
Face aux inondations récurrentes, le Land Drainage Master Plan (LDMP) déploie des actions ciblées sur une soixantaine de sites critiques. Drains, bassins de rétention et planification urbaine renforcée constituent les principales mesures pour réduire les risques de crues.
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Le problème des inondations récurrentes à Maurice a conduit les autorités à accélérer la mise en œuvre du Land Drainage Master Plan (LDMP). Selon le National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC), environ soixante sites à travers l’île ont été classés comme zones critiques et fortement exposées aux risques d’inondation.
Une partie des travaux de drains a déjà été réalisée, mais le plan prévoit une série de projets actuellement en cours d’exécution et doit encore couvrir plusieurs régions vulnérables. Les prochaines étapes incluent la création de nouveaux drains, dont des « cut-off drains », ainsi que la construction de bassins de rétention, de digues et de murs de protection. Parmi les localités les plus touchées figurent Port-Louis, Fond du Sac, Cottage, Vacoas, Nouvelle-France, Rivière des Créoles, Bambous Virieux et Flacq.
Le LDMP repose sur une approche intégrée combinant des mesures structurelles et non structurelles. Côté infrastructures, il s’agit de renforcer et d’élargir les canaux existants, de créer de nouveaux ouvrages de protection et d’assurer l’entretien des réseaux – rivières, drains et canaux – afin d’éviter l’accumulation de déchets. Des dispositifs comme les trash rails, installés à l’entrée des ponts et ouvrages de franchissement, doivent aussi améliorer l’évacuation des eaux.
Sur le plan non structurel, les autorités mettent l’accent sur une meilleure planification urbaine et la sensibilisation du public. Les collectivités locales sont encouragées à organiser des exercices de gestion de crise et à intégrer les risques d’inondation dans leurs documents d’urbanisme. L’établissement de zones « No Go » et « No Expansion » vise à limiter l’urbanisation dans les secteurs les plus exposés.
Le défi reste néanmoins considérable. L’urbanisation croissante et la multiplication des surfaces imperméables accentuent le ruissellement, aggravant les risques de crues. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, avec une intensification des pluies et des inondations soudaines observées ces dix dernières années.
L’hydrographie de Maurice explique aussi les disparités régionales. Les régions du Sud et de l’Est sont riches en rivières, contrairement à la Plaine du Nord, où les sols volcaniques, plus perméables, limitent le ruissellement. Néanmoins, l’infrastructure de drainage existante reste insuffisante pour faire face aux fortes averses.
Le LDMP définit plusieurs priorités : améliorer la connaissance et la perception des risques, intégrer la gestion des inondations dans la planification urbaine, réduire la vulnérabilité des personnes et des biens – y compris par relocalisation – et développer des ouvrages de contrôle des crues et des murs de protection. En parallèle, la sensibilisation du public est essentielle. Le plan prévoit des actions éducatives, des réunions d’information tous les deux ans et la diffusion de fiches de risques dans les municipalités.
En matière de gestion de crise, l’étude Enhancing Resilience to Climate Change (ER2C) souligne que la mobilisation des ressources locales constitue la voie la plus efficace. Les autorités locales, avec l’appui du NDRRMC, sont appelées à élaborer leurs propres plans de réduction des risques afin de renforcer l’appropriation au niveau communautaire.
Dans le LDMP récemment rendu public, on retrouve plusieurs recommandations. Parmi elles, la mise en place régulière d’exercices de simulation et le développement de plans spécifiques : continuité d’activité pour les entreprises, sécurité des établissements scolaires, plans familiaux et mesures adaptées aux zones touristiques. L’objectif final est de promouvoir une gestion intégrée du risque d’inondation, de mobiliser tous les acteurs – autorités, collectivités et citoyens – et de renforcer la résilience du pays face à des phénomènes climatiques appelés à s’intensifier.
Le Land Drainage Master Plan, commandé par l’Agence Française de Développement (AFD) pour le compte du gouvernement mauricien, a été conçu pour répondre aux défis de la problématique des zones inondables à Maurice. Son objectif principal est de réduire la vulnérabilité de la population et des activités économiques face aux épisodes de pluies intenses et aux risques d’inondation, dans le contexte du changement climatique.
Le plan vise à apporter une assistance technique à la Land Drainage Authority (LDA) à travers des études de vulnérabilité et de faisabilité, l’élaboration de politiques nationales, la promotion de la bonne gouvernance, la conception de plans d’action et le renforcement des capacités. Il doit également soutenir la LDA dans la définition de lignes directrices et de principes de gestion des eaux pluviales destinés aux concepteurs de projets, afin de limiter les impacts liés à l’aménagement du territoire.
Le développement rapide des infrastructures, l’augmentation de la population et du revenu par habitant exercent une pression croissante sur les terres forestières et agricoles, souvent transformées en zones urbaines. Ce phénomène entraîne un ruissellement accru et pose des défis supplémentaires pour un système de drainage efficace.
Drains : les limites du système exposées
Environ soixante sites vulnérables aux inondations ont été recensés par le NDRRMC. Malgré les travaux entrepris depuis 2003, de nombreuses régions restent exposées, révélant les limites du système de drainage et l’urgence d’une meilleure gestion.
Le National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC) a identifié environ soixante sites critiques et particulièrement vulnérables aux inondations. Cette situation met en lumière les limites de l’infrastructure de drainage actuelle, dont la capacité est insuffisante pour évacuer les eaux pluviales lors des fortes pluies. L’absence d’entretien préventif aggrave encore le problème.
Port-Louis
Dans la capitale, plusieurs zones sont considérées comme prioritaires pour la gestion des eaux pluviales : Rivière Lataniers et Canal Anglais (Secteur 73) ; Rivière-du-Pouce, Ruisseau-de-La-Poudrière, Ruisseau-des-Créoles et cut-off drain (Secteur 75) ; Canal Dayot et les drains de sa zone urbanisée (Secteur 77).
Hors de la capitale
En dehors de Port-Louis, d’autres sites nécessitent une attention particulière : Flic-en-Flac (Secteur 65), Bel-Ombre (Secteur 22), Nouvelle-France (Secteur 47) et Grand-Baie / Pereybère (Secteurs 5 et 6).
Zones complémentaires
Parallèlement, d’autres régions sont suivies dans le cadre des initiatives de drainage : Mapou Piton Cottage (Secteur 1), Clemencia, Bel-Air, Olivia et Pont-Lardier (Secteurs 25 et 102), Flacq (Secteur 43), Coteau-Raffin (Secteur 59), Terre-Rouge (Secteur 72), Port-Louis La Paix (Secteur 74), Pointe-aux-Sables (Secteur 78), Henrietta Malakoff (Secteur 82), Vacoas – Quatre-Bornes (Secteur 85) et Camp Caval à Curepipe (Secteur 86).
GIBBS
La problématique des inondations n’est pas nouvelle. En 2003, un rapport de la firme GIBBS, commandité par le ministère des Services publics, avait identifié 326 zones inondables. Si plusieurs mesures ont été prises depuis, certaines régions demeurent vulnérables, notamment à Port-Louis, où des zones comme la rue La Poudrière, La Chaussée et John Kennedy se transforment en véritables cuvettes à la moindre averse.
Land Drainage Authority
En avril 2021, la Land Drainage Authority (LDA) a publié un document classant les zones à risque sur une échelle de 1 à 5, 5 désignant les zones les plus exposées. La circonscription No. 8 (Quartier-Militaire – Moka) arrivait en tête avec 32 zones, suivie de la circonscription No. 14 (Savanne – Rivière-Noire) avec 27 zones, puis des circonscriptions No. 4 (Port-Louis Nord – Montagne-Longue) et No. 20 (Beau-Bassin – Petite-Rivière), qui en comptaient chacune 23. Toutefois, la circonscription No. 4 est considérée comme la plus vulnérable, avec 14 zones classées à très haut risque.
Critères
Pour établir ce classement, la LDA s’est basée sur huit critères : l’étendue des zones basses sujettes aux inondations, le niveau des floodmarks (hauteur d’eau accumulée), la récurrence des inondations, la vitesse de l’écoulement, le nombre de bâtiments existants ou futurs dans la zone, le nombre déjà touché, le nombre estimé de personnes affectées et la présence de services essentiels (écoles, hôpitaux, maisons de soins et de retraite).
Risques
La LDA souligne que les habitants des zones inondables sont exposés à des risques sanitaires, économiques, environnementaux et patrimoniaux. « Les habitants sont exposés à la perte de leurs biens, de leur logement et de leur vie. On ne peut oublier le douloureux incident du 30 mars 2013 qui a fait onze morts à Port-Louis, ainsi que les récentes inondations dans le sud-est de l’île, où les habitants ont perdu la plupart de leurs biens de valeur », rappelle l’organisme.
LDMP : avancées, erreurs et défis
La publication du Land Drainage Master Plan et du Digital Elevation Model suscite réactions et inquiétudes. Les ONG et les écologistes saluent un outil essentiel, mais dénoncent le poids du développement immobilier dans la vulnérabilité accrue face aux inondations.
Depuis la réalisation du Land Drainage Master Plan (LDMP), certaines évolutions ont eu lieu, mais ce plan directeur et le Digital Elevation Model (DEM) demeurent des outils de travail essentiels. Toutefois, comme tout plan directeur, ils nécessitent une réactualisation régulière à la lumière de nouvelles données climatiques, souligne Adi Teelock, membre de Platform Moris Lanvironnman (PML).
Selon elle, le développement, notamment immobilier, a été un facteur majeur dans la création de zones inondables. « Certains ont tendance à montrer du doigt les petits propriétaires qui construisent ou empiètent sur les drains, alors qu’ils ferment les yeux sur des pratiques agricoles, des centres commerciaux et des projets immobiliers qui ont bloqué les systèmes de drainage naturels », déclare-t-elle. Elle cite en exemple la construction de villas à La Croisette et à Bagatelle, au pied des montagnes. Pour elle, il faut inverser le raisonnement. « Ce n’est pas l’impact des zones classées inondables sur les projets immobiliers qui compte, mais celui de ces développements sur la vulnérabilité du territoire. »
Adi Teelock rappelle aussi que les écosystèmes naturels – Wetlands, drains naturels et forêts interconnectés – régulaient depuis toujours le cycle de l’eau. Leur dégradation a causé « un tort immense ». Elle estime qu’un plan d’évacuation doit être pensé à l’échelle régionale et nationale, en tenant compte des écosystèmes interconnectés. Elle attire également l’attention sur la dimension sociale : les ménages à bas revenus sont les plus exposés. « Il est donc aussi question de justice sociale, climatique et environnementale », dit-elle. D’où la nécessité de mettre en place des mécanismes de soutien pour les petits propriétaires affectés par des restrictions de construction.
De son côté, Carina Gounden, coordinatrice de programme de l’ONG mru2025, considère la publication du LDMP et du DEM comme une avancée majeure. « Voilà des années que nous demandions que ces données soient rendues publiques. Leur publication est un pas important pour la démocratie environnementale », avance-t-elle.
Mais elle déplore que, malgré la disponibilité de ces informations sous le précédent gouvernement, des autorisations aient été données pour des projets immobiliers sur les pentes de montagnes ou sur des sols artificialisés en amont, aggravant les inondations en aval. Elle rappelle que l’ancien ministre des Infrastructures publiques, Bobby Hurreeram, avait déclaré à l’Assemblée nationale que « le public n’a pas à tout savoir ».
Pour Carina Gounden, les données publiées datent de 2019 ne reflètent plus la situation actuelle. « Depuis, la pression immobilière s’est intensifiée et nous avons connu des pluies plus intenses », souligne-t-elle.
Elle insiste sur la nécessité d’une gestion intégrée : préserver forêts et zones humides, freiner l’artificialisation des sols et assurer la cohérence des politiques publiques. Sans cela, le plan « restera lettre morte ».
Le LDMP révèle aussi une réalité préoccupante : certaines régions pourraient devenir inhabitables, notamment en cas de cyclone combinant pluies diluviennes et submersion marine. Il définit des « No Go Zones », comprenant les zones humides et plaines inondables, et des « No Expansion Zones », où toute extension doit être interdite. « Nous avons une double responsabilité : appliquer les recommandations du plan et réparer les erreurs du passé », insiste Carina Gounden. Ce qui nécessitera des moyens financiers, du courage politique, mais aussi, dans certains cas, une relocalisation progressive et concertée des habitants, avec des terrains sûrs réservés dans leurs villages.
Elle appelle aussi à intégrer les données du LDMP dans la nouvelle National Land Development Strategy et les Outline Planning Schemes, pour les traduire en zonages contraignants. Mais elle reconnaît que les pressions du secteur immobilier restent fortes.
La coordinatrice de mru2025 insiste également sur l’importance d’accompagner les habitants déjà exposés. Pour beaucoup, des travaux d’adaptation (rehaussement de maisons, consolidation de fondations, amélioration du drainage) seront nécessaires, mais coûteux selon elle. « L’adaptation ne doit pas devenir un privilège réservé à quelques-uns », dit Carina Gounden, plaidant pour des mécanismes de soutien financier et technique. Elle ajoute que parallèlement, il faudra revoir des constructions existantes aggravant la vulnérabilité collective, comme celles érigées sur des drains naturels, au pied des montagnes ou au bord des rivières. Dans certains cas, la relocalisation sera la seule option.
Carina Gounden met aussi l’accent sur la sensibilisation citoyenne. « Les Mauriciens doivent comprendre l’importance des zones humides comme défenses naturelles. » Elle estime qu’il faut intégrer le LDMP dans une vision de long terme, cohérente avec le projet de loi sur les zones sensibles (ESA Bill) et la National Development Strategy.
Elle attend désormais la publication du rapport du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur les risques côtiers, pour compléter la cartographie de la Land Drainage Authority. « Les dangers viendront des pluies et de la mer qui gagne du terrain », prévient-elle. Et de conclure : « Ce plan ne sera utile que si nous passons de l’intention à l’action, avec transparence et fermeté. »
Adi Teelock souligne qu’en matière de préparation aux catastrophes, il faut penser en termes régionaux et nationaux, en tenant compte des écosystèmes interconnectés, et pas uniquement des quartiers, lotissements ou villages pris isolément. « C’est le plus grand défaut de l’approche adoptée jusqu’ici. »
« Un aspect crucial de l’occupation du territoire est la disparité sociale : les ménages à faibles revenus sont les plus vulnérables à tous ces niveaux. Il n’est donc pas seulement question d’écologie ou d’environnement, mais aussi de justice sociale, climatique et environnementale – toutes intrinsèquement liées. »
Elle ajoute qu’il est également nécessaire de mettre en place des mécanismes de soutien pour les petits propriétaires qui ne pourront plus construire sur leur terrain ou qui devront se conformer à des conditions strictes de construction.
Vassen Kauppaymuthoo : « Les drains ne sont pas l’unique solution »
L’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoo revient sur les limites des mesures actuelles contre les inondations et souligne l’importance d’une approche intégrée, adaptée aux changements climatiques et aux réalités du territoire mauricien.
Le nouveau Land Drainage Master Plan (LDMP) s’est appuyé sur le Drainage and Environmental Management (DEM) et se distingue par sa précision accrue et sa capacité à mettre en lumière les zones inondables, y compris celles nouvellement exposées aux risques. Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement, fait ressortir que cette évolution s’explique à la fois par les effets du changement climatique et par l’hyperurbanisation.
« Avec le changement climatique, les paramètres de pluviométrie sont plus dynamiques. Certaines zones qui n’étaient pas vulnérables auparavant le sont désormais », dit-il. À titre d’exemple, il souligne que là où l’on enregistrait 100 mm de pluie en une heure, il faut désormais s’attendre à 150 mm.
Mais cette vulnérabilité n’est pas uniquement due au climat. L’urbanisation massive a profondément transformé les paysages : constructions sur les flancs de montagne, bétonisation des sols, modification des pentes, alignement artificiel des drains et des rivières. « On a imperméabilisé les sols avec du bitume et du béton, diminué la couverture végétale et réduit la capacité naturelle d’absorption. Résultat : l’eau ruisselle plus vite, avec plus de force, et les risques d’inondations s’aggravent », poursuit-il.
Selon lui, ces transformations expliquent pourquoi le LDMP diffère des plans précédents. Il prend en considération à la fois les nouveaux paramètres climatiques et l’évolution de l’occupation du sol. Mais ce plan n’est pas figé. « Il faudra en élaborer un nouveau d’ici 2030 ou 2032, car la situation continue d’évoluer », préconise-t-il.
Concernant les mesures déjà mises en place, l’ingénieur se montre critique : « Les drains n’ont pas donné les résultats escomptés. On a cru, à tort, qu’ils suffiraient à résoudre le problème. Or, ils ne font que transporter l’eau d’un point A à un point B, souvent en grandes quantités, ce qui peut accentuer les risques ailleurs. »
Pour lui, la solution réside dans une approche intégrée : « Il faut privilégier des solutions basées sur la nature, l’adaptation et une meilleure planification territoriale. Cela implique de limiter l’imperméabilisation, de renforcer la reforestation et de protéger les cours d’eau naturels. Ces rivières et drains naturels guident l’eau vers la mer et jouent un rôle essentiel dans la régulation des flux. »

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