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Reward Money : peut-on résoudre des enquêtes sans primes aux informateurs?

Des collaborateurs proches de l’ex-CP ont été épinglés dans cette affaire.
  • Primes aux indics : une arme à double tranchant

Peut-on résoudre des enquêtes sans Reward Money ? L’affaire du paiement de primes aux informateurs par la police est d’actualité depuis plus d’un mois. Avec les multiples arrestations de policiers soupçonnés d’avoir détourné l’argent destiné aux indics, le constat est clair : les informateurs deviennent plus réticents et plus exigeants. Surtout après les énumérations des montants de Reward Money jugés exagérés durant l’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC). C’est le Reward Money Handler qui est chargé de répartir les sommes, lorsqu’il existe plusieurs sources d’information, après la réalisation d’opérations réussies. La police peut-elle vraiment se passer d’informateurs ? Zoom…

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Les informateurs sont considérés comme primordiaux pour le bon fonctionnement de la police. Au Police Headquarters (PHQ) des Casernes centrales, on affirme que le public en général est un partenaire clé de la force policière dans son combat contre la criminalité. « Si la polis pa gagn informasion, li bien, bien difisil, parfwa mem inposib, pou elisid bann ka, avek sikse », explique un surintendant de police. Il cite à titre d’exemple un cas de meurtre : « Kan ena enn krim, de dimounn lager ek enn touy lot. Pena okenn polisie ki prezan dan sa ler-la. Se prinsipalman gras a informasion piblik ki nou kapav remont ver sispe ek determine ki finn arive », explique ce haut gradé.

Les informateurs souhaitent majoritairement rester anonymes, et c’est souvent leur contact person qui transmet leurs informations en tant que preuves dans le dossier d’enquête.

Les policiers opérant sous couverture, ce qui représente des coûts considérables, constituent aussi un aspect important. « Ce n’est jamais suffisant, nou bizin led piblik », insiste un surintendant spécialisé dans les cas d’homicides. Il confie que ce sont les membres du public qui sont les témoins directs des faits ou qui disposent d’informations sur les circonstances d’un crime ou d’autres délits. Pour leur « tirer les vers du nez », il faut certes un retour d’ascenseur (Ndlr : allusion aux primes de Reward Money).

Dans les affaires de drogue, la majorité des informations proviennent des milieux eux-mêmes impliqués dans les activités illicites. Rarement, on retrouve des informateurs tels que des voisins, des observateurs neutres ou encore des passants réguliers dans une région spécifique. Commentant ces cas, nos sources au sein de l’antidrogue rappellent que le trafic se fait en permanence et en toute discrétion : « Banla fer tou an kasiet, pena okenn polisie ki temwagn seki pe pase ». D’où la nécessité de bonnes informations et d’indics pour aider la police à neutraliser ces criminels. « Seuls ceux impliqués, les bras droits ou les hommes faisant partie de la chaîne, peuvent fournir des informations précises permettant à la police de frapper efficacement », soutiennent-elles.

« Parfwa se bann konsomater ladrog ki vinn donn tips, si zot tande ki ena enn kargo ladrog pe rantre », poursuit une source. Tous les dealers disposent de cargaisons importantes qu’ils écoulent sur le marché. Ces informations (« tips ») proviennent uniquement du cercle rapproché. « Kisannla pou kone sinon ? », avance-t-elle.

Pourquoi un informateur dénonce-t-il ?

Le Reward Money versé aux informateurs n’est souvent pas l’unique motivation ni le facteur moteur qui pousse quelqu’un à dénoncer. « Des fois, c’est pour éliminer un potentiel concurrent ou encore pour un règlement de compte, une vengeance », relatent des pionniers de l’antidrogue. En devenant informateur, un trafiquant estime qu’il est moins à risque vis-à-vis de la police, puisqu’il est la source des informations qui lui permettent de mettre la main sur d’importantes cargaisons de drogue et d’effectuer des arrestations.

Le facteur financier demeure cependant un élément central dans le fonctionnement des opérations antidrogue. « Nanien pa gagn kado dan sa travay-la, si pa poz kas, pa gagn nanien », tonnent des limiers chevronnés de l’ADSU. Le paiement de primes en contrepartie d’informations fournies à la police a surtout été mis en avant sous l’ancien régime. « Akoz sa bann ansien-la mem tou problem pe leve. Zot pran gro Reward Money », ajoutent-ils.

Quand les trafiquants deviennent indics

Des enquêteurs de l’antidrogue révèlent que nombre d’individus liés aux réseaux de drogue agissent aussi comme informateurs de la police. « Si avek trafikan-la li pe gagn enn somm pou enn inportasion ladrog depi La Renion, li negosie ar lapolis, li donn lapolis detay GPS. An esanz, li gagn gro kas. Me li fini fer dil ar lapolis pou minimiz so partisipasion. Informater-la, an retour, li exziz pou gagn enn gro parti marsandiz. Li kone kan li sorti so biznes-la », explique un limier aguerri de l’ADSU ayant participé à plusieurs opérations antidrogues.

Barème et concurrence entre unités

Du côté des Casernes centrales, on confie que, dans de nombreux cas, des informateurs ont préféré collaborer avec d’autres unités du Police Headquarters. Raison : le bureau du Commissaire de police avait imposé un barème strict sur l’ADSU. « Si informater pe donn informasion pou enn kilo ladrog ar ladsou, li kapav gagn maximum Rs 30 000. Me lot kote ar SST ek Special Intelligence Cell pa ti ena barem. PHQ inn met barem lor ladsou pou anpes nou fer gro kez. Lerla zot gagn tou informater parski laba gro kas Reward Money ti pe gagne », souligne un enquêteur.

Ce dernier salue par ailleurs l’opération de la Financial Crimes Commission (FCC), estimant que cette enquête permettra de sanctionner tout abus et d’apporter plus de transparence dans la gestion des primes.
Le passage au crible des finances : insuffisant ?

Après les arrestations des dealers ou de leurs financiers, la police et la FCC s’intéressent à l’aspect des délits financiers. Avec le soutien de l’Asset Recovery Unit, les biens acquis avec l’argent sale sont mis sous scellés avant d’être saisis.

Si les enquêtes sont axées en grande partie sur les documents légaux et d’autres exercices tels que les money trails ou les asset trails, les autorités se retrouvent toujours face au risque d’enquêtes incomplètes. En effet, des complices ou partenaires des criminels demeurent hors de portée, puisqu’ils ne sont pas dénoncés, l’omerta (la loi du silence) restant une réalité dans ce milieu.

Mais, à titre d’exemple, la FCC ne se contente pas des documents officiels et creuse aussi sur le terrain. D’où les résultats des interpellations des prête-noms. Ces hommes de paille sont souvent la face dissimulée des dealers, qui les utilisent pour éviter de tout perdre ou pour ne pas figurer directement dans les transactions illicites. Seules des investigations de longue haleine peuvent permettre d’établir le lien entre un dealer et un prête-nom.

Bien souvent, dans les cas où il y a des aveux complets de la part du prête-nom, pour éviter de se faire épingler, les protagonistes plaident l’ignorance. C’est donc aux autorités de pousser plus loin pour établir leurs implications.

Credibility Test pour les informateurs

La police compte un système bien établi pour faire des assessments des informateurs, surtout en cas de rémunération potentielle. L’informateur est soumis à un profiling dans bien des cas et est interrogé à plusieurs reprises pour déterminer si ses versions sont cohérentes et corroborées.

Un indic est aussi appelé à soutenir diverses enquêtes et fait l’objet d’un credibility test. Ainsi, au fil du temps, les contributions de l’indic sont évaluées par son « contact policier ». Même si cela se fait en toute discrétion, le policier réceptionnaire des informations a la tâche de procéder lui-même à cet exercice, afin d’éviter tout risque pour la sécurité de l’informateur.

« Souvan li kapav enn dealer, enn jockey ouswa enn toxicomann ki donn indikasion lor enn trafikan », révèle notre source. Dans ce genre de cas, compte tenu du profil de l’indic, la police a le devoir de vérifier la véracité des propos. Plusieurs détails sont examinés lors des counter-verifications, soit des descentes discrètes sur le terrain par la police, avant d’enclencher une opération.

Des enquêteurs aguerris révèlent que même si, dans certains cas, un assessment permet de conclure que l’indic est un truand, les policiers sont souvent contraints de coopérer avec lui : « Gete kouma enn ka : bann malfeter mem finn donn lapolis ranseignman pou detekte bann zafer. Parski dan zot liniver, zot kone kisannla ena bann lobze vole de valer ek pe rod klian pou vande. Lapolis (CID, FIO ek ladsou) oblize travay ar sa bann malfra-la. Me toultan nou finn donn zot sigaret, ouswa kart telefonn, ouswa tir enn tigit zot ration, ouswa aste bann zanfan zot materiel skoler. Zame nou finn gagn milyon pou donn zot », déclare, avec ironie, un sergent de police de la Division Sud.

« Nou konfirm linformasion avan nou al Hit… »

Dans certains cas, une deuxième ou troisième source est sollicitée pour confirmer la véracité.

« Pou nou, pli inportan se konn terin ek nou konfirm linformasion avan nou al Hit. Sekirite nou bann zom primordial, apre vinn nou bann target », souligne un dirigeant de l’ADSU.

Durant les étapes judiciaires, seul le policier « handler » assume la responsabilité des informations reçues. C’est à lui de détailler les circonstances de l’opération, en utilisant simplement des formules comme :
« following informations collected/received… »

« as per informations gathered… »

Il est très rare qu’un policier soit appelé à révéler ses sources ou l’identité des indics en cour, surtout en public. Mais son supérieur hiérarchique peut exiger des précisions en interne, notamment en période pré-opérationnelle.

Quelles alternatives ?

FCC : Money Trails, Asset Trails et surveillances…

Au niveau du Réduit Triangle, on affirme pouvoir travailler et mener les enquêtes à terme, même sans informateurs rémunérés. Nos sources du Réduit Triangle confirment l’apport des informateurs, mais précisent que ces derniers ne sont pas toujours motivés par l’argent.

Les procédés généraux sont davantage axés sur la documentation. Il s’agit de la vérification des documents ou des transactions auprès de sources officielles, telles que les banques.

Il y a aussi les aspects de surveillance des suspects, de leurs comptes bancaires et de toutes leurs transactions financières. À titre d’exemple, certains potentiels suspects sont placés sous surveillance et, aussitôt qu’ils effectuent une transaction immobilière enregistrée à leur nom, la FCC est alertée. Mais, dans bien des cas, ils ont recours à des prête-noms. Les signes d’un train de vie luxueux finissent néanmoins par trahir ces individus.

Du côté de la surveillance, les enquêteurs misent sur les écoutes téléphoniques et le passage au crible des courriels. De nombreuses informations sont collectées à l’issue de ce genre d’exercices par la FCC. Dans de nombreux cas, d’autres institutions régulatrices telles que la Financial Services Commission (FSC), la Mauritius Revenue Authority (MRA) ou la Financial Intelligence Unit (FIU) sont sollicitées pour leur collaboration.

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