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Indira, la Mauricienne qui fait manger les Italiens à Milan

Indira Fontana devant son restaurant en Italie. Indira Fontana devant son restaurant en Italie.

À Milan, il y a un restaurant bien connu, la Casa Fontana. La spécialité du restaurant est le risotto milanese. Ce plat est très apprécié par une clientèle haut de gamme, composée non seulement d’Italiens mais aussi de Chinois, Japonais, Américains et autres. La particularité de ce restaurant milanais, c’est que le risotto n’est pas préparé par quelqu’un du pays mais par une Mauricienne qui est établie là-bas depuis plus de quarante ans.

La Mauricienne dont nous parlons s’appelle Indira Fontana. Sous son nom de jeune fille, Butcha, elle est née à Maurice il y a 65 ans. Depuis quarante ans, elle et son mari, Roberto Fontana, gèrent un restaurant à Milan, en Italie.

Comment a commencé cette aventure ? En voulant s’enfuir loin du toit familial où sa vie et celle de ses sœurs et frères étaient devenues un « enfer » après que son père Sonalal Butcha, un marchand de lait qui desservait la capitale, se fût remarié, leur mère étant décédée. Après sa deuxième union, le monsieur devait compter 12 enfants au total – 8 filles et 4 garçons.

Après avoir exercé pendant deux ans au sein d’une firme électronique américaine basée à Plaine-Lauzun, Indira est partie pour l’Italie à l’âge de 21 ans. En fait, pratiquement toute la famille s’est dispersée après le remariage de son père. Si Indira est partie pour l’Italie, deux de ses sœurs sont parties vivre en Angleterre, deux autres en France et deux encore en Belgique.

Indira ne connaissait personne en Italie. Elle a postulé pour un poste de babysitter proposé par une agence spécialisée et elle l’a décroché à sa première tentative. Elle était partie avec un permis de séjour, son contrat et son visa. En règle, quoi !

La famille qui l’a accueillie habitait en Sicile. « Au début, mon existence fut difficile, raconte-t-elle. « La famille me dominait et j’étais mal rémunérée. Dès mon arrivée, le chef de la maison a confisqué mon passeport et aussi mon contrat de travail. Je n’avais aucun droit, aucune liberté. Normalement, une babysitter fait quoi ? Mais moi, en plus de veiller sur l’enfant, je devais faire le travail d’une bonne. J’étais sur mes pieds de 7 h du matin jusqu’à minuit. Je ne disposais que de deux heures de repos, les dimanches seulement ! J’étais une vraie esclave. Ce n’était pas le genre d’existence à laquelle j’avais songé en venant en Italie. Parfois, j’étais découragée et je voulais m’enfuir. Mais ils avaient mon passeport avec eux. Après tout, s’enfuir pour aller où ? »

Indira a supporté tout cela pendant deux ans. Après quoi, elle est partie chez l’une de ses sœurs qui habitait en Angleterre. Puis elle est revenue en Italie, ayant trouvé du travail à Naples. Un autre poste de babysitter, mais un vrai cette fois-ci ! Elle est donc restée pendant quatre ans dans la famille Palombo. « On m’a bien traitée. On m’a considérée comme un membre de la famille. Quand ils partaient en vacances, ils m’emmenaient avec eux », déclare-t-elle.

L’amour de sa vie

Indira et son mari Roberto Fontana gèrent depuis quarante ans, le restaurant Casa Fontana à Milan, en Italie.
Indira et son mari Roberto Fontana gèrent depuis quarante ans, le restaurant Casa Fontana à Milan, en Italie.

C’est justement lors des vacances de Noël, passées dans une station de ski, qu’elle a rencontré celui qui allait devenir son mari. Ils se sont mariés trois ans après. C’était en 1985, elle avait alors 31 ans.
Roberto Fontana, Italien de naissance, travaillait dans le restaurant familial. Au début, elle n’était pas la bienvenue au sein de la famille. Elle a connu pas mal de difficultés mais ce qui était bien, ce qu’elle avait le soutien de son mari.

En 1979, la famille Fontana a ouvert un restaurant à Milan, plus modeste que le précédent et situé hors de la ville. La Casa Fontana célèbre donc sa 40e année d’existence cette année. Ainsi, depuis quarante ans, Indira la Mauricienne fait manger des Milanais puisque c’est elle qui prépare le risotto, un plat typiquement italien et qui comprend plusieurs variétés.

Le beau-père d’Indira décède en 1983. Son mari, fils unique de ses parents, et elle prennent alors en charge le restaurant. La belle-mère d’Indira décède, elle, en 2004. De son vivant, elle veillait sur la fille d’Indira et Roberto. Cette fille, qui a 28 ans aujourd’hui, termine actuellement des études de droit international.

À Milan, on travaille dur

La spécialité du restaurant est le risotto milanese.
La spécialité du restaurant est le risotto milanese.

Comment est la vie à Milan ? « Bien, répond Indira. « Les gens travaillent dur. Ici, il y a une amélioration constante. Notre restaurant marche bien. Mon mari est d’ailleurs quelqu’un de bien connu. Il a été invité au Japon où il a été interviewé par la télévision nationale. Des chaînes de télévision de toute l’Europe viennent ici pour des reportages, telles que la télévision suisse et allemande. »

Comment se déroule une journée particulière d’Indira ? « Je me lève à 6 h 30. Je me rends à la gym. Je rentre vers 9 h – 9 h 30. Je m’occupe de quelques tâches ménagères avant de me rendre au restaurant. Avant, quand j’étais plus jeune, j’étais sur mes pieds de 7 h du matin jusqu’à minuit. À 65 ans, je n’ai plus le même entrain… », déclare-t-elle.

Le restaurant ouvre ses portes vers 9 h 30 avant de fermer vers 15 h 30 puis rouvrir à 18 h jusqu’à minuit. Les repas sont servis à partir de 12 h 30. Au total, il sert 40 couverts. Indira supervise trois employés dans la cuisine. Son mari et deux serveurs assurent le service à table. Tout le personnel s’offre un jour de repos les lundis. Indira en profite alors pour faire du shopping. Son mari, qui aime bien le football, a alors l’occasion de s’adonner à sa passion : le tennis. Peut-être que le déclin des deux équipes de la ville, le Milan AC et l’Inter Milan, y est pour quelque chose…

Elle n’a pas oublié ses origines

Bien qu’elle fasse manger aux Italiens leur propre spécialité, Indira n’a pas oublié la cuisine typiquement mauricienne. Chez elle, elle confectionne des chappatis. Quand ses sœurs sont avec elle, elles préparent du vindaye, des achards, dholls, bringelles, du chatini pommes d’amour, du chatini coco… Quand ses sœurs ne sont pas avec elle, elle leur téléphone si elle ne connaît pas parfaitement une recette. Les lundis, Indira prépare toujours des plats typiquement mauriciens qu’elle et sa fille (quand elle est à la maison) dégustent ensemble. « Elle apprécie beaucoup les piments. Elle a même passé une petite commande : de l’achard de suranne. Elle aime aussi le poutou, la napolitaine et les pistaches grillées », révèle Indira. « Par contre, mon mari n’aime pas trop le curry, mais il fait un effort de goûter quand même », dit-elle.

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