Economie

Tourisme en déclin : à qui la faute ?

Une baisse de 1,2 % a été notée dans les arrivées touristiques de janvier à mars de cette année.
Sen Ramsamy, directeur général de Tourism Business Intelligence.
Sen Ramsamy, directeur général de Tourism Business Intelligence.

L’industrie du tourisme est le théâtre d’une guerre larvée depuis un certain temps, avec pour toile de fond, une baisse dans le nombre d’arrivées touristiques depuis janvier 2019, surtout venant de Chine. Nos marchés émergents démontrent des signes de faiblesse, et c’est la panique parmi les principaux acteurs qui se renvoient la balle. À qui la faute?

De janvier à mars 2019, selon les chiffres officiels, nous avons reçu un total de 352 305 touristes, soit une baisse de 1,2 % par rapport à la période correspondante l’année dernière où il y avait 356 415 arrivées. C’est la Chine qui accuse une plus grande baisse, de 18 028 pour le premier trimestre de 2018 à 12 384 pour celui de 2019. Il y a aussi eu une baisse comparative de 957 visiteurs dans les arrivées indiennes, entre les deux périodes. Par contre, les arrivées du Moyen-Orient ont augmenté de plus de 20 % avec l’Arabie saoudite qui mène le peloton. 

Les principaux acteurs de l’industrie essayent de comprendre les raisons derrière la chute des arrivées chinoises. Pour le ministre du Tourisme, cette chute est un gros souci car la Chine était considérée comme un marché très émergent pour ce secteur. L’une des raisons est la réduction de la capacité de transport aérien par environ 6 500 sièges. À noter que la China Southern Airlines a cessé de desservir Maurice en novembre 2015, suivie d’Air Asia X en mars 2017, ce qui a eu un impact considérable sur les arrivées. Puis, Air Mauritius a également mis un terme à ses vols vers Guangzhou, Chengdu et Wuhan. Dans une déclaration au Parlement récemment, le ministre Anil Gayan a dit que Maurice ne doit pas perdre son intérêt pour le potentiel de la Chine, qui est le marché du tourisme qui connaît la croissance la plus rapide au monde. 

Rubina Kausar, tour-opératrice de Shahid Travel Agency à Faisalabad.
Rubina Kausar, tour-opératrice de Shahid Travel Agency à Faisalabad.

Le Pakistan, un marché négligé

Pour Sen Ramsamy, directeur général de Tourism Business Intelligence, le secteur reste trop figé dans le traditionnel produit soleil/mer/plage et ne parvient pas à répondre aux nouvelles attentes des voyageurs d’aujourd’hui. Il pense que « le marketing du tourisme mauricien n’a pas vraiment évolué » et déplore « une absence totale d’une politique de développement touristique ». Il trouve aberrant que Maurice ait pu accueillir seulement 66 000 touristes chinois en 2018 alors que les Maldives ont vu l’arrivée de 283 000 Chinois. Mais la faute ne revient-il pas à un manque de sièges ? Sen Ramsamy argue qu’il est trop facile de tenir Air Mauritius responsable alors que le problème principal réside dans l’offre et notre façon de promouvoir la destination mauricienne en Chine.

Le nombre de touristes pakistanais ayant visité l’île Maurice en 2018 était de 1 207. C’est une très légère hausse comparé aux 1 088 en 2017. Pourtant, le Pakistan comporte une proportion importante de personnes de la classe aisée qui voyagent beaucoup, mais l’île Maurice n’arrive pas à capturer ce segment. Selon Rubina Kausar, tour-opératrice de Shahid Travel Agency à Faisalabad, troisième plus grande ville connue comme le Manchester du Pakistan, parce qu’elle abrite le plus grand centre manufacturier du pays, les riches Pakistanais voyagent beaucoup à l’étranger mais beaucoup ne connaissent pas trop l’ile Maurice comme une destination de vacances. « Ils ont tendance à visiter Dubaï, Londres, Singapour et Kuala Lumpur pour y faire du shopping. Je pense qu’il n’y a pas de campagne de promotion par les agences mauriciennes pour cibler les touristes pakistanais », explique-t-elle. « L’absence d’une ligne aérienne directe est aussi un obstacle », ajoute-t-elle. 


Jocelyn Kwok (CEO de l’AHRIM) : « Tout le pays n’est peut-être pas assez préparé pour agir comme hôte »

Jocelyn Kwok, CEO de l’AHRIM, explique que nos principaux marchés subissent diverses contraintes qui ont une incidence sur les voyages transfrontaliers. La compétitivité, ajoute-t-il, ne concerne pas uniquement le prix, mais aussi d’autres composantes. « Je crains que Maurice ne se porte pas bien. Le tourisme de vacances, principalement pour les destinations long-courriers, repose principalement sur les recommandations des utilisateurs. Les derniers chiffres de Statistics Mauritius sur les perceptions des visiteurs sur la destination montrent une détérioration significative du produit pour l'année 2017, notamment sur l'état de l'environnement et le niveau de sécurité » dit-il. Et d’ajouter : « Cela nous porte à croire que recommander l'île Maurice est maintenant moins fort de la part de nos visiteurs. Nous sommes conscients des problèmes qui subsistent dans les pays, tels que le manque de pratiques en matière de santé et de sécurité, la prolifération des animaux errants, le manque de protection des touristes et les fautes commises par des opérateurs licenciés ou ceux non enregistrés. Donc, ce n’est pas simplement le cas du ministère du Tourisme, de la MTPA, d’Air Mauritius ou d’hôtels ne pouvant pas atteindre le but; c’est tout le pays qui n’est peut-être pas assez préparé pour être et agir comme un hôte aux normes et capacités internationales ».

Le golf oui, mais à quand le cricket ?

Récemment, le ministre du Tourisme, en s’adressant aux représentants d’une soixantaine de tour-opérateurs indiens, s’est demandé pourquoi les Indiens se rendent en Thaïlande ou au Vietnam pour jouer au golf alors qu’ils auraient pu choisir Maurice. Le golf est certes un attrait principal pour le tourisme, mais Maurice a complètement oublié le cricket. Selon la presse indienne, ils seront plus de 80 000 Indiens à visiter le Royaume-Uni cette année pour assister aux matchs de cricket dans le cadre de la 12e édition de la Coupe du Monde 2019 qui se tiendra du 30 mai au 14 juillet 2019. Ce sera la cinquième fois que l'Angleterre accueillera la Coupe du monde de cricket. 

Des dizaines de milliers de ressortissants des autres pays du Commonwealth, à savoir l’Afrique du Sud, le Bangladesh et le Pakistan, entre autres, se déplaceront également pour l’occasion. Si l’Angleterre a son Oval et son Lord’s, imaginons un instant si Maurice aurait eu un stade de cricket à Côte d’Or, qui aurait pu accueillir des grands matchs internationaux ainsi que des sessions d’entraînement à longueur d’année. Imaginons une finale qui se dispute chez nous entre l’Inde et le Pakistan et les retombées touristiques et médiatiques! N’est-il pas temps d’investir dans les infrastructures nécessaires afin de faire de Maurice une destination de cricket de classe ?

Arrivées touristiques de nos marchés émergents 
Pays 2017 2018
Inde 86,294 85,765
Chine 72,951 65,756
Pakistan 1,088 1,207
Malaisie 4,352 2,165
Israël 1,698 2,165
Arabie Saoudite 5,142 16,507

Les Israéliens découvrent Maurice

Gil Friman et sa famille lors de leur visite à Maurice.
Gil Friman et sa famille lors de leur visite à Maurice. 

Ils sont 2 165 ressortissants israéliens à avoir visité Maurice en 2018, contre 1 698 en 2017. Selon Gil Friman, un psychologue basé en Israël et qui officie comme Vacation Counselling Entrepreneur, Maurice est un paradis, avec des belles plages, un beau climat, des hôtels de luxe mais aussi des sites naturels comme le Casela. Cependant, très peu d’Israéliens connaissent le pays. « À titre de comparaison, il y a environ 34 000 membres au sein d’un groupe touristique israélien sur Facebook se concentrant sur Zanzibar mais seulement 600 d’entre eux parlent de Maurice. » 

Gil Friman relate qu’après avoir visité toutes les belles plages de la Méditerranée et la Thaïlande et d’autres destinations populaires, il s’est rendu aux Seychelles où un chauffeur de taxi lui a parlé de Maurice. C’est ainsi qu’il est venu ici l’année dernière par curiosité pour voir ce que notre pays offre. « Nous sommes immédiatement tombés amoureux de votre beau pays. Je pense qu’il existe un énorme potentiel touristique à Maurice pour les Israéliens. Le prix des hôtels en Israël est très élevé, ce qui rend les vacances à l'étranger très populaires pour les Israéliens. Israël est un pays sous tension, alors les Israéliens aiment se détendre et profiter de leurs vacances sur des plages ensoleillées et des hôtels de luxe », dit le consultant. Il précise que les Israéliens font confiance aux sites web et agences qui communiquent en hébreu, donc la campagne de promotion doit se faire en cette langue. « C’est ce que je fais en tant que consultant et je serai ravi de travailler avec les autorités mauriciennes », dit notre interlocuteur. « Nous avons tendance à faire confiance principalement à notre propre peuple et nous préférons être approchés dans notre propre langue, l'hébreu. Dans les destinations touristiques les plus prisées par les Israéliens, des entrepreneurs israéliens ont créé des centres de conseil touristique locaux, qui servent d'intermédiaires aux hôtels et aux attractions touristiques des prestataires locaux aux clients en Israël, dans leur propre langue. Ils organisent une variété d'excursions d'une journée locale en hébreu à leurs clients, leur donnant ainsi le sentiment d'être 'chez eux' pendant leurs vacances », explique notre interlocuteur, qui souhaite s’installer à Maurice et lancer une entreprise pour attirer les touristes israéliens.

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