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Prévues pour les 16 et 17 décembre : pour des Assises porteuses ! 

Intégrer l’environnement ne comporte pas davantage de coûts dans le court terme.

Le ministre de l’Environnement, de la Gestion des Déchets solides et du Changement climatique,  Kavydass Ramano, a annoncé la tenue des Assises de l’Environnement pour les 16 et 17 décembre. Le but est de dégager un plan directeur pour les dix prochaines années. C’est une initiative qui mérite d’être saluée comme il se doit, même si le délai de préparation et la durée de l’exercice posent question. 

L’environnement est un problème planétaire et la tenue du COP 25 est revenu le rappeler fortement. Ce que nous retenons de cet événement, c’est l’urgence. D’ailleurs, l’Organisation des Nations unies (ONU) a parlé de notre dernière chance.  Parmi les autres aspects saillants du débat sur la question, il y a le fait qu’il faut changer le système, car la sauvegarde de la planète est incompatible avec le capitalisme fossile. Il y a aussi la thèse selon laquelle il est déjà trop tard, avec ce que cela entraîne comme fatalisme. Il y a ceux qui ne mettent en avant qu’au niveau de la prise de conscience, il y a une bascule avec les jeunes et leurs aspirations d’un monde meilleur en rupture avec une conception de la croissance dominante et en accord avec un bien-être qui ne s’inscrit pas dans une consommation effrénée. C’est dans ce contexte que se tiendront les Assises de l’Environnement. 

Maurice est à la croisée des chemins pour son modèle de développement au cœur duquel se trouve la problématique de l’environnement ancrée dans celle de l’aménagement du territoire. Il y a là une question de fond qui ne doit pas être taboue lors de ces Assises. Il faut repenser la philosophie qui a animé le développement que le pays a connu ces dernières années. Notre capital naturel est notre plus grande richesse, directement et indirectement, et la politique de l’environnement doit être une de continuité.  Ce dont le pays a besoin, c’est d’une politique de transformation et de rupture dans certains domaines. Globalement, il paraît qu’il y a consensus sur l’état des lieux, sur la gravité de la situation, sur l’urgence et les priorités dans certains domaines. Toutefois, il y a encore du chemin à faire et prendre les mesures nécessaires. D’où l’importance de ces Assises pour dégager un consensus sur les mesures/initiatives prioritaires de même que les modalités de leurs mises en œuvre. Cela passe par une définition claire de l’exercice de concertation, de consultation et de collaboration entre toutes les parties prenantes.  Est-il nécessaire d’insister que cela exclut une approche/démarche techno-bureaucratique où l’appel au dialogue ne serait qu’un leurre ? La responsabilité de toutes les parties prenantes est engagée dans la réussite des Assises, à commencer par une bonne compréhension par tous les acteurs – État, entreprises, ONG et société civile - de ce qu’il faut entendre par dialogue. 

L’État et ses institutions 

C’est à l’État que revient la responsabilité première. Il propose un plan directeur, fixe le cadre, les orientations globales et les déclinaisons dans différents domaines et doit aussi assurer la cohérence. Un aspect important dans le rôle de l’État et ses institutions aux niveaux national, régional, voire local, est l’interférence des politiques subissant l’influence de lobbys plus ou moins puissants. C’est un phénomène qui n’est pas propre à Maurice. Les cas abondent dans un passé récent et c’est ici que la transparence devient un vrai enjeu. 

Disons-le d’emblée : il y a des professionnels de calibre dans la Fonction publique qui ont le sens du service public, qui sont intègres et demandent qu’on les laisse travailler sans pression politique et autres tracasseries administratives.  Toutefois, il y a de nombreux initiatives et projets qui ne voient pas le jour ou qui ne progressent pas par l’insouciance, la paresse et le confort paresseux de fonctionnaires. La lenteur de l’administration est un réel problème, sans compter ceux qui abusent de leur position pour cacher leur incompétence par l’arrogance. Le nouveau ministre Vikram Hurdoyal a mis à son agenda la transformation de la Fonction publique. Il a du pain sur la planche et vivement qu’il réussisse dans sa tâche! 

Entreprises

Les entreprises, de par leurs activités, ont un rôle clé à jouer sur le front de l’environnement. À Maurice, un inventaire des initiatives des entreprises indique qu’elles sont bien engagées. Du secteur bancaire à celui d’hôtelier en passant par les conglomérats, ils ont réalisé qu’intégrer l’environnement ne comporte pas davantage de coûts si on ne réfléchit pas uniquement dans le court terme. Ceci étant, il y a encore trop d’entreprises qui polluent en faisant fi des lois. Aux autorités de faire preuve de discernement et de fermeté pour le respect des lois et règlements.  Il faut encourager et inciter toutes les entreprises, y compris les petites et moyennes, à s’inscrire dans cette démarche d’intégrer la réduction de leur empreinte carbone et veiller qu’elles ne tombent pas dans le « greenwashing ». Sur certains chantiers stratégiques nécessitant d’importants investissements, il y a le défi de potentiels partenariats à dégager. 

La société civile et les ONG 

La société civile - avec en son sein les ONG - doit être un partenaire privilégié sur le front de l’environnement. Il y a une variété d’ONG qui sont actives dans les différents domaines avec leurs méthodes et approches qui leur sont propres. Il y a celles qui sont sur le terrain pour s’élever contre des projets qu’elles considèrent être néfastes à l’environnement et à la santé de la population, d’autres qui se mobilisent pour apporter leur contribution concrète sur les plans local et régional. Les exemples sont nombreux.  Il y a celles qui ont choisi d’apporter leur contribution en privilégiant les dossiers pour questionner et interpeller sur les orientations/options des autorités et pour formuler des propositions alternatives concrètes. Quelques ONG, qui font partie de l’establishment, devraient, disent ceux qui les connaissent, repenser leur fonctionnement pour ne pas objectivement bloquer des initiatives portées par des jeunes, car il est important de créer un environnement pour laisser épanouir les jeunes professionnels passionnés. 

À travers le monde, il y a une prise de conscience grandissante autour du réchauffement climatique et la question vitale de l’environnement, avec comme figure emblématique la jeune Greta Thunberg. C’est aussi le cas à Maurice et l’initiative Plantons 200 000 Arbres du Projet de Société est venue le confirmer. Il nous faut capitaliser sur cette dynamique en intensifiant la campagne d’information et de conscientisation visant tous les publics, à commencer par les plus jeunes et les enfants. Les médias, dont la MBC, ont une précieuse contribution à apporter dans ce domaine en mettant en lumière les initiatives concrètes. 

Quand il est question de survie, de l’état de la planète et de notre pays que nous laisserons en héritage aux générations futures, la vigilance est cruciale et la mobilisation de tous dans la durée est une nécessité absolue. D’où l’importance stratégique d’investir sur les jeunes et les enfants, à travers un programme national d’éducation civique comprenant des activités pratiques et concrètes dans le cadre d’un plan d’envergure. Ceci afin de faire de la génération montante le vecteur de changement dans un projet de société qui est fondée sur le produire, le consommer et le vivre autrement. Le front du développement durable a besoin d’être alimenté par une révolution culturelle pour porter une vraie modernité. Veillons que les Assises de l’Environnement soient à la hauteur des enjeux, tant dans la forme que dans le fond ! 

Malenn Oodiah
10 décembre 2019

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