Interview

Patrice Marie, d’Harel Mallac : «Une stratégie visant de nouvelles avenues de développement»

Patrice Marie

Lors de cet entretien, Patrice Marie, Chief Operating Officer de la division Chemicals, Fertilisers & Hygiene d’Harel Mallac, revient sur la proposition d’achat de Chemco et Bychemex par MCFI.

Vous avez récemment rejoint le groupe Harel Mallac pour piloter sa division Chimie. Comment se porte MCFI en cette période de turbulences pour son principal marché, l’industrie sucrière ?
MCFI a été le pionnier du secteur des engrais à Maurice dans le milieu des années 1970, et son développement s’est aussi tourné vers les pays de la région et d’Afrique. Ces dernières années, la demande d’engrais sur le marché local a baissé, due à la contraction du secteur agricole qui a chuté de 0,2 % en 2017, et de 2,1 % en 2018. La superficie récoltée de canne à sucre a été de 49 974 hectares en 2017, contre 51 476 hectares en 2016. La chute drastique du prix international du sucre entraîne une baisse des revenus des planteurs, qui ont réduit leurs budgets de fertilisation. Compte tenu de cet environnement économique défavorable, surtout avec l’érosion continue des marges et la diminution des volumes locaux, la stratégie mise en place par l’entreprise est donc d’exploiter de nouvelles avenues de développement, liées à son expertise dans le secteur chimique.

Pourquoi MCFI veut-elle racheter ses compagnies-sœurs, Chemco et Bychemex ?
MCFI souhaite racheter ces deux entités pour un total de Rs  166,4 millions, soit Rs 35,2 millions pour Bychemex et Rs 131,2 millions pour Chemco. Cette acquisition renforcerait la diversification de MCFI sur le plan des produits et des débouchés en consolidant son assise sur le marché local et en réduisant sa dépendance de l’industrie sucrière.  Ensuite, elle va permettre à notre enseigne de vendre l’expertise existante de ces deux compagnies qu’elle connaît bien, par le biais de ses antennes en Tanzanie et en Zambie. Enfin, à plus court terme, nous pensons que MCFI et ses « nouvelles» filiales se renforceront aussi, suite à cette transaction à travers des synergies de coûts via la mutualisation de leurs activités dites administratives, communément appelées « back-office » et des « low hanging fruits » comme le retrait de la bourse (« delisting ») et des obligations qui en découlent. Tout cela va contribuer à accroître l’efficacité et l’efficience des opérations.

Qu’est-ce que les actionnaires actuels de Chemco et Bychemex ont à gagner dans cette intégration ?
Je ne peux faire de recommandations aux actionnaires et chacun doit considérer sa situation financière propre. Harel Mallac, en tant qu’actionnaire principal de Chemco et Bychemex, a demandé à ses actionnaires d’approuver la vente de leurs actions à MCFI, ce qui a été approuvé à l’unanimité. On leur a rappelé deux faits : d’abord, les montants proposés de Rs 7,04 par action pour Bychemex et de Rs 22,60 par action pour Chemco représentent des primes respectives de 36 % et 19 % sur la moyenne des cours de clôture hebdomadaires de ces deux sociétés pendant les 6 mois précédant la date d’annonce de l’intention de MCFI de faire son offre. Objectivement, MCFI a fait une offre équitable et raisonnable aux actionnaires de ces sociétés, sur la base d’évaluations indépendantes faites par trois des plus prestigieuses firmes d’experts. C’est aussi vrai que les titres de Chemco et de Bychemex n’ont jamais atteint en Bourse le prix offert pendant ces trois dernières années.

Ensuite, il y a une question de liquidités, car déjà maintenant, avant l’augmentation attendue des actions contrôlées par l’actionnaire majoritaire, moins de 0,6 % des actions de Chemco et 6,1 % des actions de Bychemex se sont échangées sur la Bourse durant les 12 derniers mois. Beaucoup d’investisseurs ne sont pas disposés à prendre le risque d’investir dans des sociétés avec un faible taux de rotation de leurs titres sur le marché. MCFI a déjà annoncé son l’intention de «  délister  » ces sociétés du DEM.