Législatives 2019

Les arguments de campagne à la loupe 

Nous sommes à trois semaines des élections générales. Les manifestes électoraux des partis politiques n’ont pas encore été rendus publics. Mais ces derniers font déjà miroiter des promesses à la population, qui sera appelée aux urnes le 7 novembre pour décider de leur sort. Voici quelques arguments de campagne qu’utilisent les partis pour séduire le plus grand nombre. 

Corruption et bonne gouvernance

Un argument de campagne qui est moins présent que d’autres : le combat contre la fraude et pour la bonne gouvernance. Dans les 20 priorités qu’il a rendues publiques en attendant son manifeste électoral, le MMM mentionne, en tête de liste, le remplacement de l’Independent Commission against Corruption (Icac) par un organisme totalement indépendant. Le MSM ne s’est pas beaucoup exprimé sur le sujet durant cette campagne, du moins pour l’instant. Le PTr non plus. 

Faizal Jeeroobarkhan, observateur politique et membre de Think Mauritius, n’est pas convaincu que ce thème soit d’une importance capitale pour les leaders politiques. Pour lui, le fait que le Financing of Political Parties Bill, présenté à l’Assemblée nationale il y a quelques mois, n’a pas obtenu une majorité de trois quarts des voix pour être adopté démontre « qu’il n’y a pas vraiment de volonté politique pour mettre fin à la fraude et la corruption ». 

Il est d’avis que la valse des surenchères à laquelle nous assistons a rendu l’environnement politique encore plus malsain. « Promettre monts et merveilles aux électeurs,  alors qu’ils savent pertinemment que certaines promesses ne pourront pas être tenues, est un très mauvais signal en soi. Les politiciens se servent du pouvoir de l’argent pour essayer de convaincre les gens. D’un côté, ils font miroiter une allocation de chômage aux jeunes de 18 à 25 ans. De l’autre, ils promettent une hausse considérable, une allocation chômage du montant de la pension de vieillesse », constate-t-il.

Pour Faizal Jeerooburkhan, faire de telles promesses « alors que le contexte économique international est difficile » n’est pas de la bonne gouvernance. 


Pension de vieillesse 

Les personnes âgées de 60 ans à monter n’auront jamais été aussi importants aux yeux des politiciens que pour ce scrutin. Pour cause, un électeur sur quatre tombe cette fois dans cette catégorie. Chaque parti politique y va de ses promesses d’augmenter le montant de la pension de vieillesse, qui se chiffre actuellement à Rs 6 210. C’est même devenu l’argument de campagne favori des leaders, prêts à se mettre en quatre pour séduire le plus grand nombre en vue des législatives. 

Le leader de l’Alliance Morisien (MSM/ML), Pravind Jugnauth, ne fait pas exception. C’est d’ailleurs lui qui a démarré cette « vente aux enchères » il y a deux semaines. Le Premier ministre sortant promet de revoir le montant à la hausse, pour que la pension de vieillesse passe à Rs 13 500 d’ici 2024, voire 2025. 

S’ensuit la valse des surenchères. Le leader de l’Alliance Nationale, Navin Ramgoolam, indique, quelques jours plus tard, que la logique veut que la pension soit alignée sur le salaire minimum. Il promet alors de revoir le montant à la hausse dès décembre 2019, sans toutefois fournir de chiffre. 
Mardi, Pravind Jugnauth annonce qu’il fera passer la pension à Rs 9 000 en décembre, s’il est réélu. Mercredi, c’est au tour de Paul Bérenger d’annoncer que, si le MMM est élu, il alignera la pension de vieillesse sur le salaire minimum, qui est de Rs 9 400. 

En décembre 2014 déjà, le montant de la pension était un enjeu capital. La promesse de l’Alliance Lepep (MSM/PMSD/ML) de la faire passer de Rs 3 623 à Rs 5 000 avait été un des facteurs de la victoire de cette équipe. 

223 947 

C’est le nombre de personnes de plus de 60 ans qui, à fin août, touchaient leur retraite. Quant au nombre de handicapés percevant une pension de l’État, il s’élevait à environ 32 000. À noter que, cette année, Maurice compte 941 719 électeurs.


Écologie 

Les programmes électoraux ne sont certes pas encore publiés, mais les attentes sont grandes en matière d’écologie. Le MMM a, pour sa part, promis de mettre sur pied  une National Environment Protection Agency. Les autres partis n’ont encore rien dit à ce sujet. 

La Platform Moris Lanvironman (PNL), qui regroupe plusieurs écologistes, espère que les partis ou coalitions se présentant aux élections incluront dans leurs programmes électoraux certaines thématiques, telles que la consultation obligatoire des parties prenantes avant de lancer un projet jugé sensible. Ou encore d’autres sujets comme la gestion des déchets, la protection de la biodiversité, la pollution, la protection des côtes et les mesures pour lutter contre le changement climatique. 

Adi Teelock, membre de la Platform Moris Lanvironman (PNL), qui regroupe plusieurs écologistes, regrette que toutes ces années, les propositions faites soient tombées dans l’oreille d’un sourd. Cette année, la PNL viendra de l’avant avec des propositions après les élections. 


Avis de deux économistes : «Il faut relancer l’économie, mais nul ne dit comment» 

La relance de l’économie devrait être la priorité des priorités du prochain gouvernement. Nul ne semble affirmer le contraire. Mais aucun des partis ou coalitions qui font campagne n’a expliqué comment il s’y prendrait, du moins pour l’instant. « Il serait souhaitable que les partis politiques viennent de l’avant avec leurs projets de développement. L’économie doit être une priorité pour eux. Ils doivent dire comment ils comptent faire pour la redresser », indique l’économiste Ganessen Chinnapen. 

Celui-ci affiche le scepticisme. Selon lui, peu importe qui revient au pouvoir, il sera difficile de redresser l’économie du pays avec un taux de croissance de 4 % à 5 %. « Ce n’est pas avant cinq ans qu’on pourra arriver à un taux de croissance de 5 %. Il faut revoir les stratégies », suggère-t-il.

Il ajoute qu’avec le Brexit, le secteur de l’exportation sera moins compétitif. « Notre secteur traditionnel est dans le pétrin. Les partis politiques doivent dire ce qu’ils feront pour développer l’économie. D’autant que le secteur agricole et celui de la canne sont confrontés à de multiples problèmes. Il n’y a qu’à voir les usines qui ferment leurs portes. J’estime qu’il faut revoir le secteur financier. Nos industries ne sont plus compétitives », souligne l’économiste. 

Ganessen Chinnapen souligne l’importance d’analyser nos indicateurs économiques. « On importe plus qu’on exporte. Le déficit commercial ne cesse de grandir. La période 2020-21 sera économiquement difficile », dit-il. Pour étayer ses dires, il prend le cas de Singapour, où le gouvernement vient d’annoncer que son économie est en récession et que son taux de croissance sera moins de 2 %. « D’ailleurs, presque tous les pays viennent de revoir leur prévisions de leur taux de croissance à la baisse », précise-t-il. 

Takesh Luckho, également économiste, déplore qu’« aucun parti politique ne soit venu présenter des mesures concrètes pour relancer l’économie du pays. On a juste entendu dire qu’il fallait le relancer. Sauf qu’en ce moment, l’économie du pays est reléguée au second plan. On n’entend que des promesses ». Il soutient que les opérateurs restent sur leur faim et attendent impatiemment les mesures qui relanceront l’économie.

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