Société

Henri Favory, dramaturge et artiste engagé: «L’homme violent devrait se faire soigner»

Henri Favory est l’un des dramaturges majeurs de l’île Maurice post-indépendante. Connu pour la densité de son écriture et pour ses pièces coups de poing, à l’instar de « Tras » (chef-d’œuvre sur la lutte syndicale) ou « Nu Traversé » où transpire son âme de féministe, il peut déranger, car c’est un homme sans concession. Il se livre ici avec sa « verve réservée » habituelle. Le système éducatif mauricien fait relativement l’impasse sur les auteurs mauriciens, et sur les dramaturges majeurs du théâtre mauricien, Dev Virahsawmy et Henri Favory. Ce qui fait que la jeune génération ne vous connaît pas. Pourriez-vous vous présenter à eux? Je suis né à Mahébourg, il y a de cela 75 ans. Fils d’un mécanicien et d’une mère au foyer, je suis marié depuis 43 ans et j’ai deux enfants. J’ai été instituteur au primaire durant de longues années avant de prendre ma retraite. Je me considère à la fois dramaturge et formateur. Je suis fier d’avoir formé l’esprit de centaines de petits Mauriciens. Vous avez beaucoup travaillé avec les ONG, et avec Amnesty International vous avez créé Pierrot Latorche, pièce sur la torture, avec SOS  Femmes, Nu Traversé, chef-d’œuvre sur le thème de la violence faite aux femmes, avec DIS-MOI, SANS, une œuvre sur le communalisme, ce cancer qui ronge notre société. Êtes-vous un artiste engagé ? Je suis connu, dites-vous, pour mon théâtre engagé. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il y aurait un « théâtre engagé » et un « théâtre non engagé » ? Je ne le crois pas. Tout est engagé. Consciemment et ouvertement ou inconsciemment et secrètement. Comme une complicité. Chacun fait son choix, en connaissance de cause. À l’île Maurice, on a la manie d’appeler « engagé » tout ce qui est CONTRE et jamais ce qui est POUR. Ce qui fait que, à Maurice, on peut être POUR la peine de mort… impunément. Cela dit, il y a un genre de théâtre qui est, selon le temps, plus populaire que d’autres. C’est le choix du spectateur. Ma première pièce Tizan & Zoli en 1973 a été critiquée comme « fer riyer » par la gauche de l’époque. Aujourd’hui c’est le « fer riyer » qui est populaire. Ça fait rire non ? [blockquote] « Un homme violent est un faible, un homme fort n’a pas besoin de terroriser une femme ou quiconque d’autre pour vivre ! » [/blockquote] Qu’on aime ou non ce type de théâtre, force est de constater que Komiko et Miselaine Duval ont quand même révolutionné le théâtre, en créant un mini-théâtre de boulevard à Maurice. Que pense l’homme de théâtre pur et dur de cette évolution ? La réussite de Komiko et de Miselaine Duval est certes un exemple. Exemple de volonté, de dur labeur, d’un public qui suit également. Il n’y a aucun doute. C’est aussi la réussite d’un genre que vous qualifiez vous-même de « boulevard ». Il reste à souhaiter que d’autres formes de théâtre connaissent pareil succès. Car c’est cela l’enjeu : que le théâtre mauricien puisse s’ouvrir, avec succès à tous les genres possibles, à toutes les formes… et ne pas s’enfermer en une formule unique, aussi bonne soit-elle. L’exemple de KOMIKO est à citer! C’est-à-dire ? C’est-à-dire qu’il est possible de vivre de son art à Maurice. Pourrais-je dire, en parodiant Sartre « si le théâtre n’est pas tout, il ne vaut pas une heure de peine… » ? Qu’en pensez-vous ? Permettez-moi d’être le plus terre-à-terre possible : si le théâtre ne peut pas nourrir le comédien, est-ce que cela vaut la peine ? Le théâtre, c’est quoi ? Une rencontre avec autrui, donc pas du tout à sens unique. Dans Nu Traversé, l’un de vos personnages féminins déclare « vre fam pa permet zom lev lame lor li » pour répondre à une autre qui veut que « vre zom pa bat fam ! » Certains avaient mal interprété ces phrases du féministe que vous êtes... J’ai toujours été étonné qu’un homme puisse frapper une femme however angry he may be, comme dit l’Anglais ! Dans cette problématique de l’homme violent, il y a deux choses. D’abord, le persécuteur est lui-même parfois une victime. Il a été témoin de la violence de son père à l’égard de sa mère, et cela pendant des années, et il a intériorisé cette violence comme faisable et acceptable alors qu’elle est inacceptable ! L’homme violent devrait donc se soigner d’urgence pour ne pas créer d’autres petits hommes violents et d’autres femmes malheureuses ! Mais ce n’est pas une fatalité, heureusement. Il y a des enfants de pères violents qui ont, par l’éducation, apprivoisé cette violence, comme des hommes élevés par des pères exemplaires qui deviennent violents ! Si vous voulez mon avis final sur la question, un homme violent est un faible. Un homme fort n’a pas besoin de terroriser une femme ou quiconque d’autre pour vivre! Un an après les élections générales, quel est votre bilan de la politique culturelle du nouveau ministre titulaire du poste ? Attendons encore un peu, voulez-vous. Le nouveau ministre de la Culture prépare en ce moment une rencontre avec les artistes de théâtre. Je crois que cela mérite quelques points de suspension…
 

Formations en droits humains: Les citoyens au Parlement

[[{"type":"media","view_mode":"media_large","fid":"15019","attributes":{"class":"media-image aligncenter size-full wp-image-25187","typeof":"foaf:Image","style":"","width":"1280","height":"720","alt":"Formations en droits humains"}}]]C’est une visite incontournable, figurant à leur programme de formation en droits humains et citoyenneté. Après avoir assisté à la session parlementaire de mardi dernier, quelques participants nous livrent leurs commentaires et réflexions.

Kumari Mohit, Finance Assistant: «Au cœur de notre système»

« Le Parlement représente le pouvoir législatif. Cette assemblée est au coeur de notre système politique. Les députés, représentants des citoyens, ont un devoir légal et moral à rendre compte à la population de leurs actions. J’ai aimé la façon dont les parties prenantes ont insisté pour avoir des réponses claires et nettes sur divers sujets : infrastructures, environnement, usage des fonds publics et les interventions du leader de l’opposition. Certaines réponses n’étaient pas cohérentes, mais l’échange des arguments était passionnant. Le Speaker et le Deputy Speaker ont joué leur rôle, rappelant les élus à l’ordre quant à leur comportement et responsabilité. L’ironie veut qu’on demande aux invités de bien se comporter et d’être courtois, mais les élus, eux, peuvent se ridiculiser les uns les autres, sans se soucier du public. Grâce à DIS MOI, j’ai vécu une belle et inoubliable expérience. »

Syverrapragassen Pyaneeandee, réceptionniste: «Je me suis concentré à 100%»

« La discipline est de rigueur, mais sans aucune pression. Certains députés viennent bien décontractés, sourire aux lèvres. Pour les questions aux ministres, j’ai apprécié de voir les documents circuler dans l’hémicycle, pour aider les ministres à répondre aux questions. Le Speaker est garant de la discipline au Parlement. J’ai été ébahi par ce qui se passait, car il y a des choses qu’on ne voit pas à la télévision. Tout est différent quand on observe nos élus à l’œuvre. Le journaliste choisit/censure les sujets et les images qu’il fait passer. Les ministres élaborent beaucoup plus sur les questions qu’on ne le voit à la télévision. »

Purusram Bim, retraitée: «Très impressionnée»

« Un petit incident a eu lieu en début de séance. Le leader de l’opposition a demandé aux policiers d’expulser un invité du banc public ! Certains ministres et députés ne s’intéressent qu’à leurs seuls dossiers. Si un autre député prend la parole, beaucoup d’élus consultent leur tablette ou envoient des SMS. Les réponses des ministres sont rédigées à l’avance, et ils font de trop longs discours. D’autres s’ennuient terriblement et jettent souvent un œil à leur montre. J’ai aimé le mouvement des clerks qui échangent de petits bouts de papier ou distribuent de grosses enveloppes ou des documents. Certaines questions me semblaient superflues : les CCTV caméras à Port-Louis ; problèmes d’éclairage et de parking dans les hôpitaux ; toilettes sur les plages; le travail de shifts des médecins. Point positif : après la pause déjeuner, des ministres et députés de l’opposition se parlaient en toute convivialité.  Expérience à vivre. »

Mary Joyce Coco-Sauterelle, travailleuse sociale: «Essentiel à notre démocratie»

« C’est le forum idéal pour discuter des affaires du pays, passer les lois et contrôler les dépenses publiques. La séance de mardi m’a permis de comprendre le déroulement de notre démocratie, car le citoyen, avec le peu qui est diffusé à la télévision, n’a pas toujours les réponses, ni les informations qu’il souhaite, à ses préoccupations. J’ai apprécié le rôle de l’opposition, qui a rendu la session plus captivante, tout en veillant à ce que les mesures annoncées par les ministres soient concrétisées. La formation de DIS-MOI m’a permis de sortir de mon cocon de ‘citoyen qui vit sa petite vie tranquille’, d’approfondir mes connaissances sur mes droits et devoirs et de m’intéresser au fonctionnement du Parlement. Ce cours m’aide dans mon travail, moi qui suis travailleur social de Love Bridge et accompagne des familles vulnérables. Ma mission désormais : veiller au respect des droits humains de ces personnes. »

AGM

L’atelier Sa Nou Vize, ONG partenaire des activités de DISMOI, tient son assemblée générale, le jeudi 28 avril 2016 à 18heures à son siège, chemin Kulpoo Rose-Belle. 

À l’agenda :

■ Le rapport du président ■  Le rapport du Trésorier ■  Le rapport du coordinateur ■  élection des membres du Board

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Disclaimer

Les informations contenues dans ces deux pages n’engagent que l’association  DIS-MOI (Droits Humains Océan Indien) et les intervenants. La reproduction, la diffusion et /ou la distribution de ces informations ne sont pas autorisées  sans la permission de DIS-MOI.

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