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La peur bleue face à Covid et ses variants

Personnel médical, employés du transport en commun ou des supermarchés, ils vivent tous sous pression depuis que la Covid-19 a fait son apparition. Cette pression montre crescendo dès l’annonce d’un nouveau variant. Comme c’est le cas actuellement avec l’Omicron malgré qu’aucun cas n’ait été détecté à Maurice.


Priya NundramPriya Nundram, infirmière : « Je craque parfois, mais je dois rester forte pour mes enfants »

Elle est au plus près des patients positifs à la Covid-19. Priya Nundram, infirmière au Sir Seewoosagur Ramgoolam National (SSRN) Hospital et également mère de famille, côtoie la mort au quotidien.

Depuis novembre dernier, Priya Nundram est postée à l’unité des soins intensifs (ndlr : ICU), pour des patients positifs à la Covid-19. « C’est une salle spécialement aménagée pour accueillir des patients positifs dont l’état inspire des vives quiétudes. Ils requièrent un suivi constant car à tout moment ils peuvent ‘collapse’ », dit-elle, soulignant au passage qu’il s’agit d’une « restricted area », les visites étant interdites. 

Bien que cela fera bientôt 2 ans que Priya Nundram et ses collègues sont appelés à côtoyer au quotidien la Covid-19, elleconcède qu’il est toujours difficile pour elle, tous les matins, de quitter sa demeure pour se rendre sur son lieu de travail. « Asak fwa kan sorti, se avek enn freyer », dit-elle. 

Elle indique qu’elle se fait un devoir d’aller voir ses deux fils de 17 et 13 ans respectivement le matin avant d’aller au travail. « Parfois ils sont toujours couchés. ‘Mo dir zot leve, get mami, parski pa kone si mo pu retourn lakaz tanto », dit-elle. Si certains de ses collègues choisissent de rester à l’hôpital pendant plusieurs jours, Priya Nundram soutient que ce n’est pas une option pour elle. « Mo bann zanfan bizin mew, mo lafami bizin mwa. Pena personn pu get mo zenfan », fait-elle ressortir. 

Risque de contamination

En ce faisant, Priya Nundram se dit consciente qu’il y a un risque qu’elle ramène le virus à la maison. C’est pourquoi elle qualifie chacun de ses retours à la maison comme une « cérémonie ». En effet, elle a mis en place un « protocole » qu’elle suit avec beaucoup de rigueur pour minimiser le risque de contamination. « En arrivant chez moi, je ne rentre pas tout de suite dans la maison et mes enfants savent qu’ils ne doivent pas venir me voir immédiatement. Je prends du temps pour désinfecter mes sacs ainsi que la voiture. Entretemps, mes fils ont déjà placé mes vêtements dans la salle de bain afin que je puisse prendre ma douche », explique-t-elle.

Une fois sa douche terminée, Priya Nundram indique qu’elle attend un moment, autour d’une boisson chaude, avant d’aller à la rencontre de ses fils. « Ce n’est pas facile, surtout lorsque vous revenez d’une longue journée de travail », soutient-elle. 

L’infirmière indique qu’au début de la pandémie, ses fils n’étaient pas totalement conscients du danger du virus et qu’elle se faisait un devoir de leur expliquer. Aujourd’hui, les deux garçons suivent l’actualité et sont mieux informés. « ‘Ziska zot finn deza demann mwa kifer mo finn fer sa metie-a ?’ Ils voient de nombreux parents faire du télétravail ou travailler en flexitime alors que leur mère est appelée à travailler plus. Même lorsque je suis supposée être en congé, je vais travailler », dit-elle. 

Attendre le pire

Malgré son exposition aux patients positifs à la Covid-19, Priya Nundram soutient qu’elle est jusqu’ici été épargnée. Toutefois, elle indique que plusieurs de ses collègues ont été contaminés. « Bondie gran, depi ler monn epargne, me buku kamarad inn vinn positif », dit-elle. Avec l’avènement du nouveau variant Omicron qui tient toute la planète en haleine au sujet de sa dangerosité, Priya Nundram indique que c’est davantage un sentiment de colère qui anime des membres du personnel médical. « Nu fatigue. Alor kan pe tann nuvo varyan, nu dir : ‘Enkor samemm !’. Entouka, nu pe atan le pir », dit-elle. 

Étant membre d’une association syndicale, Priya Nundram indique qu’elle reçoit souvent des appels de collègues, testés positifs. « Ena pe plore.  Pe dir zot inn vinn positif, ki zot pu fer. Ena pe dir zot inn plin, zot anvi kité. Bann memb zot fami finn gagn sa atraver zot, zot santi zot koupab ki zot inn amenn viris la lakaz », explique l’infirmière. Pour surmonter cette épreuve, la mère de famille indique qu’ils s’encouragent les uns les autres. « Nous faisons beaucoup de prières, chacun à sa façon », dit-elle. 

En effet, Priya Nundram soutient que ce sont les prières qui l’ont maintenue jusqu’ici. « Lapriyer ki gard mwa for. Mwa osi mo krake parfwa, avek kantite travay. Me mo enn mama, mo bizin continie dibout pu mo ban zenfan », dit-elle. Pour se changer les idées, notre interlocutrice s’adonne souvent à une petite marche dans sa cour. « Oubien mo rod louvraz pu mo fer, pu gard latet okipe », soutient-elle.

Trouble-fête

Alors que les fêtes de fin d’année sont derrière la porte, Priya Nundram indique que presque personne au travail n’a la tête à la fête. « Desam inn rantre, se komsi rienete », souligne-t-elle. Or, en temps normal, l’infirmière indique qu’à cette période de l’année, ses collègues et elle seraient déjà en train de décorer des salles pour la fête de Noel, planifier les fêtes de fin d’année entre collègues ou encore faire une quête entre collègues pour acheter des jouets aux enfants hospitalisés, surtout ceux qui ont été pris en charge par la Child Development Unit (CDU). Au niveau du syndicat, dit-elle, des activités sont aussi organisées. « Me la, zero. Pann anvi panse mem », dit-elle. 

Priya Nundram indique que ses collègues et elle appréhendent justement les rassemblements qui ont lieu normalement durant cette période. C’est pourquoi elle dit sensibiliser son entourage pour éviter de sortir et passer les fêtes sombrement, en famille, chez soi et tout en respectant les gestes barrières.  « Parski si zot kontamine, sa pu tom lor nou et nu kone ki nu pa pu kapav cope », conclu-t-elle.

SirgarSangeeta Singar, cheffe-caissière « Je prends des précautions avant de rentrer chez moi »

Sangeeta Singar est chef caissière chez Dream Price, à Vallée-des-Prêtres. Avec le variant Delta qui sévit dans le pays, le nouveau variant Omicron qui inquiète la planète et l’approche des fêtes de fin d’année, la trentenaire ne manque pas d’exprimer ses appréhensions face à une hausse constante du nombre de clients dans les prochains jours. 

En tant que cheffe-caissière, notre interlocutrice indique qu’elle doit veiller que toutes les transactions se font sans anicroche, que les comptes soient balancés, et que tout soit en ordre. « Autant dire qu’il faut bien avoir la tête sur les épaules. Même si ce n’est pas toujours évident, surtout en période de fin de mois lorsque les clients affluent et que nous sommes appelés à faire des heures supplémentaires », dit-elle. 

Mais ce qui la tracasse encore plus, c’est l’approche des fêtes de fin d’année dans un contexte sanitaire difficile. Elle explique qu’à l’approche des fêtes, le supermarché reste ouvert jusqu’à tard le soir. « On accueille un plus grand nombre de clients. Il y a plus de travail et il faut être doublement vigilant », dit-elle. Ajouté à cela, notre interlocutrice indique que ses collègues et elle doivent souvent composer avec des clients pas toujours coopératifs autour du respect des protocoles sanitaires. « Il y a parfois des clients qui ne mettent pas correctement leur masque. Lorsque nous leur faisons la remarque, ils nous crient dessus. ‘Zot dir zot gegn so, zot pa pu kapav », déplore-t-elle. 

Situations stressantes

Parfois, bien que les masques soient bien portés, certains clients toussent. « Lorsqu’ils sont à la caisse, on n’est qu’à quelques dizaines de centimètres d’eux. On leur demande alors d’éviter de tousser. Certains coopèrent, d’autres non », dit-elle encore. Sangeeta Singar parle alors de situations stressantes. « Cela dit, je ne peux pas laisser le stress prendre le dessus car j’ai aussi des responsabilités », dit-elle. 

Si durant le travail elle tente de vaincre sa peur pour pouvoir remplir ses responsabilités, une fois à la maison, Sangeeta Singar ne lésine pas sur les moyens pour protéger les siens. La trentenaire habite chez sa mère de 65 ans. Elle a deux fils de 18 et 11 ans ainsi qu’une nièce et un neveu de 15 et 10 ans respectivement qui habitent sous le même toit. « Kan mo tann sa malad-la, mo pran tou prekosion avan mo rant kot mwa », dit-elle. Disposant d’une salle de bain à l’extérieur, la caissière y prend une douche avant de rentrer chez elle. « Mo sanitiz mo bann zafer, mo sac, lerla mo rant lacaz. Mo bann zafer mo gard dan lakwisinn », dit-elle. Cela conforte néanmoins notre interlocutrice que tout le monde chez elle soit vacciné, à l’exception des enfants. « Nous nous sentons alors un peu moins à risque », conclu-t-elle.

AmeraullyNausheed Ameraully, receveuse : « Kan ariv kot lopital, leker kumas bat for »

Receveuse a l’United Bus Service (UBS), depuis 18 ans, Nausheed Ameraully a été testée positive à la Covid-19 il y a à peine un mois. Depuis qu’elle a repris le travail, elle dit être angoissée à chaque fois qu’elle s’apprête à prendre des passagers à proximité de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo.   

Malgré toutes les précautions prises, comme plusieurs de ses collègues, Nausheed Ameraully a fini par contracter le virus le 2 novembre dernier. Elle indique que son fils de 24 ans a, par la même occasion, lui-aussi été contaminé. L’habitante de Port-Louis est d’avis qu’elle a attrapé le virus durant ses heures de travail. « Mo panse dan bis mem monn gegn sa parski mo pa ti al lezot plas », soutient la quadragénaire. 
C’est ce qui a contraint la receveuse à s’auto-isoler chez elle pendant environ 2 semaines. « Ti pe gegn douler, febles, lafiev, perdi gou, pa kapav manze-bwar. Pa ti pe kav koze oci parski brons ti sere », explique-t-elle. La mère de famille soutient que bien qu’elle en soit guérie, elle garde toujours des séquelles. « Gegn bann ti douler ek fatig vit », souligne-t-elle. 

Depuis, Nausheed Ameraully affirme qu’elle a redoublé de vigilance. Pourtant, à chaque fois que l’autobus dans lequel elle travaille s’approche de l’hôpital Dr. A.G Jeetoo, la receveuse dit craindre le pire. « Leker kumans bat for. Kan pasaze monte, ena pasian sorti lopital. Ou pa kone kisanla ena Covid et kisanla pena. Ena pu dir nu zot positif kan nu pe pran kas ek donn tiket, me la mazorite pa pu dir nanye », soutient Nausheed Ameraully. Et lorsqu’un passager lui fait comprendre qu’il est positif, la receveuse peine à cacher son inquiétude. « Nu em nu pa kone ki pu fer… pran, pa pran.. », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Ena pasaze parfwa pe touse. Gegn buku per », confie-t-elle.

Plus vulnérable

Depuis que les informations fusent autour du nouveau variant Omicron, notre interlocutrice indique qu’elle se sent encore plus vulnérable. « Li fer pli per », soutient-elle. Elle explique qu’à la maison, elle se fait un devoir de gargariser avec de l’eau chaude chaque deux jours et de faire l’inhalation une fois par semaine. « Je me dis que c’est mieux de prendre le maximum de précaution car je ne sais pas si je peux le contracter une nouvelle fois. ‘Et si gegne pa kone si li pu parey, ou plis grav, pa kav dir. Mie vo mo evite’ », dit-elle.

Depuis que le nombre de contamination ainsi que les décès ont augmenté, Nausheed Ameraully dit avoir noté un changement de comportement parmi les passagers qui se montreraient plus prudents. « ‘Sakenn saryer so ti boutey sanitizer dan so sak ki zot servi kuma fini donn zot tiket.’ Et lorsqu’on leur demande de bien porter leur masque, ils obtempèrent. ‘Avan zot ti pe dir zot gegn so. Mo krwar zot pe per’ », lâche la receveuse. Elle dit avoir aussi remarqué une baisse du nombre de passagers à l’heure des visites à l’hôpital Dr A.G Jeetoo. « Bann dimoun mo panse pa pe al rann visit. Avan ti pe gegn buku pasaze sa-lerla », dit-elle.

 

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