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Prêts non performants La gangrène des banques

Des prêts sont aussi octroyés à des particuliers pour acquérir un véhicule ou un terrain, construire une maison ou financer des études.

Les récents événements ayant secoués la SBM Bank (Mauritius) Ltd, ont ramené sous les feux de projecteur les créances douteuses des banques, mais aussi la légèreté avec laquelle des demandes sont approuvées. Comment une banque peut-elle subitement se retrouver dans une telle situation?

Un des rôles des banques est d’accorder des prêts permettant aux entreprises d’investir et de créer des emplois. Des prêts sont aussi octroyés à des particuliers pour acquérir un véhicule ou un terrain, construire une maison ou financer des études.

Toutefois, accorder des prêts n’est pas sans risque, car les banques ne sont jamais certaines que l’entreprise ou le particulier remboursera son emprunt dans les délais prévus. Si l’emprunteur cesse le remboursement du prêt, la banque doit classer le prêt comme ‘non performant’ après un certain temps. Selon un banquier, l’on considère généralement un prêt comme non performant, lorsque des indications montrent que l’emprunteur est incapable de rembourser le prêt en raison de difficultés financières ou quand plus de trois mois se sont écoulés sans qu’il ait versé les tranches prévues. Cela arrive, par exemple, si une entreprise fait face à des difficultés ou un particulier perd son travail.

Une banque détenant trop de « créances douteuses » ne peut accorder le crédit nécessaire aux entreprises.

Il explique qu’une banque doit s’efforcer de conserver un niveau de créances douteuses très bas. Lorsque la valeur des prêts non performants dépasse un certain niveau, la rentabilité de la banque est entamée. En raison de la perte de revenus, la banque dispose de moins de ressources pour octroyer de nouveaux prêts, ce qui réduit encore ses bénéfices. Une banque détenant trop de créances douteuses ne peut accorder le crédit nécessaire aux entreprises qui souhaitent investir et créer des emplois. Et si plusieurs banques d’un pays se retrouvent dans une situation similaire, c’est l’économie qui risque d’être globalement affectée. C’est pourquoi la Banque centrale émet des règlements très stricts concernant le traitement de dossiers de demandes de prêt. Mais sont-ils toujours suivis à la lettre ? Notre interlocuteur a préféré garder le silence.

Pour éviter les créances douteuses,  les banques évitent des prêts trop risqués en évaluant dûment la solvabilité des emprunteurs. Certaines banques font aussi un suivi adéquat, afin de détecter rapidement si l’emprunteur rencontre des difficultés financières. Une banque peut aussi conseiller le client dans la gestion de sa situation financière pour éviter que les prêts ne deviennent non performants.


Dan Maraye : « Des vérifications à plusieurs niveaux dans l’octroi d’un prêt »

Est-ce qu’une banque peut offrir des prêts conséquents facilement ? Nous avons posé la question à Dan Maraye, un ancien gouverneur de la Banque de Maurice. Il nous explique le processus de traitement d’une demande de prêt d’un montant colossal. Il dit qu’une telle demande est normalement étudiée par un ‘Credit Risk Assessment Committee’. Les membres vont analyser le niveau de risque et si le risque est raisonnable, ils vont recommander le prêt. Mais un conseil d’administration peut ne pas approuver la recommandation. L’inverse est tout aussi possible, c’est-à-dire un comité ne recommande pas un prêt à cause d’un niveau élevé de risque, mais le conseil choisit quand même d’approuver la demande ! Dans ce cas-là, il prend sa responsabilité. 

Dan Maraye

«  Si j’étais membre du Board, je n’irais pas à l’encontre des recommandations d’un comité, car le comité a fait un travail de fond pour arriver à une telle conclusion », ajoute Dan Maraye. Il dit qu’il y a des vérifications faites à différents niveaux et la décision d’octroyer un prêt ne peut être celle d’une seule personne, mais de toute une équipe. Au niveau des banques, il faut impérativement suivre les ‘guidelines’ de la Banque de Maurice, mais chaque banque à sa propre méthode de fonctionnement.

Mais comment prévenir l’octroi de prêts non performants ? Dan Maraye répond que si le travail est fait de manière professionnel, le problème ne se posera pas. « Avant d’octroyer un prêt, surtout d’un gros montant, on demande beaucoup de renseignements, on analyse le bilan financier des trois dernières années et on vérifie le 'cash flow forecast', pour voir si le demandeur aura la capacité de rembouser l’emprunt. » Il ajoute qu’il faut aussi faire des recherches sur les directeurs dans le cas où la demande d’emprunt est faite par une société et la vigilance est plus accrue si c’est une société à l’étranger, car l’argent qu’on prête ne nous appartient pas. « C’est l’argent des actionnaires, des clients. »


Stabilité financière

Selon un rapport de la Banque mondiale sur la stabilité financière, la proportion des prêts non-productifs par rapport au total de prêts bruts émis par les banques mauriciennes était de 7,8 % en 2017. Comparativement, à Singapour, le taux était de 1,4 % alors que le Royaume Uni affichait un score de 0,8 %. Pour l’Inde, la proportion était de 10 %, la Malaisie 1,5 % et l’Afrique du Sud 2,8 %. Parmi les pays en situation de risque, il y avait la Grèce (45,6 %),  Chypre (40,2 %), le Ghana (21,6 %), la Guinée Équatoriale (28,4 %) et la République Centrafricaine (23 %).


Le MCIB : prévenir l’endettement

Le Mauritius Credit Information Bureau (MCIB) est opérationnel depuis décembre 2005. Ce bureau, opéré par la Banque de Maurice, maintient une base de données des informations provenant des prêteurs aussi appelés des participants du MCIB, sur les crédits alloués aux entreprises aussi bien qu’aux particuliers. Ces informations concernent les prêts, les découverts, les cartes de crédit, et les facilités de crédit bail principalement. Le MCIB a pour but d’établir le profil de l’endettement des emprunteurs à Maurice. Contrairement à une certaine perception, le MCIB ne maintient aucune liste de personnes « blacklisted » en raison de non-paiement des emprunts. Il rapporte les faits tels qu’ils sont.

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Les banques en délire

Le secteur bancaire n’a pas toujours été à l’abri des scandales financiers. Voici quelques affaires qui ont entaché l’image de nos banques.

L’affaire MCB/NPF
En 2003, l’affaire MCB/NPF éclate à la découverte  d’un trou de Rs 600 millions dans les dépôts de la National Pensions Fund. C'est la banque elle-même qui a porté cette affaire en public. Le procès en cour a duré plusieurs années.
 
De la BCCI à la FCB
En 1990, la filiale mauricienne de la Bank of Commerce & Credit International (BCCI) a dû fermer ses portes quand les autorités américaines mirent au jour un réseau de blanchiment de narcodollars dans le monde entier opérant à partir de la BCCI. En 1991, le Kenyan Ketan Somaia reprend cette banque qui devint la Delphis Bank. En 1996, lorsque la Banque de Maurice ordonne la fermeture de l’Union Bank, c’est la Delphis Bank qui rachète cette banque. Peu après, l’homme d’affaires Ketan Somaia est accusé de fraudes massives au Kenya, ce qui compromit l’avenir de la Delphis Bank, qui est repris par la suite par la First City Bank sous la férule de l’homme d’affaires Harry Sookun,  en avril 2002. La First City Bank est aujourd’hui devenue la Bank One.
 
L’affaire BAI/Bramer
C’est en avril 2015 qu’éclate l’affaire Bramer Bank du groupe BAI. Lors d’une conférence de presse, le vendredi 3 mai, le Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth annonça que la Bramer Banking Corporation serait impliquée dans un scandale financier (Ponzi Scheme) de très grande envergure, frisant même les Rs 25 milliards. La suite, on la connaît.
 
SBM et Euroloan
En 2016, l’emprunt bancaire en euros par l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, auprès de la State Bank of Mauritius, a soulevé un véritable tollé. Vishnu Lutchmeenaraidoo a même fait servir une mise en demeure à la State Bank of Mauritius (SBM) pour les fuites d’information concernant ce prêt.