Interview

Dr Satish Boolell : «Le rajeunissement de la violence fait peur»

Satish Boolell 

Après ‘Forensic in Paradise’, le Dr Satish Boolell a sorti un deuxième livre, ‘Scalpel and the Pen’, qui jette un regard sur la violence à Maurice avec une dimension sociale. Pour lui, tout le monde veut tout et vite, sinon, c’est la galère.

On constate de plus en plus de violence, verbale mais surtout physique, dans le pays. Que se passe-t-il ?
La violence n’a pas germé comme cela, c’est une inévitabilité d’une génération qui n’a connu ni la guerre ni ses sacrifices. Elle est devenue une société de consommation où tout est achetable. Si on n’a pas d’argent, on vole, on tue. Le droit à la violence est devenu pratiquement un droit humain.

La violence se fait jeune…
Il nous fallait voir venir. Avec la communication, on constate le rajeunissement de la violence dans les campus aux États-Unis, dans les armées africaines ou celles du Moyen-Orient. Ce rajeunissement de la violence fait peur et nous sommes tous coupables de n’avoir pas tiré des leçons et d’avoir banalisé une violence sociale qui aurait pu être gérée.

Est-ce le fait de cette envie de tout avoir et vite et à n’importe quel prix ?
Aujourd’hui, si un jeune ne peut avoir ce qu’il veut, il vole. Nos priorités en tant qu’adultes n’ont été que le côté éducatif, créer des collèges. Ajouter des antennes non académiques est l’équivalent de la création de garderies pour des ados qui nous ont fait passer à côté des responsabilités sociales. Si j’observe le portable que possède un jeune, je peux deviner qui il est.

Est-ce aussi la faute à notre système éducatif ?
Beaucoup de jeunes se sont vus obligés de suivre des cours dans ces institutions avec l’éducation gratuite jusqu’à 16 ans. Jusqu’ici, il n’y a pas eu une étude sociale sur la non réussite scolaire.

Auparavant, il y avait des éducateurs de rue qui savaient prendre en main ces enfants dits « décalés ». Faut-il les réintroduire ?
L’élimination des travailleurs et éducateurs de rue a été néfaste. Ce concept allait donner une dimension d’appartenance à une famille de rue gérée par ces travailleurs sociaux. Leur présence dépassait le cadre de ces enfants de rue et aidait le gouvernement à comprendre l’agressivité des ados dans les places publiques.

Est-ce que ces enfants de rue peuvent être imités par des plus jeunes ?
Les enfants de rue ont malheureusement fait école. Je me souviens de ce jeune qui avait violé une collégienne à Sodnac. Cela se propage.

Le Prevoc a-t-il fonctionné pour sauver quelques jeunes ?
Le Prevoc a fonctionné comme une garderie ou un terminus glorifié. Ou alors, certains qui le fréquentent deviennent oisifs et se mettent à consommer de la drogue synthétique et, d’autres, des vendeurs. Aussi simple que cela.

Au primaire, cela commence à faire des vagues…
Hormis des ados des collèges, je connais des enfants du primaire qui ont une éducation sexuelle hors-pair. Sans compter leur comportement vis-à-vis de leurs parents. C’est inouï.

Est-ce la faute aux parents ?
Je le dis toujours, il n’y a pas de mauvais enfants, mais de mauvais parents. Pour gérer la violence, il faut se mettre dans la peau d’un enfant : voir ce qu’il mange, ce qu’il fait, qui il fréquente, ce qu’il voit sur le Net.

La faute aux seuls parents ?
Les parents se dédouanent de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants. Il n’est pas donné à tous d’être parents. Ils n’ont pas conscience de l’effet des réseaux sociaux sur la suicide, sur la drogue synthétique et sur la vie sociale des jeunes.

Tout ce qui maintient un senior à la maison, c’est sa pension»

On a l’impression que nos jeunes manquent de loisirs, alors ils se défoulent comme ils peuvent…
Il faut une politique de loisirs alors que le ministère de la Jeunesse se concentre sur le sport d’élite. Il faut une politique de sport de masse, attirer les jeunes à venir se défouler autrement que sur les vieux et autres. Créons des rings de boxe, des terrains de basket. Car, si ces jeunes sont oisifs, ils feront n’importe quoi et vont atterrir au Recreational Youth Centre (RYC) et là-bas, ils auront du galon car c’est une université. Ils deviendront plus violents à leur sortie.

Estimez-vous que cette violence, cette désobligeance envers la société ne touche qu’une section de la population, soit ceux vivant dans des territoires dits « chauds » ?
Il n’y a pas que les pauvres qui sont violents. On a une mimick society, on fait du copier-coller’. Heureusement on n’a pas une culture où la vente d’armes est libre. À vrai dire, j’ai plus peur d’un jeune que d’un adulte qui est libéré après avoir purgé une peine de prison. Les jeunes en groupe sont dangereux, surtout s’il y a parmi eux un ring leader.

Il y a quelque temps, des étudiants s’en sont donné à cœur joie à la gare du Nord et certains ont même malmené des policiers. Où va-t-on ?
Il ne faut jamais employer la manière dure envers les jeunes, il faut les responsabiliser. D’abord, casser les gangs, brimer les ring leaders qui ne sont rien sans leurs troupes. Le ministère de l’Éducation sait quels collèges sont concernés par ces querelles.

Faut-il encore que ces jeunes veulent bien se comporter…
Je vais vous avouer une chose : je suis déçu par le langage communal des jeunes. C’est pour cela que je le répète qu’avant que les choses ne deviennent virales et tournent au catastrophe, interrompons ce cycle infernal.

On montre du doigt l’absence des religieux qui ont jeté l’éponge…
Effectivement, au lieu de prêcher dans les différents lieux de culte et de rester dogmatiques, descendez sur le terrain, appliquez les préceptes théoriques. Ils n’ont pas évolué avec leur temps. Parce que dans ce pays, les jeunes sont très pratiquants, à les voir lors des différentes fêtes religieuses. Il faut aussi venir avec le concept de summer work durant les vacances qui attirera les jeunes, contre paiement bien sûr.

Un autre problème qui surgit est la violence envers nos seniors. Que faire ?
Maurice vit un vieillissement de la population, cela est un fait. Mais, je constate qu’on néglige de plus en plus nos vieux. Auparavant, ils étaient des pare-chocs pour les jeunes couples et vivaient leur vie en toute liberté. Maintenant, avec le vieillissement de la population, la violence au sein de la famille est criarde. Il faut réagir. Auparavant, il y avait des clubs de jeunesse et cette pression de groupe soutenait les plus âgés et plus faibles. On n’osait pas manquer du respect à nos vieux. Pas aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé ?
Tout ce qui maintient un vieux à la maison, c’est sa pension. C’est pour cela que j’ai toujours œuvré pour la création d’une Ombudsperson for Elderly avec plein de pouvoirs. Celle pour les enfants n’est qu’un récipiendaire d’informations et qui n’a pas de pouvoirs exécutifs. Or, une Ombudsperson for Elderly aiderait grandement les vieux qui se font tabasser, agresser, voler, maltraiter par des proches se tournent envers cette institution qui aura le devoir de les protéger. L’institution aurait pour tâche de visiter les couvents, les homes et vérifier la qualité des services offerts. Ceux qui voudront agir méchamment contre leurs seniors sauront qu’ils sont surveillés. Mais, il faut que ce conseil ne soit pas politisé en casant des petits copains, des colleurs d’affiches.

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