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Prise en charge des toxicomanes : le programme de distribution de la méthadone en péril 

Selon des spécialistes, le traitement de substitution à la méthadone a fait ses preuves à Maurice.

La politique de répression à l’égard des usagers de drogues est un obstacle pour leur prise en charge et la réduction des risques estiment les organisations non gouvernementales Pils et Cut. Les deux ONG plaident en faveur du soutien et de l’encadrement à travers la campagne « Soutenir, pas punir ». 

Dans son rapport 2020, l’Integrated Biological and Behavioural Surveillance Survey estimait à 6 600 le nombre d’usagers de drogues injectables à Maurice. La prise en charge de ces patients est souvent problématique. C’est en raison des préjugés tenaces, de la politique de répression des autorités et du manque de moyens financiers pour que les ONG mènent à bien leur mission. Ajouté à cela, divers autres problèmes ont surgi avec pour conséquences que certains des patients ont rechuté. 

Les ONG et les patients déplorent que la distribution se passe devant un poste de police. Ce qui n’assure pas la confidentialité des bénéficiaires. De ce fait certains préfèrent ne pas faire partie de ce programme. La décision de distribuer la méthadone aux abords des postes de police a été prise en raison du bruit et de l’attroupement de certains. Ce qui troublait le voisinage des anciens centres de distribution. « Sur les 6 400 personnes qui suivent le programme de méthadone, seule une poignée se regroupe. Ces personnes sont peut-être sans emploi. Tout le monde ne peut être pénalisé », explique Rachel Bhoyroo chargée de communication chez Pils. Selon elle, si la distribution se faisait dans un centre de santé, les patients auraient pu aller prendre leur dose à l’heure qui leur convient. Actuellement ils peuvent le faire de 6 heures à 8 heures. 

Elle ajoute que certaines femmes renoncent au programme, car elles doivent être un groupe de douze pour commencer l’induction. Pour elle, il n’y a aucune logique derrière cette démarche qui décourage certaines personnes. Si un patient rate son rendez-vous, il y a une procédure pour qu’il puisse réintégré le programme. 

Rachel Bhoyroo déplore que certains bénéficiaires du programme n’arrivent pas à trouver un emploi, malgré leur désir de ne plus faire usage de drogue. « Il doit y avoir un filet social pour ceux qui veulent sortir de la drogue. La dépendance est un problème de santé et un problème social.  », estime-t-elle. 

Si certains parviennent à sortir de l’emprise de la drogue, d’autres rechutent pour diverses raisons. Certains drogués se laissent facilement influencer par des revendeurs de drogues à travers la formule « buy one get one free ». 

Il suffit de peu pour qu’un patient vulnérable replonge dans la sphère de la toxicomanie. D’autres rechutent après avoir obtenu une dose « diluée » de leur méthadone. Ils sont rapidement en manque alors que la méthadone est un produit de substitution qui devrait les aider à sortir de l’emprise de la drogue. 

Le manque de financement est source d’inquiétude également. Selon Cut, le Global Fund, principal bailleur de la lutte contre le VIH à l’Ile Maurice depuis 2010, prévoit d’arrêter son financement en 2024. Il y aura un impact sur le nombre d’interventions, une diminution de la distribution du matériel. Ce qui causera une potentielle flambée des maladies telles que le VIH, l’hépatite C et la syphilis. 

Si un plan d’action n’est pas mis en place rapidement, beaucoup d’organisations vont en faire les frais, mais également le gouvernement. « Même si 2024 est encore loin, la planification des activités et l’approbation des budgets prennent toujours beaucoup de temps. Le nouveau budget 2022-2023 met à nouveau l’accent sur la répression et n’accorde pas assez de ressources à la réduction des risques. C’est pourquoi, nous souhaitons obtenir des réponses concrètes et avoir une certaine sécurité pour l’avenir », explique Jamie Cartick, chargée de programme du Collectif Urgence Toxida (Cut) dans un communiqué. 

Le traitement de substitution à la méthadone a fait ses preuves à Maurice. Cependant, des obstacles perdurent et freinent son efficacité, selon Pils. C’est pour cette raison que cette année, l’accent est mis sur l’avenir. Car si le financement de la réduction des risques n’est plus assuré, les organisations qui militent pour la santé et les droits humains des personnes qui utilisent des drogues sont en danger, ajoute Cut. 

Les programmes de réduction des risques ont été officiellement mis en place en 2006. À cette époque le VIH/sida touchait majoritairement les usagers de drogues injectables. Grâce à ce programme, le nombre de personnes qui vivent avec le VIH a grandement chuté. 

 

 

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