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Nouvel An chinois : les valeurs ont changé et l’individualisme prime pour beaucoup, selon Philip Li Ching Hum

Célébrations du Nouvel An chinois.

Comment a évolué la communauté chinoise depuis l’arrivée des premiers immigrants à Maurice ? Le point avec Philip Li Ching Hum, érudit connu de la communauté sino-mauricienne et légiste.

«Nous vivons à une époque de changements rapides et constants. Avec la mondialisation et l’occidentalisation, nous ne sommes peut-être pas trop conscients que certaines traditions qui occupaient une place importante dans notre culture sont en train d’être érodées.

Philip Li Ching Hum
Philip Li Ching Hum

Si nous avons fait des progrès remarquables en matière d’éducation et de finances, paradoxalement, nous avons beaucoup reculé sur le plan de la culture. Sur le plan financier, nous sommes devenus des géants, mais sur le plan moral, nous sommes encore des nains.

Le fait que nous prenions ces coutumes pour acquises a contribué à la perte d’un héritage précieux. Les coutumes familières ont disparu, créant un vide dans la vie sociale et culturelle.

Autrefois, la génération de Kaptans, lors du Nouvel An chinois, attendait avec impatience la grande réunion familiale, même si la pauvreté était endémique.

Aujourd’hui, avec la modernisation et la richesse, le dîner de famille a changé de goût. Il se tient dans un hôtel ou un restaurant et les liens familiaux s’affaiblissent.

La jeune génération des temps anciens se prosternait toujours devant les anciens. Ils les saluaient selon leur rang social dans la hiérarchie, leur témoignant un respect profond. Le dîner à table devenait un rituel : ils attendaient que les anciens commencent le repas en premier.

Aujourd’hui, ils plongent leurs baguettes dans la nourriture alléchante sans se soucier de la présence des anciens. Cela est contraire à la culture chinoise et montre un signe de mauvaise éducation et de manque de respect.

Dans les fonctions sociales, certains ne montrent aucune préoccupation pour les discours officiels des dignitaires. Ils continuent à bavarder sans tenir compte des règles sociales. Lors des funérailles, certains parlent à tue-tête et ne montrent pas de respect pour la famille endeuillée.

C’est devenu pour de nombreuses personnes un rassemblement social. On entend des rires hystériques. L’atmosphère de solennité et de respect a cédé la place à un pandémonium.

À la maison, la situation est parfois catastrophique, pour ne pas dire désespérée. Les parents n’assument plus la responsabilité d’inculquer les valeurs morales et culturelles à leurs enfants.

Ils croient que l’école fera le travail pour eux et ils se lavent les mains. Les enfants reçoivent tous les gadgets et ils sont tellement choyés qu’il semble que les parents ont maintenant peur de leurs rejetons. L’autorité des parents est bafouée.
Dans le passé, on enseignait aux enfants la notion du sacrifice découlant du dur labeur et de l’abnégation pour gravir les échelons sociaux. L’éducation étant la porte d’entrée vers un avenir meilleur, ils savaient que leur salut viendrait seulement de leur réussite aux examens. Ils échappaient ainsi à “laboutik sinwa”.

La discothèque était bannie pendant la période scolaire. Les enfants faisaient leurs devoirs au comptoir, parfois sous la lumière vacillante d’une lampe à pétrole tout en donnant un coup de main à leurs parents pour servir les clients jusqu’à tard dans la nuit.

Aujourd’hui, les valeurs ont changé. L’argent est devenu le nouveau dieu. Dans certaines familles, des frères se déchirent mutuellement. On ne compte plus les batailles juridiques fratricides. De tels incidents ne se seraient jamais produits parmi la première génération d’immigrants chinois. Nos ancêtres avaient une valeur morale à défendre pour l’honneur de la famille.

Les temps ont changé. Les valeurs également. La solidarité du passé entre les premiers immigrants est enterrée depuis longtemps. L’individualisme prime pour beaucoup. Quel dommage ! »

Que reste-t-il des traditions d’antan.
Que reste-t-il des traditions d’antan.