Research Innovation Chair (NRIC) de l’Université de Maurice. Un des axes était accès sur les produits pharmaceutiques et biomédicaux financés par la NRIC et par d’autres collaborateurs.

J’ai chapeauté le programme avec Vidushi Neergheen Bhujun qui fait partie de notre groupe qui travaille sur les plantes endémiques dans le domaine du cancer. L’emphase était placée sur la mécanistique (les composés qu’on isole à partir des plantes et pourquoi elles sont efficaces contre une inflammation, le cancer et quelle voie de transduction modulaire cela va moduler pour dire qu’on peut diminuer l’incidence du cancer ou bien arrêter les cellules cancéreuses qui sont en division).

Quatre plantes ont été sélectionnées : Dombeya acutangula (bois de guiguade), Gaertnera psychotrioides (bois banana, bois café, bois de rivière), Labourdonnaisia glauca (natte à petites feuilles) et Eugenia tinifolia (bois de nèfles). Comment ce choix a-t-il été fait ?
Nous avons débuté sur une grande partie des plantes endémiques à Maurice avec lesquelles nous avons fait un dépistage. À partir de là et en fonction des extractions et des fonctions antioxydantes ou autres que nous avons décelées, nous avons fait d’autres dépistages sur une gamme de cellules cancéreuses pour déterminer les lignées de ces cellules qui ont été plus affectées ou bien réduites du point de vue métabolique avec ces plantes.

Il s’agit là des résultats préliminaires. Qu’est-ce que cela représente dans le domaine de la recherche mondiale ?
Nous suivons le cours des choses en fonction de notre programme de recherches. En fonction des développements scientifiques, nous élaborons notre axe de recherches pour développer plus profondément d’autres axes de recherches pour dire quels sont les extraits les plus efficaces dans un système donné comme la prolifération des cellules cancéreuses, l’arrêt des voies transcellulaires qui amènent vers le cancer.  

Une première étape a été franchie. Que comptez-vous faire maintenant ?
Ce premier cheminement a nécessité trois ans avant d’aboutir. Nous avons pu déterminer quatre plantes qui, dans un système donné, nous donnent des résultats extrêmement intéressants qu’on peut exploiter maintenant. La prochaine étape est d’aller encore plus en détail dans le mécanisme moléculaire pour affirmer ce que nous avons découvert et pour voir quel autre type de mécanisme peut jouer au niveau du cancer qui est une maladie complexe.

Nous allons essayer de développer d’autres études pour aller en profondeur afin de montrer l’efficacité de ces extraits de plantes.  Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra dire qu’on a mis le doigt sur quelque chose et qu’on peut aller vers le développement de produits pharmaceutiques et effectuer des études cliniques pour exploiter ces extraits.

Cela va prendre combien de temps pour arriver à la production de produits pharmaceutiques à base d’extraits de ces plantes pour traiter le cancer ?
Nous ne pouvons pas le dire et cela dépend des chercheurs. Le travail doit continuer et il faut des moyens financiers pour y arriver. À notre niveau, nous investissons dans la recherche et les infrastructures. D’autres organismes doivent jouer leur rôle et je pense notamment au Mauritius Research and Innovation Council qui sera très intéressé, je suppose, par ce que nous faisons. L’organisme a le statut et les pouvoirs requis pour faire bouger les choses et pour aller vers des recherches beaucoup plus poussées et appliquées.

Envisagez-vous d’approcher un laboratoire pharmaceutique également ?
Nous sommes encore au stade initial. Nous allons continuer nos recherches et avoir d’autres résultats pour pouvoir intéresser les grands laboratoires pharmaceutiques. Maurice est un petit pays qui commence à se positionner sur la carte mondiale scientifique. Nous ne sommes pas encore arrivés à un stade susceptible d’intéresser de manière consistante les grandes compagnies pharmaceutiques. Ce genre d’études est très encourageant pour pouvoir jeter les jalons et attirer certaines entreprises pharmaceutiques.

Les résultats de vos recherches sont donc un bon début ?
Toute recherche valable sur le plan local va positionner Maurice sur l’échiquier mondial de la recherche. Il nous faut quand même faire le marketing pour attirer les investisseurs et les compagnies pharmaceutiques. Le gouvernement doit aussi participer à cela, tout comme l’Economic Development Board (EDB). Il nous faut des politiques et des feuilles de route pour le développement des produits déjà existants et une feuille de route pour les produits qui doivent être développés, des axes de recherches appliquées et surtout de l’innovation pour pouvoir attirer les investisseurs ou les compagnies pharmaceutiques.

Est-ce que Maurice, en tant que petit pays, a néanmoins le potentiel de cultiver à grande échelle des plantes pour la production des produits pharmaceutiques ?
Nous avons malheureusement un gros problème à ce niveau-là. Il faut avant tout faire un travail de base. C’est ce que fait l’EDB actuellement avec une manifestation d’intérêt pour voir les potentiels à développer, les moyens à mettre en place pour développer le secteur et la feuille de route à mettre en place pour que cette industrie soit forte et soutenable.

De nombreuses personnes peuvent investir dans ce secteur, que ce soit les chercheurs ou les industriels pour développer cette industrie. Alors nous pourrons dire que nous avons une industrie alicament.

Vous avez évoqué l’attrait des investisseurs et entreprises pharmaceutiques. Qui va tirer les plus gros bénéfices selon vous ?
Il faut que ce soit partagé. Les chercheurs doivent avoir leur part, tout comme les planteurs et les industriels ainsi que les revendeurs. Cela doit être une industrie où tout le monde a sa part du gâteau. Il faut mettre en place des garde-fous et avoir des prises de position assez prononcées afin que tout le monde soit gagnant.  

Est-ce que ces plantes endémiques sont présentes en assez grand nombre pour développer cette industrie ?
Non, elles sont malheureusement en danger. Il faut d’abord avoir une politique de conservation. Ce type de recherches nous fait penser à deux choses : l’utilisation de ces plantes à des fins thérapeutiques et l’augmentation de la capacité de production et de conservation de ces plantes, car si elles sont menacées, elles vont disparaître. Un des buts de nos recherches est de montrer que ces plantes sont valables et si elles sont en danger, comment faire pour les protéger.

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